Nine Perfect Strangers : peut-on réparer une vie en une semaine de traitement extrême et borderline ?

affiche de la série Nine perfect strangers

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la série Nine Perfect Strangers diffusée sur Hulu puis Amazon Prime Vidéo, n’a pas fait l’unanimité. Les critiques n’ont guère été tendres avec le feuilleton drivé par David E. Kelley (à qui l’on doit pourtant Ally Mcbeal, Big Little Lies ou The undoing). Scénario soporifique, intrigue inexistante, personnages stéréotypés … un feu nourri de commentaires peu amènes qui nous a étonnés, pauvres ARTchemists que nous sommes, car nous avons bingewatché la chose avec intérêt … et un malaise grandissant au fil des épisodes.

Cure ou dérive sectaire ?

Un petit pitch pour mettre dans le bain ceux qui n’auraient pas encore vu Nine Perfect Strangers. Neuf personnages donc, d’age, d’origine, de statut divers, purs produits de la société moderne occidentale, avec belle bagnole, compte en banque garni, et névroses multiples à volonté. Des névroses qu’ils devinent sans les cerner, bien qu’elles commencent à sacrément les handicaper. Pour faire le ménage, tous décident de s’offrir une semaine de cure dans le très sélect centre de remise en forme Tranquillum, sous la houlette de la maîtresse des lieux, Masha Dmitrichenko.

Souriante, accueillante, réconfortante, Masha possède la grâce évanescente des fées, un sens prononcé de la psychologie et le don de manipuler son monde, clients et employés. Sans compter un traitement qui englobe des méthodes un brin tendancieuses, smoothie aux psychotropes, cri primal et caisson d’isolation sensoriel à l’appui. Le tout sous surveillance des caméras placées partout sur le domaine et jusque dans les chambres d’usagers privés de leurs smartphones et de communication avec l’extérieur. Pour résumer, ça sent la dérive sectaire à plein nez.

Des loosers de la vie

Car Masha a tout du gourou hypnotique qui fait payer très cher ses services, sait parfaitement déstabiliser ses interlocuteurs, les amener à accepter puis célébrer des actions qu’ils auraient critiquées quelques minutes auparavant. Parce que sa méthode semble porter ses fruits, parce qu’ils sont tellement paumés, abîmés, désespérés qu’ils se raccrochent à la moindre éclaircie, le moindre progrès, le plus petit espoir de mieux-être. Il faut avouer qu’en l’état, ces neufs parfaits étrangers ont ceci de commun qu’ils sont des loosers de la vie.

Aisés certes mais sur la corde raide dans leur vie sexuelle, sentimentale ou familiale, leur carrière professionnelle. Des stéréotypes a-t-on dit ? Ou plutôt des personnes enfermées dans des profils formatés qui les étouffent, ont dissous leurs repères, leurs valeurs, leur foi dans l’existence ? La mystérieuse et indestructible Masha n’échappe guère à ce questionnement, dont le point culminant se trouve être le deuil, la perte de l’être aimé qui a complètement renversé un ordre finalement très fragile. Et c’est justement au travers de ces patients qu’elle a triés sur le volet qu’elle compte retrouver son propre équilibre.

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Un grand huit émotionnel

Quitte à user de moyens extrêmes, en se servant de ceux qu’elle est censée aider et soulager. Réussira-t-elle ? Pour le savoir, il faudra visionner les huit épisodes de ce récit inspiré du reste du roman de l’australienne Liane Moriarty, et interprété par une Nicole Kidman aussi fougueuse que diaphane, avec dans son sillage Melissa Mccarthy, Bobby Cannavale, Michael Shannon, Luke Evans, Melvin Gregg, Samara Weaving, Asher Keddie, Regina Hall, Tiffany Boone, Manny Jacinto, Grace van Patten, Zoe Terakes.

Bref un casting de choix pour incarner ce grand huit émotionnel, entre frustration enfin exprimée, colère auto-destructrice, règlements de compte affectifs, défonce hallucinatoire, acceptation paniquée de la mort … et de la vie. Une gamme de réactions auxquelles le spectateur va forcément s’identifier. Ne nous voilons pas la face : nous pourrions tous nous retrouver un jour dans un univers à la Tranquillum face à une Masha. Parce que nous sommes tous perdus, exploités, écrasés par le système économique et social.

Les baguettes magiques n’existent pas

Parce que l’ultra-connexion nous a enfermés dans des modèles toujours plus durs et exigeants ; parce que nous n’en pouvons plus de ne pas nous affirmer en tant qu’individus ; parce que le COVID est passé par là, nous rappelant combien la vie est courte ; parce que les promesses d’épanouissement à la Tranquillum pullulent sur les réseaux sociaux, dans le grand boom du business du bien-être, où le meilleur (rarissime) côtoie le pire (généralisé). Voilà pourquoi Nine Perfect Strangers nous a tellement déstabilisés, voire inquiétés.

La série laisse à penser qu’on peut réparer une vie en une semaine de traitement extrême et borderline où on combat le mal par le mal, quitte à démolir la zone de confort de personnes déjà très instables via l’usage de drogues hallucinogènes dangereuses utilisées comme leviers médicamenteux. Seuls les plus solides, les plus volontaires, les plus courageux (et les plus aisés) pourront ainsi transformer leur chemin de vie en conte de fée. C’est oublier que les baguettes magiques n’existent pas et qu’on n’obtient rien de bon ni de pérenne dans la précipitation.

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Toute personne suivant une psychothérapie le sait : il faut prendre son temps, parfois des années, pour exorciser ses hantises, ses blocages. A ce titre, la promesse client de Tranquillum est purement aberrante, pour ne pas dire dangereuse. A l’heure où les séries constituent de puissants prescripteurs de tendances, on aurait aimé que Nine Perfect Strangers soit plus critique face à une thérapie new age qui tient proprement du traumatisme, et dont on peut raisonnablement questionner les effets à long terme. Quelque part, cette vision nous rappelle la version édulcorée et instagrammable de Moi Christiane F. : bien trop angélique pour être acceptable.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner la série Nine Perfect Strangers en VoD.