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On lui doit Le Chant du Loup, thriller frémissant et aquatique, ainsi que la BD Quai d’Orsay, accouchée à quatre mains avec le dessinateur Christophe Blain. Ce qu’on sait moins, c’est qu’Antonin Baudry a pas mal roulé sa bosse dans les coulisses du pouvoir, chargé de mission pour Dominique de Villepin quand il était ministre des Affaires Étrangères (c’était sa plume, il écrivait ses discours) puis conseiller culturel d’ambassade en Espagne et aux USA. Autant dire que la cuisine diplomatique, Baudry connaît, le fait de défendre l’image et les intérêts de la France off shore aussi. Et cela s’en ressent dans son diptyque La Bataille de Gaulle.

Foutre le merdier

Scindé en deux volets intitulés respectivement « L’âge de fer » et « J’écris ton nom » sortis en 2026, La Bataille de Gaulle relate le combat acharné que Charles de Gaulle, tout juste promu général de brigade dut mener au sein des cabinets ministériels et des ambassades pour conserver intacte le peu d’autonomie qui restait d’une France vaincue d’abord, collabo ensuite.

Pas évident, évident d’incarner la grandeur et l’indépendance d’une nation dirigée par Pétain, Laval et consort, prompts comme l’éclair à lécher le cul d’Hitler et des troupes d’occupation. Sans aucune reconnaissance légale, décrété traître et déserteur, sans moyens ni réseaux, de Gaulle, tout seul derrière un micro de la BBC un certain 18 juin 1940, va foutre un merdier pas possible dans les rangs vichystes comme parmi les Alliés.

Une approche chronologique et spectaculaire

Arrimé tel un morpion au cul des Britanniques, les secouant quand besoin est (et cela arrive souvent, vu que le premier ministre anglais Churchill n’est pas forcément toujours bienveillant) le grand Charles n’aura de cesse de rallier les bonnes volontés patriotiques pour rappeler à tous que la France n’est pas Pétain et ses collabos mais bien un peuple de résistance et de combat.

C’est ce combat que Baudry raconte, étape par étape, dans une approche chronologique où l’énergie le dispute au spectaculaire. Certains historiens ont un brin vu rouge en constatant les libertés prises avec le réalisateur, mais il faut bien reconnaître que ces libertés ont du chien, et le mérite de captiver le spectateur emporté par ce récit épique mené avec ardeur.

Morceaux de bravoure

Il faut dire que les péripéties ne manquent guère dans cette aventure à la Don Quichotte, où un de Gaulle placide et ironique (Simon Abkarian, excellent) mais farouchement déterminé, rassemble autour de lui une bande de « Inglorious Bastards » bien décidés à bouter le nazi hors de l’Hexagone, quitte à se torcher avec les ordres des états-majors anglais et américains.

Cela nous vaut quelques morceaux de bravoure, notamment le récit de la bataille de Bir Hakeim, conduite bille en tête et sans faiblir par le général Koenig (Benoit Magimel) et ses troupes, ou le général Leclerc (Niels Tavernier) chargeant seul dans sa jeep les panzers allemands en plein désert. Autres temps forts (nombreux), la manière dont de Gaulle recadre ses différents interlocuteurs, convainc les indécis, inverse les tendances. Patient, rusé, psychologue, cette « diva » comme le qualifient Churchill et ses ministres, ne s’en laisse jamais compter quand il s’agit de préserver la liberté de sa chère France.

Rafraîchir les mémoires

On aime ou on n’aime pas. Mais on ne retirera pas au long métrage de Baudry le mérite de rafraîchir les mémoires à grands coups de jet d’eau glacé. Quand beaucoup se disent « On n’a jamais essayé », ces images, ce récit rappellent que si, on a déjà essayé, et que c’est un miracle que nous ayons pu nous débarrasser d’une part de l’hydre du nazisme allemand, du monstre fasciste pétainiste de l’autre qui a bien failli demeurer en place, toléré qu’il était par Roosevelt, en dépit de ses exactions, de sa brutalité.

De Gaulle dut faire des pieds et des mains pour empêcher l’adoubement et s’imposer comme rempart, avant, une fois la France libérée, de restaurer un peu d’ordre dans le bordel ambiant (pour ceux qui doutent, lisez la saga Sadorski de Romain Slocombe, vous comprendrez l’étendue des dégâts à la Libération). Le scénario rappelle la chose, tout en insistant sur le rôle joué par les colonies, Algérie en tête. Là aussi, la chose importe, qu’on zappe trop souvent.

Bref, si le film La Bataille de Gaulle n’est pas d’une rigueur historique intransigeante, il ouvre des portes, donne à voir un ensemble, un tout, une complexité que les livres de cours gomment, synthèse des programmes oblige. « Seul un fou continuerait ce combat » est-il dit au début de cette épopée. Certes, mais le combat valait le coup … et il est toujours d’actualité.

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