Pour mémoire, nous chroniquions il y a peu l’exposition Ni Dieu ni maître ! proposée par La Piscine de Roubaix. Consacrée aux relations entre l’art et l’anarchisme, le parcours changera de nom lors de son futur accrochage au Musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon. « Invoquant la neutralité, la mairie LR de la préfecture du Doubs, l’a rebaptisé « L’Art en liberté » comme l’explique Le Monde. Preuve que l’idéologie anarchiste fait encore et toujours peur, preuve surtout qu’on lui fait dire tout et n’importe.

C’est ce tout et n’importe quoi que se propose de détricoter l’exposition Nuances de noir. Histoires et idées anarchistes, présentée du 18 juin 2026 au 9 mai 2027 par le Mundaneum de Mons en Belgique. Problématique : et si l’anarchisme n’était pas le synonyme de chaos qu’on nous vend trop souvent, mais l’un des laboratoires politiques les plus audacieux de notre histoire moderne ? En s’appuyant sur l’un de ses trois grands fonds d’archives historiques (aux côtés du pacifisme et du féminisme), le centre d’archives met en lumière plus de 250 documents, affiches, périodiques, photographies et tracts, pour réhabiliter une pensée trop souvent réduite à ses seules heures sombres ou caricaturée par les stéréotypes.

Une histoire de luttes et d’émancipation

Dès l’entrée, le ton est donné. L’exposition ne cache rien de la violence du XIXe siècle, de la « propagande par le fait » orchestrée par des figures comme Ravachol jusqu’aux actions de la Bande à Bonnot, qui valurent au mouvement ses pires heures médiatiques et les fameuses « lois scélérates » liberticides.

Mais le parcours, conçu en collaboration avec l’IHOES et le CHSG, opère un pas de côté salutaire en rappelant que la violence de l’État et du capitalisme a historiquement éclipsé l’essence même de l’anarchisme à savoir une aspiration radicale à la liberté, à l’entraide et à la justice sociale. De la Commune de Paris en 1871 au « bref été » de la Révolution espagnole en 1936, en passant par les révoltes paysannes de l’Ukraine libertaire (la Makhnovtchina), l’exposition retrace ces moments où le peuple a tenté de s’administrer sans maître.

Des pionniers méconnus du monde d’aujourd’hui

L’un des grands mérites du parcours est de souligner à quel point les anarchistes ont été les précurseurs des combats contemporains :

  • Bien avant les urgences climatiques actuelles, des penseurs comme Élisée Reclus ou Pierre Kropotkine reliaient déjà la destruction de la nature à l’exploitation capitaliste et prônaient un mode de vie respectueux du vivant, posant ainsi le socle de l’écologie politique.
  • Refusant de limiter le féminisme au seul droit de vote, les militantes libertaires contestaient dès le XIXe siècle le mariage bourgeois ainsi que le patriarcat et défendaient le néo-malthusianisme, le droit à la contraception et à l’avortement (à l’instar de Virginia Bolten).
  • À travers les écoles de Francisco Ferrer ou de Paul Robin, c’est l’autonomie intellectuelle et le refus de l’endoctrinement qui étaient érigés en boussoles pour les peuples en quête d’émancipation.

Un espace de réflexion très actuel

S’étalant à travers sept grandes thématiques, de la critique de l’État et des urnes (« Un maître, c’est quoi ? ») jusqu’aux nouveaux contre-pouvoirs numériques incarnés par les Anonymous sur le web, l’exposition fait résonner le passé avec nos angoisses présentes.

En intégrant des questions philosophiques issues du Labo Philo de Picardie Laïque, le Mundaneum réussit un pari rare : transformer une exposition patrimoniale en un véritable espace de questionnement citoyen. Une invitation salutaire à repenser l’ordre établi, prouvant que, plus d’un siècle et demi après son émergence, l’anarchisme reste cet « increvable » espoir qu’un autre monde horizontal et solidaire est possible.

Pour en savoir plus et préparer votre visite, consultez le site web du Mundaneum.

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