Exposition « Sorcières » au Château des ducs de Bretagne : un regard critique et poétique sur la persécution féminine

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affiche de l'exposition Sorcières à nantes

Jusqu’au 28 juin 2026, le Château des ducs de Bretagne accueille l’exposition Sorcières. Exit les stéréotypes populaires, vieilles femmes malfaisantes, balais et autres chaudrons : en l’état, il s’agit de proposer une immersion historique, sociale et culturelle dans les représentations de la sorcellerie depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne, en passant par les procès inquisitoriaux qui ensanglantèrent l’Europe entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle. Cette exploration rigoureuse invite donc à découvrir, analyser et méditer un chapitre sombre de notre histoire collective.

De l’Antiquité à la Renaissance : création d’un bouc émissaire

Le parcours débute sur une mise au point : avant d’être diabolisées, les figures de magiciennes et de femmes initiées aux savoirs anciens étaient célébrées dans les récits antiques. Poètes et auteurs de l’Antiquité évoquaient ces femmes comme des êtres liés aux forces naturelles et aux pratiques mystiques.

Mais à mesure que la christianisation s’opère, que l’Europe s’enfonce dans les anxiétés médiévales, les représentations se métamorphosent : guerres, épidémies, famines, les sorcières sont accusées de tous les maux dans une société très contrôlée où règne la peur de l’inconnu, l’ignorance crasse. Ainsi des femmes sont jugées, torturées et exécutées pour des crimes imaginaires.

C’est entre 1550 et 1700 que la chasse aux sorcières atteint son paroxysme : les historiens recensent plus de 110 000 procès pour sorcellerie, avec une majorité accablante de victimes féminines souvent âgées, marginalisées socialement ou simplement vulnérables à la vindicte populaire.

Autopsie des chasses aux sorcières

L’intérêt de ce parcours réside dans la manière dont il dénoue le fil entre peur, superstition et domination sociale. Dans cette Europe déchirée par les schismes religieux, la sorcière cristallise angoisses collectives, c’est le bouc émissaire rêvé pour expliquer l’inexplicable.

À travers près de 180 œuvres et objets originaux — gravures, peintures, manuscrits anciens, outils liés à la sorcellerie — l’exposition reconstitue cette époque tragique. Elle juxtapose documents historiques et dispositifs multimédias immersifs, créant un dialogue exigeant entre réalité documentaire et imaginaire collectif.

Ainsi ce parcours n’est pas seulement historique : il éclaire aussi la construction culturelle d’un imaginaire autour du corps, de la sexualité, du pouvoir et de la marginalisation. Cette mise en perspective permet de comprendre combien les récits sur les sorcières, leurs procès et leurs représentations ont été façonnés par des systèmes de domination et de peur, et combien ces questions résonnent encore aujourd’hui.

Une réappropriation contemporaine

L’itinéraire muséal se poursuit au-delà des chasses et des procès pour aborder la décriminalisation progressive des pratiques occultes et la manière dont l’image de la sorcière a été repenséeà l’ère contemporaine. Aujourd’hui, cette figure n’incarne plus seulement la peur ou la menace, c’est un symbole de puissance, d’indépendance et de liberté, une figure de résistance collective .

Cette déconstruction s’inscrit pleinement dans le projet Le Voyage à Nantes, qui depuis ses débuts oscille entre patrimoine, art et résonances contemporaines. L’exposition s’inscrit également dans une vision plus large des enjeux actuels : genre, corps, sexualité et domination restent au centre des débats sociétaux, et l’histoire des sorcières en est une métaphore puissante.

Au-delà des murs : médiations et événements associés

L’exposition ne se contente pas d’être statique. Autour du Château des ducs de Bretagne s’articulent de nombreuses animations, visites guidées adaptées (y compris en langue des signes française) et ateliers familiaux qui prolongent la réflexion et rendent accessible ce sujet complexe à tous les publics.

En écho à l’exposition, des événements culturels — concerts, spectacles et cycles autour de la figure de la sorcière — sont également proposés dans la métropole nantaise, soulignant la richesse et la diversité des lectures possibles de ce thème.

Pour en savoir plus et préparer votre visite, consultez le site du château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes.

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Posted by Dauphine De Cambre

Grande amatrice de haute couture, de design, de décoration, Dauphine de Cambre est notre fashionista attitrée, notre experte en lifestyle, beaux objets, gastronomie. Elle aime chasser les tendances, détecter les jeunes créateurs. Elle ne jure que par JPG, Dior et Léonard.