
Il y a des artistes dont on comprend immédiatement, dès les premières images, qu’elles n’appartiennent à aucune école, aucun mouvement, aucune géographie fixe. Romero Pasin est de celles-là. Hispano-argentine, formée au théâtre, rodée au cirque, installée au Canada, elle pratique le collage comme d’autres écrivent des journaux intimes : pour assembler ce qui n’aurait jamais dû se retrouver ensemble, et laisser la rencontre faire sens.
Un itinéraire en forme de carte du monde
Née en Argentine, Romero Pasin grandit au Mexique, en Colombie et en Suisse — une enfance déjà nomade qui façonne un regard naturellement pluriel. À quinze ans, c’est le théâtre qui la saisit. Elle y consacre ses vingt ans en Espagne, où elle produit, dirige et écrit plusieurs pièces avec sa propre compagnie. Puis vient le cirque itinérant — des années à confectionner et réparer costumes, accessoires et décors de scène, à naviguer entre les rôles de conteuse, de clown-habilleuse, de médecin des marionnettes, toujours les mains dans la peinture et les poches pleines d’outils.
Ce parcours en zigzag, elle en fait la matière première de son art. Car c’est dans cette longue fréquentation des constructeurs de décors, des peintres, des costumiers, que se constitue une pratique artistique qui refuse catégoriquement les frontières entre disciplines. Pasin se définit elle-même comme une artiste en médiums mixtes qui n’est pas entièrement autodidacte — la nuance est précieuse, et rare.
La magie du quotidien comme programme esthétique
Ce que cherche Romero Pasin dans son atelier canadien, c’est quelque chose d’aussi simple et d’aussi insaisissable que la magie dans l’ordinaire. Ses matériaux de prédilection : des objets anciens, des images vintage, des souvenirs, des photographies trouvées, des pellicules périmées. Tout ce que le temps a rendu légèrement irréel, tout ce qui porte en soi une histoire à moitié effacée.
Son processus créatif a quelque chose de méditatif. Elle commence avec une idée, puis se perd volontairement, se détache du mental pour laisser l’intuition prendre la main. Ce qu’elle décrit ressemble au jeu du Cadavre Exquis cher aux surréalistes : des fragments déconnectés qu’on assemble jusqu’à ce qu’ils trouvent un nouveau sens et racontent une nouvelle histoire. Ce n’est pas de l’improvisation, c’est de la confiance.
Collages, poupées, numérique : un vocabulaire à trois voix
Son œuvre se déploie en trois registres distincts, chacun habité par la même sensibilité. Les collages d’abord : des assemblages d’images anciennes aux compositions délicatement surréalistes, où une silhouette victorienne côtoie un élément botanique ou une texture de papier vieilli. Les titres — The Games We Used to Play, The One Who Followed His Heart, Little Healers — donnent le ton : narratif, poétique, légèrement énigmatique.
Les art dolls ensuite : des poupées d’artiste confectionnées à la main, qui prolongent directement son expérience de costumière et de créatrice de scène. Chaque pièce est unique, habitée, avec ce quelque chose d’inquiétant et de tendre propre aux objets qui semblent avoir une vie intérieure.
Le numérique enfin : une série de compositions — The Bath, Fauna, Don’t Forget to Look Behind, Together, Sailing into the Wind — qui transportent l’esthétique du collage physique dans un espace dématérialisé sans rien perdre de la poésie de l’analogique.
Une présence internationale croissante
Depuis 2020, Romero Pasin expose régulièrement dans des cadres collectifs qui confirment l’ancrage de sa pratique au coeur de réseaux d’art indépendants et alternatifs. Outsider Art Magazine lui consacre une place en 2020. Elle participe à des expositions collectives organisées par Québec Collage, par la galerie Start à Varsovie, par Vayo Collage Gallery à Rochester (New York). En 2024, son travail est projeté dans le cadre d’une exposition virtuelle et physique à la Holy Art Gallery de Londres. En avril 2025, elle expose au sein du collectif Éveil d’avril à la Galerie Ambigu de Montréal. La même année, Assembla Magazine — publication dédiée à l’art du collage — lui consacre une place dans son numéro inaugural.
Elle a également signé la pochette d’album pour Carmine Ioanna Music Company en 2021, et participé à l’exposition El privilegio de vivir, organisée par le collectif Mujeres que cortan y pegan dans le cadre du festival de poésie NUDO à Barcelone — une belle métaphore pour une artiste qui découpe, assemble et noue des récits depuis des continents et des matières.
Son travail est à découvrir sur romeropasin.com et sur Instagram @romero_pasin.