Appropriate Adult : une plongée saisissante dans la psyché d’un tueur

affiche de la mini série Appropriate adult

Dans la longue et horrifique litanie des tueurs en série britanniques, le couple West occupe une place de choix, avec à son actif une douzaine de meurtres (peut-être plus) absolument sordides commis sur des jeunes femmes sans défense, parmi elles une de leurs filles. Viols, tortures, mutilations, démembrements, les médias anglais ont détaillé par le menu les méfaits de «the Gloucester serial murders », inscrivant ce binôme maléfique au panthéon des meurtriers les plus ignobles… et sur la liste du producteur exécutif d’ITV Jeff Pope qui s’en inspira pour initier le saisissant Appropriate Adult.

Un sujet d’une rare noirceur

Appropriate adult : propre à la législation anglaise, cette expression désigne un proche parent, un tuteur, un travailleur social ou toute personne majeure chargée d’assister un enfant ou un adulte vulnérable interrogé par la police. C’est donc du point de vue de Janet Leach que la mini série scénarisée par Neil McKay et réalisée par Julian Jarrold aborde un sujet d’une rare noirceur. Sans aucune expérience, ignorante de ce qui l’attend, cette mère de cinq enfants, divorcée, vivant avec un compagnon bipolaire ingérable, est bombardée « appropriate adult » bénévole d’un Fred West tout juste arrêté pour le meurtre de sa fille, mais particulièrement retors face aux questions des enquêteurs.

Un lien va progressivement se tisser entre cet homme dont on ne sait s’il est réellement attardé ou s’il feint ce handicap pour mieux tromper son monde et cette femme totalement dépassée par les horreurs qu’elle découvre au quotidien, tandis que West en fait sa confidente. Un lien de confiance, un lien affectif dont les policiers vont user pour obtenir les aveux d’un criminel abject. La pauvre Jane accepte ce rôle qui va la conduire aux portes de la folie, tandis que les époux West se jettent à la face et par avocats interposés la responsabilité des atrocités commises. Qui était l’âme de cette démence meurtrière, qui en était le bras ? Pour clarifier leur approche, les limiers envoient Jane en première ligne sans trop de scrupule.

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Privilégier la violence psychologique

Et nous aussi par la même occasion, qui nous identifions à cette « appropriate adult » aspirée par une spirale de violence inimaginable tandis qu’elle parcourt les scènes de crime, qu’elle assiste à l’exhumation des dépouilles, qu’elle écoute West lui raconter chaque assassinat en détail, se lamentant au passage sur la froideur de son épouse et complice. Pour incarner Jane, une Emily Watson bouleversante de fragilité et de volonté ; face à elle, un Dominic West inquiétant, rusé, dont on n’arrive jamais à déterminer les pensées. Le duo fut récompensé pour cette interprétation de haut vol, ce dialogue de mort qui conduira l’un au suicide, l’autre au syndrome post-traumatique.

Une histoire vraie, vécue, subie par des êtres humains, qui complète deux précédentes productions dédiées aux grands meurtriers anglais du XXeme siècle  This Is Personal: The Hunt for the Yorkshire Ripper et See No Evil: The Moors Murders, précède d’autres épisodes comme The Pembrokshire murders et Des. Toujours la même recette :

  • réduire au maximum les séquences spectaculaires de meurtres, pas de sang, pas d’autopsies en direct ;
  • préférer le récit des actes, l’impact des mots, les allusions soulignées par des cadrages, des clichés ;
  • privilégier la violence psychologique des rapports, se concentrer sur ce jeu du chat et de la souris que les accusés instaurent avec les enquêteurs ;
  • questionner les moyens alloués par l’état pour mener ces investigations, l’arsenal légal à disposition, souvent inadapté.

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Explorer la logique d’une emprise

En l’état, et quand on connaît le fonctionnement mental des tueurs en série, la rencontre entre Jane Leach et Fred West n’aurait jamais dû avoir lieu. Cette dernière demeure marquée à vie par une expérience que même les policiers les plus aguerris redoutent. C’est tout l’intérêt de la série Appropriate Adult que d’explorer cette emprise, sa logique, les phases de sa mise en place, les rouages affectifs dont use West pour hypnotiser cette victime psychique qu’il va proprement vampiriser. Le scénario donne en fait à voir la manière dont West et sa femme opéraient pour assujettir leurs victimes, les amener à accepter le pire, avant de les liquider sans état d’âme.

Cette démonstration est d’autant plus saisissante que n’importe qui aurait pu se retrouver à la place de Jane Leach et subir ce traitement. À ce titre, Appropriate adult se situe au niveau d’un Mindhunter par la qualité de son analyse, la précision de son observation, sa parfaite tenue, sa construction, la gestion d’une tension en constante hausse que l’héroïne accepte de subir malgré les risques qu’elle devine. Vous désirez plonger dans la psyché d’un serial killer ? Regardez Appropriate adult, vous allez non seulement comprendre, mais aussi ressentir. Et vous n’allez pas du tout aimer, mais vous irez jusqu’au bout.