Septembre 2026. Après un été qu’on peut qualifié de bien bien pourri (entre canicules et feux de forêt, on a bien donné dans le dantesque, faut avouer), reprenons le chemin de l’école et de l’entreprise. Avec la bonne grosse boule au ventre, la gorge serrée, envie de chialer et vomir à la fois ? Ouh là, y aurait-il de l’eau dans le gaz ? Si vous envisagez votre retour au taff en mode chemin de croix, il serait peut-être temps d’aller voir un psy spécialisé … et de lire Ciao les nazes ! Histoire de vous remuer les méninges avant la catastrophe.
Mail de démission et cri de guerre
Petite précision préalable : Séverine Bavon collectionne les burn-out comme d’autres les séries limitées de légos moches, les stylos plumes rouillés et/ou les pintes à bière. Autant vous dire qu’elle connaît bien bien le truc, et que c’est en experte qu’elle prend la plume pour accoucher d’un Ciao les nazes tonitruant comme un grand cri de libération … et de guerre ! Un bouquin en forme de longue lettre de démission balancée à la face d’un N+1 qu’elle ne peut plus voir en peinture et qui l’a prise pour une conne une fois de trop.
Alors un soir à 18h alors qu’elle devrait rentrer chez elle profiter d’un repos mérité mais relativement fragile vu la charge mentale qui l’attend at home, elle craque et envoie chier son manager par mail interposé. Mail qui se transforme en 19 chapitres bien troussés où la belle règle son compte à l’entreprise telle que nous la vend ce monde fabuleux du capitalisme sauvage, féroce et cannibale dont on nous vante pourtant les beautés fallacieuses à longueur d’interviews de patrons et d’hommes politiques. Croyez-moi : après avoir bouclé ce livre merveilleux, le premier qui vous chantera les louanges du travail en mode sacrifice expiatoire sur l’autel du profit, vous lui ferez bouffer son ordi en commençant par toutes les lettres du clavier. Et cela sera justice.
Acuité d’entomologiste et ironie à l’acide
Chiffres, rapports et références à l’appui, dame Bavon démonte, pièce par pièce et avec une acuité d’entomologiste, la machine à broyer qu’est devenu le monde du travail moderne : réunions qui ne servent à rien, mails passifs-agressifs signés « bien à toi », grandes valeurs d’entreprise gravées sur un mur et vidées de tout contenu, tout y passe y compris cette angoisse made in 2025 qui plane désormais sur des open spaces bouffés au bord du sabordage, à savoir se faire remplacer par une IA avant d’avoir pu finir son café. Bavon tire à vue sur le yoga en entreprise, le babyfoot, la salle de sieste, bref tous ces pansements que les patrons collent sur une fracture ouverte et purulente avec un sourire satisfait de mecs qui se croient cool et humains. OK, ça fait des posts LinkedIn sympa, mais ça ne soigne rien, pour tout dire, c’est même se foutre allègrement de la gueule des salariés qui en bavent.
Si l’autrice cite études et sondages, elle sait aussi manier les punchlines électriques et l’ironie à l’arsenic. Hilarant, son bouquin fait aussi grincer des dents quand on s’y reconnaît, ce qui arrive pratiquement à toutes les pages. Le constat est là : nous sommes tous concernés. Le vrai sujet, ce n’est donc pas votre boss relou ou Jean-Kevin de la compta qui parle de la communion du petit dernier à la machine à café. C’est un système entier qui a pris l’habitude de refiler des problèmes collectifs à chacun individuellement, en mode « et si tu essayais la méditation ? » — pendant que la structure, elle, ne bouge jamais d’un pouce.
Un livre de chevet en devenir
Uppercut. Surtout quand on comprend que si nous sommes si dociles, c’est que nous l’avons appris auprès de Papa/Maman qui ont tout fait pour que nous réussissions dans la vie y compris nous inculquer la notion de l’effort, le l’implication et de la loyauté, sans se douter qu’ils nous livraient pieds et poings liés à un système prédateur d’une violence incroyable. Heureusement Ciao les nazes ! arrive à point nommé pour enfin vous inviter à ne plus faire semblant (une invitation en mode « coup de pied au cul » mais faut ce qu’il faut pour nous faire réagir).
Parce que oui, nous sommes tous un brin enkystés dans des croyances délétères qui nous dévorent à petit feu, et c’est misère que de devoir accumuler les burn-out (avec les risques que cela constitue à long terme pour la santé psychique et physique) pour finir acculer à la démission car on n’a plus la force d’encaisser une pression qui n’aurait jamais dû être. Miracle, cet ouvrage précieux va vous ouvrir les chakras en vous fournissant par ailleurs des armes pour vous battre et torpiller votre job en 19 étapes, comme le dit si bien le sous-titre d’un Ciao les nazes ! qui a de fortes chances de devenir votre livre de chevet !
