Yves Saint Laurent : le couturier et son pygmalion ?

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La lecture de la biographie Pierre Bergé – Le pygmalion nous a donnés envie de revoir le film Yves Saint Laurent de Jalil Lesper. Avec un nouveau regard à la clé.

Un véritable travail de reconstitution

À la source, nos suffrages allaient davantage vers le Saint Laurent de Bertrand Bonello. Plus baroque, plus coloré, plus tortueux également, nous avions précisé dans notre article : «l’approche de Bonello ne fait pas redondance avec le biopic de Jalil Lespert», ce qui demeure encore exact. Quand Bonello mélange les périodes pour se focaliser sur un YSL complexe et séducteur, Jalil Lesper se concentre sur une approche chronologique de la relation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent. Depuis leur rencontre en 1958 jusqu’à la collection « Ballets russes », Lesper retrace les différents temps de cet amour prolifique, qui engendra une maison de haute couture et une marque désormais légendaires, ainsi qu’une collection d’art prestigieuse, une fondation respectée, le jardin Majorelle à Marrakech…

Librement inspiré de la biographie Yves Saint Laurent de Laurence Benaïm, le film fut adoubé par Pierre Bergé lui-même, ce qui est un plus notable, ce dernier veillant jalousement sur son image ainsi que sur celle de feu son amant et partenaire. Aussi, c’est un véritable travail de reconstitution qui est opéré par le réalisateur et son équipe. Certaines scènes ont été tournées dans l’enceinte de la fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, dans l’atelier du couturier, dans leur villa marocaine ; les robes exhibées lors du premier défilé sont issues de ses collections, ainsi que certains dessins ; ce sont les lunettes d’Yves Saint Laurent que Pierre Niney arbore devant la caméra, adoptant de manière sidérante l’allure de son personnage, son timbre de voix.

Camper un couple mythique

Une approche chronologique fidèle donc pour explorer une passion amoureuse devenue partenariat. On s’attendrait en conséquence à une version sage, posée, conventionnelle… et c’est le souvenir que nous en avions conservé. Mais en revisionnant ces 101 minutes dramatiques, nous décelons le côté désespéré de cette relation. D’un côté, un Yves Saint Laurent génial et visionnaire, mais progressivement dévoré par la bipolarité, et qui sombre dans les addictions, sexe, alcool, drogue ; de l’autre, un Pierre Bergé énergique et séducteur, organisé et dominant, mais qui ne sait plus comment gérer l’autodestruction de son amant. Pas ou peu de séquence d’orgie : le propos reste mesuré, pudique même. Mais il suffit d’un regard, d’un gros plan pour saisir l’ampleur de cette descente aux enfers.

Et de ses conséquences, au niveau du couple, également au niveau de ce qu’il construit. Quid de l’entreprise ? Quid des collections ? Quid de la mémoire ? Quid des choix opérés ? Fallait-il protéger Yves Saint-Laurent à ce point, comme le fit Pierre Bergé, avec une attention de cerbère qui n’empêcha pas la progressive déchéance et du couturier et de son couple ? Bergé fut bouleversé par certaines scènes, touché très profondément par cette évocation, qui pourtant ne cache rien de cette passion. La prestation de Pierre Niney et Guillaume Gallienne, sidérante de justesse, y est pour beaucoup. Un mot qu’on accentue, un regard qui se fige, une tension dans le visage, une main qui tremble, c’est tout en nuances qu’ils campent ce couple mythique à plus d’un titre.

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Yves Saint Laurent aurait mérité de s’intituler Yves et Pierre, car c’est de cela qu’il s’agit : restituer la force d’un lien amoureux, la puissance créatrice de deux caractères forts qui peinent à exister l’un sans l’autre. On a souvent dit que sans YSL, Bergé n’aurait pas percé. Le film de Lesper donne justement à réfléchir sur leur complémentarité viscérale, le second servant de moteur au premier, balisant sa route créatrice, évitant que son parcours ne finisse dans la démence la plus complète. N’est-ce pas le rôle d’un pygmalion ?

Et plus si affinités

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Posted by Dauphine De Cambre

Grande amatrice de haute couture, de design, de décoration, Dauphine de Cambre est notre fashionista attitrée, notre experte en lifestyle, beaux objets, gastronomie. Elle aime chasser les tendances, détecter les jeunes créateurs. Elle ne jure que par JPG, Dior et Léonard.