Nécropolis : un polar au coeur de la morgue de New-York

couverture du roman policier Nécropolis

Certains livres sont incontournables dans un parcours de lecteur accompli. Nécropolis en fait partie. Écrit en 1976, il y a donc plus de 30 ans, ce polar emblématique demeure une référence absolue, et pas seulement pour les amateurs du genre. Cet ouvrage, qui se dévore d’une traite tant il est prenant, constitue une pierre angulaire de la littérature dark moderne. Explications.

La morgue de New-York

Initialement intitulé City of the dead, le roman d’Herbert Lieberman nous entraîne au cœur de New-York à l’heure des seventies, quand la Grosse Pomme était rongée de misère et de violence. Ce cœur, c’est la morgue, gérée d’une main de fer par Paul Konig. Le très professionnel, respecté et redouté directeur de la médecine légale de N.Y. a dédié sa vie à son métier qu’il pratique comme un sacerdoce. Il faut en effet une foi inébranlable pour gérer le flot ininterrompu de cadavres qu’on lui amène chaque matin, depuis maintenant des années.

Des corps suppliciés dont Konig et son équipe doivent retracer les derniers instants, comprendre pourquoi, comment ils sont entrés dans la mort. Trop souvent de manière brutale, pour ne pas dire barbare, toujours dans la solitude, l’angoisse, le mystère. C’est ce mystère qu’il faut transpercer ; et c’est là que Konig intervient avec une précision, une rigueur, une logique qui ont fait de lui une référence dans un domaine que ses confrères méprisent, craignent même. Car autopsier les morts, c’est avoir déjà un pied dans l’au-delà.

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Un médecin légiste pour héros

En disséquant tous ces cadavres, Konig traque ceux qui les ont tués, cerne leurs motivations. Pointu, entêté, coléreux, il enquête, imperturbable, même quand sa fille manque à l’appel, disparue, probablement enlevée, voire pire, dans ce tumulte de la grande ville anonyme. La retrouvera-t-il ? Il y met une énergie égale à celle qu’il déploie pour identifier ces morceaux de corps repêchés au bord du fleuve. Cela suffira-t-il ? Parviendra-t-il à sauver son enfant, à mettre des noms sur ces restes décomposés, alors que les intrigues se multiplient pour savoir qui prendra sa place ?

On a qualifié Konig de personnage shakespearien. Ce n’est pourtant pas l’intérêt premier de ce livre magistral ; sa valeur, sa richesse, c’est le choix assumé de choisir un médecin légiste pour héros. Un héros maudit certes, mais néanmoins emblématique de par son caractère et sa profession. Grand-père putatif de Kay Scarpetta, Konig a dû susciter bien des vocations. Avec une précision naturaliste, Lieberman donne à voir par le biais de ce Charron moderne la réalité des morgues et de ceux qui y travaillent.

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Un passeur d’âme

Il donne ainsi ses lettres de noblesse à une profession décriée, la magnifie tout en l’humanisant. Il concentre le lecteur sur l’après de la scène de crime, l’exploration minutieuse du corps qui s’avère une investigation en soi, une étude minutieuse de chaque fibre de l’être, appuyée par une solide connaissance de l’anatomie humaine. Il replace cet examen dans le processus judiciaire, comment les rapports d’autopsie orientent le regard des policiers, l’importance d’une collaboration étroite entre ces différents intervenants jusqu’à l’heure du procès.

Aujourd’hui le personnage du légiste s’impose naturellement dans l’univers du polar, a minima comme un personnage secondaire. Il revient à Lieberman d’en avoir révélé le potentiel narratif, la richesse émotionnelle, en lui prêtant une étrange profondeur, une aura mystique. Konig est un prêtre de la mort, un embaumeur de l’Égypte antique, il chemine entre l’horreur de la souffrance, la laideur de la chair mise à nu, la quiétude du repos éternel. Il évolue dans un entre-deux monde, comme un passeur d’âme psychopompe. Sa raison de vivre, c’est la mort. Et c’est cela qui fait toute la force du roman.

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