1821-2021, Napoléon de la réalité au mythe : huit films clés pour comprendre

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5 mai 1821, 5h49, Sainte-Hélène : Napoléon meurt, entouré de ses derniers fidèles. Cancer ou empoisonnement, saura-t-on jamais ? Deux cents ans plus tard, la polémique fait toujours rage, tandis qu’on célèbre ce bicentenaire dans l’enthousiasme pour certains, avec précaution pour d’autres. L’héritage de l’Empereur demeure à la fois splendide et controversé, la fascination qu’il exerce, intacte. On ne compte plus les tableaux dépeignant les temps forts de son ascension et de sa chute, les biographies contant son destin, les documentaires  illustrant son règne. 

Et puis, il y a une filmographie monumentale, du reste analysée dans le remarquable Napoléon – L’épopée en 1000 films. Impressionnante preuve que Napoléon a su constituer une carapace de héros inusable, à l’épreuve des siècles, qui ne cesse d’inspirer les metteurs en scène, avec plus ou moins de bonheur. Des films qui permettent aux néophytes de se faire une idée du personnage, de ses forces, de ses faiblesses, de ses réussites et de ses fautes. En voici quelques-uns qui devraient éclairer votre lanterne sur ce profil d’exception, et la manière dont il a forgé son mythe.

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Napoléon : destin hors normes et films fleuves

Né en Corse, éduqué dans un lycée militaire français, jeune général issu de la Révolution française, stratège militaire émérite, travailleur infatigable, amoureux éperdu, Napoléon superpose les visages, les facettes. Pour en saisir les variations, il convient de visionner des œuvres relatant sa vie de bout en bout. Des œuvres sérielles qui articulent souvent les succès militaires du petit Caporal et l’avènement d’un empereur conquérant.

  • On pense bien sûr à la mini-série Napoléon signée Yves Simoneau en 2002, une production télévisuelle adaptée de la biographie fleuve de Max Gallo, avec un Christian Clavier tout à fait convaincant, Isabella Rossellini touchante en Joséphine … et un récit de vie assez éclairant sur les motivations du personnage, l’impact de sa famille.
  • Autre Napoléon digne d’être visionné, celui tourné par Sacha Guitry en 1954 : il y raconte l’épopée napoléonienne avec la verve qu’on lui connaît, en endossant une nouvelle fois l’identité de Talleyrand, narrateur privilégié de ce destin hors normes. Dans le rôle de Bonaparte le jeune et fougueux Daniel Gélin, dans celui de Napoléon Raymond Pellegrin … et un récit haut en couleurs et en bons mots, des décors et des costumes somptueux … et une réflexion pointue sur les enjeux politiques de cette montée à l’Empire.

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D’Austerlitz à Waterloo : fin stratège et horreurs de la guerre

Napoléon reste par ailleurs dans les mémoires comme un homme de guerre : soldat courageux chargeant drapeau en main à la tête de ses troupes sur le pont d’Arcole, général décimant les frondeurs de Saint Roch à coups de canon, stratège implacable sur les champs de bataille, adulé par ses grognards, haï par les troupes adverses, domptant l’Europe en laissant derrière lui des monceaux de cadavres … Deux films résument assez clairement ce rapport au combat.

  • Outre le mythique Napoléon daté de 1927 et restauré avec le secours financier de Netflix, Abel Gance a consacré d’autres films au parcours de Bonaparte, notamment Austerlitz. Sorti en 1960, le film se concentre sur l’éclosion de Napoléon Ier, entre paix d’Amiens, couronnement fastueux et bataille décisive. Dans la peau du monarque, un Pierre Mondy vif, intelligent, calculateur, dont on découvre l’évolution sur le terrain, la grande finesse stratégique, la psychologie pertinente. Autant d’éléments qui feront ses succès et sa grandeur.
  • A l’opposé, on trouve dix ans plus tard le redoutable Waterloo de Sergueï Bondartchouk, qui relate la défaite sanglante de 1815, qui signa la fin définitive de l’Empire dans un véritable bain de sang. Dans la peau de Wellington, en charge des troupes anglaises, un Christopher Plummer très britannique, qui fait face à la folie d’un conquérant tombant de son piédestal, l’hallucinant Rod Steiger. Les scènes de combat sont d’une violence indescriptible, le film, s’il appartient au genre historique, dénonce cependant l’horreur de combats féroces et sans pitié.

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 Le chemin de croix de Saint Hélène

1815 marque donc le terme de l’Empire … et va transformer la légende en mythe. Napoléon est déporté sur l’île de Sainte Hélène. Une minuscule colonie anglaise perdue dans l’Atlantique, un caillou volcanique éloigné de tout. Napoléon et ses derniers fidèles tentent d’y maintenir un semblant de décorum impérial, tandis que les britanniques renforcent les mesures de surveillance, tremblant que ce redoutable détenu ne s’échappe comme il le fit de l’île d’Elbe. Finalement, maladie ou poison, c’est la mort qui aura raison du Petit Tondu. 

  • Episode incontournable de l’émission La caméra explore le temps, “Le drame de Sainte Hélène relate les derniers mois de l’empereur ( de nouveau Raymond Pellegrin, superbe lion crevant dans sa cage sans rien perdre de sa grandeur), ses conditions de réclusion, son affrontement perpétuel avec son geôlier Hudson Lowe (Michel Bouquet d’un totale froideur), les querelles constantes de ses compagnons d’infortune, sa lente agonie …
  • Sorti en 1989, L’Otage de l’Europe de Jerzy Kawalerowicz suit le même cheminement, en insistant sur le positionnement culpabilisant d’un Napoléon bien décidé à mourir en martyre, pour placer les nations européennes qui l’ont banni devant le fait accompli : elles ont signé son arrêt de mort, se conduisent en bourreaux implacables. Fiévreux, Roland Blanche dessine un monarque déchu qui préfère s’auto-détruire que de courber l’échine, privilégiant sa gloire future que son bien-être présent.

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L’art de la fuite ?

Et puis il y a les rumeurs, les théories : Napoléon est-il vraiment mort à Saint-Hélène ? Comment pareille intelligence aurait-elle pu se laisser abattre par la maladie, le poison ? Trop perspicace et manipulateur pour être le jouet d’un destin qui aurait forgé jusque dans l’adversité ? Deux films le laissent entendre, qui reviennent sur le pouvoir de dissimulation de Petit caporal … et son sens de la manipulation.

  • Sorti en 2006, Napoléon et moi de Paolo Virzi évoque le passage de l’empereur sur l’île d’Elbe qui accueillit ce monarque à bras ouverts avant d’en découvrir les tromperies. Pour observer les différents visages d’un conquérant à la fois jovial, faux et cruel (excellent Daniel Auteuil), un jeune révolutionnaire dans l’âme (candide Elio Germano), prêt à tuer le tyran … pour finalement sympathiser avec avant d’en découvrir la profonde rouerie.
  • Véritable petit chef d’oeuvre de suspens et d’ironie, Monsieur N. d’Antoine de Caunes interroge la mort même d’un Napoléon qui aurait éventuellement trompé la Faucheuse pour vivre un dernier amour dans la joie de l’anonymat. Philippe Torreton y est sidérant de justesse et d’émotion, l’intrigue est palpitante, prenante, crédible même. Le film aborde le mystère entretenu autour du décès de l’empereur, et ajoute à la confusion d’une bien belle manière.

Et plus si affinités

Tous ces films sont disponibles en DVD ou en VoD.