
C’est une de mes lectures fessées de l’année 2026. Pas vraiment un livre relax à savourer dans son transat au bord de la piscine, cocktail à portée de main, me direz-vous ? Eh bien, vu que le temps est à la canicule chronique, que votre piscine est asséchée par un soleil de plomb, que vous ne pouvez tenir plus de deux minutes dehors sans risquer les urgences pour coup de chaleur, et que vous avez plutôt intérêt à boire de la flotte (tant qu’il nous en reste) plutôt que de l’alcool, je me dis que Cancer colère est en fait bien dans l’air du temps … qui devrait, vu les circonstances, être la la rage.
Et pourquoi donc ? Quel lien entre cancer et canicule ? Ils découlent tout deux de la folie des hommes, du capitalisme enragé, du viol constant de la nature et de l’humanité. Une résultante logique après des décennies d’empoisonnement de notre environnement. Et cela, Fleur Breteau le met en évidence de manière limpide au fil des pages de son excellent bouquin. Un bouquin riche d’enseignements à plus d’un titre.
Entre chimio et boulot
En racontant le parcours de soins suivi/subis pour tenter d’éradiquer son deuxième cancer du sein, dame Breteau échappe au discours larmoyant qu’on nous vend depuis des lustres sur le malade martyre abordant son ordalie avec courage et abnégation. Du courage, Sainte Fleur n’en manque guère, mais l’abnégation, fuck off !!!! Tandis qu’elle se traîne de consultation en séance de chimio, l’autrice détaille par le menu une feuille de route médicale qui tient du parcours du combattant. RDV longue distance, manque d’infos, personnel submergé, absence de moyens … le malade chronique est seul et doit se démerder comme il peut pour survivre et pas seulement au mal. Parfois entre chimio et boulot, il faut choisir. L’horreur.
De quoi hurler face à la connerie ambiante de celles/ceux qui ont raclé l’hosto public jusqu’à l’os pour nous laisser crever. Fallait-il faire St Cyr/ENA/Science Po pour accoucher de pareilles débilités ? On se le demande. Fleur, elle, ne sort pas de cette formation ; pur produit de la fac (lettres et ciné), elle a le bon sens de l’entrepreneuse solo et de la militante écolo. Elle observe. Et ce qu’elle voit dans les couloirs de l’institut Gustave Roussi où elle est suivie l’interpelle : elle n’est pas la seule à être foudroyée par des cancers à répétition, loin de là. Au fil des chimios, elle rencontre, échange avec d’autres compagnons d’infortune sanitaire.
Un parfum d’épidémie
Et commence à se demander si il n’y aurait pas comme un parfum d’épidémie cancéreuse qui rôde sur notre société. Jeunes, vieux, hommes, femmes, ouvriers ou cadres, le crabe frappe en série et à l’aveugle. Et Fleur d’aller enquêter les nuits d’insomnie où les produits injectés la rongent de fièvre et de douleur. Et ce qu’elle découvre la laisse sans voix … un temps, jusqu’à ce qu’elle prenne la plume pour raconter. Et faire dialoguer sa souffrance quotidienne avec les chiffres des rapports de l’industrie chimico-agro-alimentaire. Des stats effrayantes qui actent d’un empoisonnement collectif de la bouffe, de l’eau, de la terre, du vivant.
Avec explosion des cancers à la clé. Et la bonne blague, c’est que ces firmes, tout à fait conscientes de répandre la mort, investissent également dans la fabrication des traitements anti-cancer. On s’étrangle d’indignation quand on réalise jusqu’où ces gens vont pour faire du fric. Et on comprend mieux le cri de révolte on ne peut plus justifié de Sainte Fleur du haut de la tribune du public de l’Assemblée Nationale quand elle menace les députés qui viennent de voter la loi Duplomb réautorisant des saloperies pesticides. « On le fera savoir ! ».
De la fusion des combats
C’est chose faite avec ce bouquin formidable que j’ai proprement dévoré et adoré. Car il change la donne. Désormais le malade n’est plus une petite chose fragile et sans voix. Il a le droit de gueuler, de militer, de dire « fuck le système qui m’a amené sur une table d’opération et devant l’oncologue ». Une sainte colère que nous devrions tous éprouver et qui appelle à la fusion des combats (parce que là il y a urgence à passer la vitesse supérieure de la convergence des luttes, vœu pieu inabouti d’une gauche éclatée aux quatre vents de tendances irréconciliables MAIS BON DIEU LES GARS, C’EST NOUS QUI EN CHIONS AU QUOTIDIEN ALORS BOUGEZ-VOUS BORDEL, CONVERGEZ ET FISSA !!!).
Bref, je n’en dis pas plus long : si vous n’avez plus foi en rien, que vous avez baissé les bras, que vous êtes rongé.e d’anxiété face à ce monde de merde, au futur qu’on nous prépare, lisez Cancer Colère, ces lignes vont vous rebooster, vous filer la patate, la pêche, l’envie de vous battre et de ne plus vous laisser bouffer sans rien dire.
PS : et si ça vous tente de rejoindre le combt, dirigez-vous vers le site de l’asso Cancer Colère, il y a du pain sur la planche.
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