Paula Spencer : Roddy Doyle et l’anti Gervaise

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Paula Spencer, 48 ans, de beaux restes, quatre gosses dont deux sont encore chez elle, un job de femme de ménage et une vie à reconstruire de fond en comble sur les ruines d’un passé douloureux. Tous les ingrédients sont ici réunis pour composer une tragédie du quotidien. Sauf que c’est Roddy Doyle qui tient la plume, pas de place donc pour le larmoyant, ce sont les forces de vie qui l’emportent. Et il va en falloir pour que Paula se remette en selle.

Reprendre goût à la vie

Alcoolique, femme battue, chômeuse, nous la voyons escalader la pente escarpée qu’elle a descendue des années durant. Avec une détermination sans faille ? Que nenni et c’est ça qui la rend si vraie, si attachante. Car Paula à chaque seconde, tremble de replonger, s’accroche comme elle peut, pour se remettre à flot, pour reprendre goût à la vie, pour ses gosses, ses sœurs, ses petits-enfants. Dans une Irlande qui s’ouvre à la tranquillité, au développement économique après des siècles de luttes intestines et de misère, Paula incarne cette reconquête de soi, ce lent épanouissement. Comme un enfant malhabile qui apprend à marcher, Paula découvre. Les saveurs, les odeurs, le plaisir d’une vraie fatigue, d’ouvrir un compte en banque, de pouvoir acheter un peu de superflu après tant de privations.

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Simple, drôle parfois, tendre

Ecrit de son point de vue, le récit multiplie les contradictions, des phrases hachées qui traduisent les incertitudes d’une héroïne refusant de se ronger de culpabilité. Paula doucement prend confiance en elle. Des éclairs de violence domestique, des souvenirs de querelles, de cuites, viennent de temps à autre troubler l’évocation d’un quotidien certes répétitif mais si calme après tant de tourments. Quiétude retrouvée comme ce moment où Paula s’endort dans un lit vide dont elle savoure le confort dénué des douleurs physiques de l’ivresse. C’est simple, drôle parfois, tendre : Paula revenue d’entre les morts observe ses proches, goûte cette vie qui s’offre enfin. Délicate simplicité de la résilience, exprimée en termes spontanés et populaire,s loin des aléas politiques, des fulgurances culturelles.

Un récit optimiste et réaliste

La musique est de la partie bien sûr, comme toujours chez l’auteur de The Commitments : U2, The White Stripes, Eminem, les grands hits des 90’s viennent rythmer les étapes émotionnelles de cette rédemption tandis que Paula apprécie des beignets de crevettes, reprend contact avec son fils junkie, sort sa gamine de l’alcool. Paula Spencer enchaîne les épisodes de cette deuxième vie avec humilité et fraîcheur. Le récit est chaleureux comme les premiers rayons d’un soleil printanier. Optimiste et réaliste, le roman, publié en 2006, constitue plus qu’un portrait de femme, il évoque le concret de l’existence, tel que l’exprime Maupassant au terme de son œuvre Une vie : « La vie, voyez-vous, ça n’est jamais si bon ni si mauvais qu’on croit. » Anti-Gervaise, Paula Spencer incarne ce bon sens.

Et plus si affinités

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