Gastronomie : Bonsoir Clara, un miroir savoureux de la Belgique d’aujourd’hui ?

Chère Melle Théo,

ce petit message pour te dire que je reviens de mon trop court séjour de boulot à Bruxelles avec un joli souvenir culinaire qui fait honneur à ton beau pays. De ces 24 heures de course professionnelle, je retiens entre autres les quelques instants attablée chez Bonsoir Clara qui prouvent que la cuisine belge ne se limite heureusement pas aux moules frites, aux chocolats et aux gaufres (que tu fais d’ailleurs remarquablement bien).

Entre carrelage XIXeme siècle et mur de vitrail, l’atmosphère du lieu est chaleureuse, colorée sans agressivité ni ostentation. La vaisselle se veut originale, moderne et discrète, fonctionnelle : du design intelligent, raffiné, sans gloriole.  Tout est fait pour mettre à l’aise et profiter d’une carte aux charmes gustatifs surprenants. Je reste bien quinze minutes devant le menu, à décortiquer chaque plat. Rarissime : d’habitude j’accroche de suite et mon choix se détermine en 5 minutes chrono. En l’état, ce fut plus complexe.

Difficile de trancher entre : « Ravioles de volaille aux amandes, bouillon au lait de coco, jeunes oignons et riz soufflé », « Côte de veau rôtie piquée à la réglisse, chicons braisés à la cassonade et crème de merguez », « Noix de Saint Jacques poêlée, purée de patates douces à l’huile d’argan et petit beurre citronné » … Farfelu ? Que nenni. Ces plats ont leur cohérence, leur équilibre, leur identité : ainsi ces « croquettes de crevettes grises « home made »  et coulis de crustacés » sur lesquelles je craque finalement, curieuse de voir comment va être présenté ce classique de la cuisine belge (les fritures sont une base de vos tables).

Onctueuses et croquantes, truffées des petits crustacés déshabillés de leur fine carapace, rosées, saveur de fromage léger (une mozzarelle ?), reposant sur un lit de persil grillé (autre classique de votre gastronomie). On adhère en silence, laissant chaque bouchée fondre tranquillement sous la langue. Même sensation avec le « Suprême de pintadeau poêlé au tandorii, lamelles de foie gras et risotto au chiitaki ». Du salé-sucré audacieux qui jongle entre exotisme et terroir avec malice et beaucoup d’inventivité, sans pour autant désorienter ou alourdir. Un véritable exploit, vu la chaleur d’étuve qu’il fait dehors. Je termine sur une note fraîche et épicée, une « salade d’oranges de montagne marinée aux épices et  sorbet citron », qui clôt ce voyage irrigué sur une dernière gorgée … de bière. Et c’est là la petite note inattendue : tout le repas fut arrosé d’une bière de dégustation, mordorée et légère, fraîche, amère, rapeuse et ferme à la fois.

Nous sortons à minuit. L’air est à l’orage, les klaxons de la communauté italienne enchantent la ville-monde : l’Italie vient de gagner son ticket pour la finale de l’Euro. Dans la liesse générale, nous regagnons l’hôtel en passant par la Grand-Place, ses maisons Renaissance, sa grande flèche. On entend parler toutes les langues. Une ville plurielle, entre mixité culturelle, croisement des générations, des modes de vie, respectueuse des traditions, férue d’innovations : et je me dis qu’entre salé sucré et bières de dégustation, Bonsoir Clara a su traduire cette richesse en langage gastronomique au plus juste.

Et plus si affinités

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