Présentée à la Cité de l’architecture et du patrimoine jusqu’au 11 janvier 2027, Patrimoines en résistance aborde un sujet aussi complexe que douloureux. Sous-titrée « De Tombouctou à Odessa », l’exposition scrute comment, au XXIe siècle, le patrimoine culturel et architectural est devenu un objectif militaire en soi au cœur de conflits contemporains où l’on ne détruit plus seulement des hommes mais des pans entiers de civilisation et de mémoire.
Une cible privilégiée des conflits armés
De Bâmiyân à Gaza, de Palmyre à Mossoul, de Tombouctou à Odessa, le parcours retrace comment les guerres du siècle s’en prennent, consciemment, volontairement et méthodiquement, aux lieux qui portent l’identité d’un peuple. L’exposition revient notamment sur l’été 2012 à Tombouctou, lorsque les mausolées de la ville — inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988 — furent anéantis ; l’événement constituera par la suite un précédent juridique majeur dans la reconnaissance des crimes contre le patrimoine.
Conçue à la manière d’un grand reportage, la scénographie mêle cartes, maquettes, photographies, films, œuvres contemporaines et répliques numériques de sites aujourd’hui disparus, réalisées notamment grâce aux travaux de modélisation de l’organisation Iconem. Ce dispositif documentaire, aussi précis que sensible, permet au visiteur de se tenir, un instant, devant des lieux que la guerre a rayés du monde réel.
Effacer, résister, réparer
Le récit s’articule en trois séquences qui donnent à l’exposition toute sa charpente : « Effacer », d’abord, qui documente les gestes de destruction, du dynamitage au pillage en passant par l’abandon forcé des territoires ; « Résister », ensuite, qui met en lumière celles et ceux qui, sur le terrain, protègent, sauvegardent, documentent envers et contre tout ; « Réparer », enfin, qui interroge les formes de reconstruction et de transmission permettant de penser un avenir depuis les ruines.
Cette traversée s’appuie sur les regards croisés de chercheurs, d’artistes, d’architectes et de témoins directs — parmi lesquels l’architecte ukrainienne Bogdana Kosmina, curatrice du pavillon ukrainien à la Biennale de Venise en 2025. Leur parole apporte à l’exposition une dimension rare, celle du témoignage vécu, loin de toute abstraction muséale.
Une exposition, un engagement
Présentée en partenariat avec le GrandPalaisRmn et placée sous le patronage de la Commission nationale française pour l’UNESCO, Patrimoines en résistance s’inscrit pleinement dans la vocation de la Cité de l’architecture et du patrimoine, installée au Palais de Chaillot depuis sa fondation par Eugène Viollet-le-Duc en 1879. Le lieu, qui abrite aussi le Musée national des monuments français, n’a sans doute jamais aussi bien porté son nom : ici, le patrimoine n’est pas montré comme un vestige figé, mais comme un enjeu vivant, disputé, à défendre.
On ressort de cette exposition avec une certitude : la pierre peut tomber, mais la mémoire, elle, se transmet. C’est peut-être là la plus belle des résistances.
Pour en savoir plus et préparer votre visite, consultez le site de la Cité de l’Architecture et du patrimoine.
