Faire d’une inspectrice des impôts sur le point de prendre sa retraite l’héroïne d’une fiction, sans flingue, sans cadavre, sans casse-tête judiciaire : il fallait oser. La série espagnole Celeste a fait ce pari fou. Et l’a gagné,récompensée qu’elle fut et à juste titre par le prix de la meilleure série à Séries Mania 2025.
Inspectrice du fisc vs superstar de la pop latino
Un petit pitch s’impose. La très zélée Sara Santano (Carmen Machi, monumentale tout comme dans La Mesias) boucle une carrière de trente ans au service du fisc espagnol. Dernier jour de boulot, dernier dossier — et pas n’importe lequel : prouver que Celeste, superstar mondiale de la pop latino (Andrea Bayardo), a passé plus de la moitié de l’année sur le sol espagnol et doit donc payer ses impôts. À la clé : vingt millions d’euros pour les caisses de l’État. Autant d’argent que Sara n’a pas du tout l’intention de laisser filer.
Si l’intrigue s’inspire ouvertement des déboires fiscaux qui ont frappé Shakira en Espagne, Celeste n’a rien d’un biopic déguisé. Le showrunner Diego San José se saisit de cette affaire pour raconter autre chose, de plus fin, de plus mordant. S’il construit son récit comme un thriller (tension, rebondissements, jeu du chat et de la souris entre Sara et l’entourage de la star), il l’alimente d’une ironie savoureuse sur le pouvoir, la célébrité et la mécanique absurde de l’administration.
Entre comédie sociale et drame intime
Le ton oscille en permanence entre comédie sociale et drame intime, sans jamais que l’un écrase l’autre. Si la traque fiscale de Celeste a ses côtés cocasses, elle repose sur des portraits de femme en souffrance. D’un côté la vedette rongée par une célébrité qu’elle assume difficilement, de l’autre une contrôleuse fiscale sévère qui ne se remet pas de la perte de son défunt mari. Carmen Machi campe magistralement cette héroïne à la fois rigide et fissurée, obsédée par l’éthique professionnelle jusqu’à l’absurde, rattrapée en coulisses par une vie personnelle qui déraille.
Dans un paysage saturé de thrillers scandinaves et de sagas criminelles sans fin, Celeste ose l’antihéroïsme du quotidien — une femme, un dossier, une administration — et en tire une série aussi drôle que touchante sur l’Espagne d’aujourd’hui, ses stars et ses anonymes. La presse ibérique n’a d’ailleurs pas manqué de saluer cet équilibre rare entre sobriété narrative et ton tragicomique assumé. Six épisodes, un format court et resserré, où chaque scène compte. Pas de remplissage, pas de sous-intrigue qui traîne : Celeste va droit au but, et c’est aussi ça qui la rend redoutablement efficace.
