On nous le vend comme un mélange génial des genres, entre film d’action, sci-fi, horreur et survival. On y ajoute le côté « film le plus cher de l’histoire du cinéma coréen » (estimation, entre 70 et 100 millions de won soit 46 à 75 millions de dollards, ce qui est conséquent), une standing ovation au festival de cannes et voici le phénomène Hope en orbite, avec 2 millions de spectateurs engrangés sur les cinq premiers jours de lancement. OK, les chiffres c’est bien, c’est joli, ça fait rêver, mais que se cache-t-il derrière l’ovni artistique de Na-Hong jin ?

Une rupture magistrale des habitudes

Pour mémoire on lui doit le fracassant The Strangers, que nous avions adoré. Clairement Hope poursuit cette trajectoire. Petit village portuaire paumé au fin fond de la Corée, population de pêcheurs/chasseurs enkystés dans leur routine, quotidien pesant d’où chacun cherche à s’évader comme il peut … La découverte d’un taureau massacré sur une petite route du comté va marquer le coup d’envoi explosif d’une rupture magistrale des habitudes. Car il semblerait qu’un monstre venu d’on ne sait où ait décidé de ravager la ville, défonçant tout sur son passage, murs, bagnoles, citadins …

A ses trousses un chef de la police et son assistante, quelques rares villageois qui ont survécu, un groupe de chasseurs paumés dans la dense forêt qui jouxte les habitations. Très vite la traque s’organise, sanglante, destructrice, démentielle … avec le plein de cascades et d’effets spéciaux spectaculaires, histoire de rendre l’ensemble ultra-addictif, et pour être honnête, ça l’est vu qu’on ne décroche pas une seconde de cette dinguerie époustouflante qui ferait pâlir d’envie Arme fatale, Die hard et autres Mad Max. Petit bémol cependant : cette traque manque singulièrement de questionnement, vu la rapidité avec laquelle la catastrophe s’orchestre.

Clowns sans cervelle

Et pourtant du questionnement, on n’en manque guère : qui ? Combien ? Comment ? Et surtout pourquoi ? Pourquoi ce déchaînement subit, cette rage de destruction ? Ces questions, le réalisateur va y répondre au compte-goutte et ce n’est franchement pas glorieux pour les personnages de cette farce ubuesque qui passent doucement du stade de héros à celui de clowns sans cervelle et dangereux. Faites bien attention en regardant ces scènes, dépassez le côté wahou des dérapages contrôlés, des courses-poursuites, des explosions …

Écoutez ces villageois s’insulter copieusement quand ils ne sont pas en train de se gaver d’alcool, de surenchérir sur la qualité de leur artillerie en mode « c’est moi qui est le plus gros gun ». Pas glorieux du tout, surtout quand on comprend l’origine du désastre, conservée précieusement au fond d’un congélateur par un menuisier/braconneur un brin débile et totalement dénué d’empathie qui compte bien se faire une petite fortune avec le spécimen qu’il a abattu d’une balle dans la tête. Je n’en dis pas plus long, mais tout tient là. Et cela en dit long sur la bêtise crasse d’une humanité acharnée à la destruction et qui chouine quand elle tombe sur plus puissant qu’elle.

Force cosmique

Plus puissant qu’elle justement (et là je vous préviens, je vais un brin spoiler). Monstres, aliens, les créatures de Hope frappent par leur gigantisme. Un gigantisme rattaché à la nature fondamentale, aux forêts, aux arbres, aux animaux, quelque chose de félin, de sauvage, de profondément émotionnel aussi, qui s’enracine dans les mythes et croyances coréens. Chacune de ces créatures évoque la géante mère de la Terre Mago-Hami, force cosmique initiale, source de toute vie, architecte du relief montagneux et des fleuves du pays.

Cette force cosmique se déchaîne dès qu’on touche à sa descendance, et c’est là tout le propos du film que de prêter à ces êtres élancés une empathie, de la peur, de la colère, de l’amour certes mais aussi un raisonnement, une créativité, un langage élaboré, une élégance incarnée par les traits et la voix d’Alicia Vikander et de Michael Fassbender. Le monstre sur les dernières minutes du film devient la victime, une intelligence supérieure dévastée par le chagrin de la perte, effrayée par la folie destructrice humaine, animée par l’espoir de la renaissance. L’espoir, Hope, le dernier mot du film, le plus beau, le plus surprenant, le plus éclairant. Eh oui, le cocktail filmique de Na-Hong jin cache bien son jeu qui est en fait une fable, une lecture moderne des mythes originaux, une charge contre la connerie humaine destructrice.

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