Le Parlement européen vient d’accueillir une exposition anti-avortement orchestrée par des figures de l’extrême droite continentale. C’est ici qu’il convient de rappeler l’importance de l’IVG, comme le droit absolu de chaque femme à disposer de son corps certes, mais aussi comme une mesure de santé vitale. Et pour ce faire, la photographie de terrain, sans filtre, née de l’exigence journalistique, s’avère aussi cruciale qu’imparable.Ainsi le travail particulièrement saisissant de Kasia Strek avec The Price of Choice.

Avorter a un prix

Le titre de la série parle de lui-même : dans nombre de pays, avorter a un prix. Souffrance, mort, mise au ban de la société, condamnation … Les clichés de la photojournaliste franco-polonaise Kasia Strek s’enchaînent, montrant des femmes, parfois de très jeunes filles, en pleur, dans la douleur, la honte, le désespoir, résignées … ou décédées.

Pologne, Colombie, France, Philippines, Égypte, USA, Nigeria, Salvador, Irlande, partout à la surface de la planète, des femmes crèvent de ne pas avoir pu interrompre leur grossesse. Toutes ont essayé d’avorter, ont été contraintes de le faire clandestinement sans mesures d’hygiène adaptées. Violées, malades, trop jeunes, portant des enfants morts dans leur ventre … condamnées par des lois iniques et criminelles à disparaître plutôt qu’à bénéficier du geste médical que constitue une IVG.

Urgences vitales

On demeure sidéré.e devant ces images poignantes, ces larmes silencieuses, ces corps tordus de douleur, ces ventres scarifiés … Pudiques mais sans concession, explicités par de courts cartels, ces clichés mettent en évidence la réalité d’avortements pratiqués entre urgence, brutalité, précarité, chagrin : y apparait la chair marquée de femmes doublement, triplement victimes.

Comme l’expliquait très bien Simone Veil, interdire l’avortement n’a jamais empêché les femmes d’avorter, par contre elles avortent en secret et sans aucune sécurité. Avec cette série au long cours, Kasia Strek démontre magistralement ce qu’il advient lorsque le droit d’avorter est restreint ou prohibé. On n’y parle pas de confort ou de caprice, comme les conservateurs de tout poil aimeraient le faire croire, on y parle d’urgence vitale, de femmes forcées, violées, malades … et abandonnées, niées, dans leur préservation même.

Une faute impardonnable

Ces photographies tracent les contours de sociétés où la femme est réduite à sa seule fonction reproductrice. Le seul fait de vouloir interrompre une grossesse non désirée ou parce que l’enfant, non viable, représente un danger pour la mère, relève d’une faute impardonnable qui légitime la mort, morale, sociale, voire physique. C’est cela que Strek révèle et c’est odieux, abject.

Le terme « obscurantisme » semble presque trop faible pour désigner pareille croyance confrontée à des réalités de terrain aussi sordides. La série illustre par ailleurs le combat militant pour faire bouger les lignes, promouvoir l’éducation sexuelle, le droit à la contraception, la légalisation de l’IVG. Une lutte au quotidien, qui en dit long sur son importance et l’extrême fragilité du statut de la femme dans un XXIe siècle qu’on pensait voué au progrès technologique et à l’émancipation des individus quel que soit leur sexe.

Partagez-moi