Arty : du rififi chez les art advisers

couverture du roman policier Arty de Louis Nègre

Art advisor : techniquement, il s’agit de conseillers spécialisés en art contemporain, qui orientent les milliardaires désireux de devenir mécènes mais qui n’y connaissent rien. Contre juteuse rétribution bien évidemment, de la part du milliardaire qui affirme ainsi son positionnement financier tout en diminuant ses impôts, niche fiscale oblige … et du galériste qui profite d’une transaction bienvenue dans ce marché ultra-concurrentiel. Bref le métier d’art advisor est des plus lucratifs et donne un statut social envié. Ce que convoite ardemment la jeune et très ambitieuse Pilar. Va-t-elle parvenir à ses fins ? C’est le cœur de l’intrigue du très réjouissant roman Arty.

Le monde des marchands d’art

Rédigé par Louis Nègre, grand amateur doublé d’un collectionneur passionné, Arty nous plonge dans une histoire somme toute banale : une jeune donzelle avide de réussite et de reconnaissance séduit un vieux négociant richissime, se sert de son argent pour pénétrer le monde des marchands d’art et des foires célèbres. Art Basel Miami ou Bâle, FIAC de Paris, Biennale de Venise … d’événement en événement, viennent se greffer au binôme initial un jeune peintre qui veut faire grimper sa côté, un directeur de galerie qui aimerait rayonner à l’international, une belle assistante issue de la jet set américaine …

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Une jungle au propre comme au figuré

Et bien d’autres profils typiques de cette jungle très particulière que constitue le marché de l’art contemporain. Tout ce petit monde va bien sûr entrer en concurrence, dans une intrigue de polar qui tourne au Cluedo. Mais ce n’est pas la finalité véritable du livre. Ce qui intéresse ici Nègre, c’est de donner à voir les coulisses de cet univers dont, pauvres quidams sans le sous que nous sommes, nous ne voyons qu’un pâle reflet en nous baladant le dimanche après midi dans les allées de Art Paris. Pourtant les rouages de cet univers très fermé sont autrement plus passionnants, avec ses codes, ses exigences, ses trahisons également. On s’égorge beaucoup dans ce milieu, au figuré principalement, quelquefois au propre.

Panthéon créatif ou mafia ?

Quand dépasse-t-on la ligne rouge ? Il suffit d’un trop plein d’ambition et d’orgueil, d’un manque d’éducation, qu’une historie de fesses s’en mêle et c’est le drame. Drame qui s’oubliera vite dans ce marigot où snobisme et faux-semblant dominent, où on ne mélange pas les castes au risque d’y laisser sa peau. Avec une certaine dureté, Nègre met en évidence le plafond de verre auquel bien des fronts se heurtent. Beaucoup ne deviendront pas célèbres, beaucoup végéteront dans la pénombre, beaucoup abandonneront en cours de route ce chemin parsemé de bien plus d’épines que de roses vers un panthéon créatif qui ressemble fort à une mafia. Et l’art dans tout ça ? Que devient-il ? Un prétexte ? Un simulacre ?

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L’art sans honte ni complexe

Dans cette histoire, qui ressentira une véritable émotion esthétique ? Qui vibrera en découvrant une œuvre, non pour ce qu’elle vaut financièrement ou socialement, mais pour ce qu’elle montre de la réalité et de la perception qu’en a l’artiste ? Ce petit miracle arrivera au moment où on s’y attend le moins bien sûr, pour nous encourager tous à regarder l’art sans honte ni complexe, quelle que soit sa forme, son époque, sa thématique. D’une rare précision, la plume de Nègre est aussi ironique, pour ne pas dire mordante. Dixit le titre : l’anglicisme « arty » désigne selon le Larousse ce qui revendique une dimension artistique innovante. Problème : pas un seul des personnages du roman n’a l’envergure ni le talent pour. Comme trop souvent dans cet univers.

Et plus si affinités

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