Babylon Berlin saison 5 : clairement on a bavé en l’attendant … et on n’a pas été déçu en la visionnant. Ce dernier opus clôture les aventures du commissaire Gereon Rath et de ses compagnons, sinon sur une note positive, du moins de manière spectaculaire. Parce que le sujet une fois de plus est traité avec autant de nervosité que de rigueur historique. Parce qu’il colle avec notre actualité politique et cela pour le moins fiche la frousse.
La purge commence
C’est fois, c’est la bonne grosse merde. 30 janvier 1933 : le très conservateur président Hidenburg nomme Hitler chancelier. A peine ce dernier en poste, les changements s’enclenchent à u rythme frénétique, et pas dans le bon sens ; Goering, bombardé ministre de l’intérieur de Prusse, décide de renforcer les forces de police … avec des SA. Autant dire que Gereon, Charlotte et consort se retrouvent fliqués dans leurs propres bureaux par les sbires de Röhm, qui font main basse sur les fiches signalétiques de tous ceux qui leur font de l’ombre et dont ils veulent se débarrasser manu militari.
Opposants, journalistes, homosexuels, artistes … la purge commence et ceux qu’elles touchent de tenter de résister, puis de fuir. Mais la nasse s’est refermée. Très vite. Hermétique ou presque. Tandis que Gereon, désespérément tente avec quelques autres de stopper l’inéluctable, quitte à plonger dans l’illégalité et le terrorisme, Charlotte ruse pour enquêter sur une série de meurtres d’anciens combattants qui, grands traumatisés de guerre, ont tous eu le malheur d’être soignés dans un hôpital psychiatrique aux côtés d’un certain caporal Hitler. Or parvenu au faîte du pouvoir, le dit caporal n’a pas du tout l’intention que le dossier du médecin qui l’a traité pour troubles mentaux graves remonte à la surface. Donc il fait liquider les témoins, ni plus ni moins.
Stopper l’inéluctable ?
Bienvenue dans un régime nazi : érigée à toute allure sur les ruines de la république de Weimar, la Nouvelle Allemagne fait le ménage, sans prendre de gants et à l’acide. Tous les moyens sont bons : noyautage, surveillance, intimidations, menaces, meurtres, complots, l’objectif est de torpiller le peu de démocratie qui demeure dans ce pays livré à la meute. Et les grands capitaines d’industrie de travailler main dans la main avec les nazis pour foutre en l’air le cordon sanitaire que les différentes tendances de gauche peinent à établir, bouffées qu’elles sont par leurs querelles intestines. L’incendie du Reichstag clôt le débat : tout le monde est raflé, embarqué en camp de concentration.
On tremble en regardant ces images, ce compte à rebours frénétique où chaque personnage tente avec les moyens du bord, et il n’en reste pas beaucoup, de stopper l’inéluctable (big up à la veuve Elisabeth Benke qui s’improvise descendante de Rosa Luxembourg pour amener les députées communiste et socialo à dialoguer, et ce n’est pas gagner croyez-moi). On se prend à espérer, à trépigner d’impatience et de peur, notamment quand on découvre les réalités des camps de concentration tout juste installés pour y incarcérer, torturer et liquider les opposants politiques de tout poil.
Finir en beauté
Le trio Hendrik Handloegten / Tom Tykwer / Achim von Borries a finir de terminer la saga Babylon Berlin en beauté. La folie est toujours là mais elle est couleur brune. On oublie le clinquant déluré, la frénésie de vie des premières saisons ; ici ce sont les couleurs sombres qui dominent, la brume, le froid, les cris de colère, le sang. Le peu de lumières aperçues dans les saisons précédentes s’étiolent tandis que la barbarie s’affirme, sort de l’ombre pour devenir officielle, étatique. Et tous de se sentir soudain piégés, quand les signaux d’alarme depuis longtemps clignotaient en tous sens.
Force d’inertie, déni généralisé, conviction de que le pire ne peut survenir : ces huit ultimes épisodes expliquent comment le pire justement s’installe, profitant de la nonchalance, du refus, de la sidération. Un avertissement pour nous tous à l’heure où les droites extrêmes, infiltrées, ancrées, se croient tout permis parce que justement on leur autorise tout. La série là aussi est claire : une fois cette idéologie installée au pouvoir, il n’y a de salut que dans la fuite. Il est bon de le rappeler, de le marteler. Les cinq saisons de Babylon Berlin, en évoquant le spectre de la république de Weimar, montre comment elle fut petit à petit assassinées. Le passé une fois de plus sert de miroir au présent. Il serait bon de scruter ce reflet et d’agir en conséquence. Vite.
