Dressée face à la baie de Manhattan, la Statue de la Liberté incarne depuis plus d’un siècle l’espoir, l’émancipation et la démocratie. Ce mythe universel revient en boucle dans livres, photographies, films, séries, œuvres d’art … C’est oublier un peu vite les doutes, les défis techniques vertigineux, les décennies de labeur nécessaires pour élever cette géante de cuivre dans le ciel new-yorkais. Organisée par le musée d’Orsay en partenariat avec le musée Bartholdi de Colmar, l’exposition Auguste Bartholdi. La Liberté éclairant le monde lève le voile sur les coulisses de cette aventure artistique et industrielle hors norme, expliquant ainsi comment un rêve d’artiste a accouché d’un symbole du monde moderne.

De l’Égypte aux côtes américaines, la trajectoire d’une idée

Le parcours s’ouvre sur un constat saisissant : la Statue de la Liberté aurait pu ne jamais voir le jour sous cette forme. Au rythme d’une scénographie fluide, le visiteur découvre les premières intuitions du sculpteur alsacien Auguste Bartholdi (1834-1904). Marqué par un voyage en Orient à la fin des années 1850, l’artiste imagine d’abord un phare monumental à l’entrée du canal de Suez : L’Égypte éclairant l’Orient. Le projet ne verra jamais le jour, mais l’idée d’une figure allégorique drapée tenant un flambeau est posée.

Il faudra l’enthousiasme de l’homme politique Édouard René de Laboulaye pour que cette vision se réinvente. Au lendemain de la guerre de Sécession, ce dernier propose que la France offre un monument spectaculaire aux Américains pour célébrer le centenaire de leur indépendance et sceller la fraternité entre les deux nations. Bartholdi s’empare du projet avec une ferveur quasi obsessionnelle.

L’exposition met parfaitement en lumière la maturité visuelle de l’artiste, oscillant entre académisme et modernité. Modèles en plâtre, esquisses préparatoires et moulages permettent de suivre pas à pas la recherche de la posture idéale, de la couronne aux sept rayons jusqu’aux draperies inspirées de l’Antiquité classique. On saisit à quel point chaque détail a été pesé pour transmettre un message politique fort sans céder à la sévérité.

Un défi technologique et financier sans précédent

Mais concevoir une figure de 46 mètres de hauteur (93 mètres avec son piédestal) dépassait de loin le cadre habituel de la sculpture du XIXᵉ siècle. L’exposition prend une tournure captivante lorsqu’elle aborde la dimension matérielle et technique de ce chantier monumental. Pour ériger pareil colosse sans qu’il ne s’effondre sous son propre poids ou la force des vents marins, Bartholdi fait appel aux esprits les plus brillants de son temps. Ainsi, c’est Gustave Eiffel qui conçoit le squelette métallique intérieur, un mât d’acier souple et novateur sur lequel viennent se fixer des plaques de cuivre battu d’à peine 2,4 millimètres d’épaisseur.

Les photographies d’époque, les maquettes d’ingénierie et les extraits de correspondance exposés dévoilent par ailleurs les ateliers Gaget-Gauthier, véritable ruche industrielle où les ouvriers martelaient le cuivre à la main sous le regard médusé des passants parisiens. Le parcours dévoile également les coulisses financières du projet. L’aventure repose sur une campagne de levée de fonds inédite. Pour financer le chantier, Bartholdi fait flèche de tout bois : la tête de la statue est exposée à l’Exposition Universelle de Paris en 1878, tandis que le bras portant la torche est présenté à Philadelphie dès 1876 ; miniatures, gravures, photographies et tombolas populaires participent à la médiatisation massive de l’œuvre avant même son inauguration.

Une expérience immersive au cœur du mythe

L’un des points forts de la visite réside dans sa capacité à faire dialoguer le document historique et l’innovation contemporaine. En marge de l’exposition classique, le musée d’Orsay propose l’expérience en réalité virtuelle « Une statue pour la liberté, le rêve de Bartholdi, de Paris à New York ». Équipé d’un casque, le visiteur se retrouve propulsé dans le Paris des années 1880, au milieu du chantier de la rue de Chazelles, où la statue dominait les toits de la capitale avant d’être démontée puis emballée dans 214 caisses à destination des États-Unis. On accompagne ensuite Bartholdi lors de la traversée de l’Atlantique et de l’inauguration triomphale du 28 octobre 1886 à New York. Cette parenthèse numérique, d’une grande rigueur historique, offre une sensation d’échelle saisissante qu’aucun livre d’art ne saurait retransmettre.

Avec Auguste Bartholdi. La Liberté éclairant le monde, le musée d’Orsay retrace une aventure humaine, esthétique et technologique d’exception … qui résonne puissamment avec nos enjeux contemporains d’engagement et de fraternité internationale. On sort de l’exposition avec un regard totalement renouvelé sur cette icône populaire. Pour sûr, cette exposition ravira tous les amoureux d’histoire, d’architecture et de culture visuelle et pourrait bien inspirer quelques vocations parmi ses jeunes visiteurs.

Pour en savoir plus et préparer votre visite, consultez le site du musée d’Orsay.

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