Les Rois Maudits : GOT aux grandes heures de l’ORTF

série Les Rois Maudits réalisée par Claude Barma en 1972

Game of Thrones ? Un succès planétaire, certes, mais qui n’a rien d’inédit ! Même l’auteur de la saga, Georges R. Martin, le proclame : sa source principale, c’est la saga romanesque de l’académicien Maurice Druon, Les Rois Maudits. Six tomes bien sentis qui nous racontent comment les Capétiens se sont entre-tués pour prendre le pouvoir, régner sur la France, et, cerise sur le gâteau, la faire sombrer dans la guerre de 100 ans. Une histoire de rivalités, de passions, de meurtres et d’amour, où on s’éventre et s’empoisonne dans la joie, la bonne humeur, sans aucun scrupule, mais avec une inventivité infinie. Une histoire que Claude Barma adapte en 1972 pour la petite lucarne encore sous pavillon ORTF à cette époque, accouchant, il l’ignore encore, d’une des premières séries cultes.

L’ancêtre des period drama à succès

Car Les Rois Maudits constituent l’ancêtre des period drama à succès, avec costumes d’époque, bijoux, aumônières (ah les funestes aumônières qui enclenchent tout ce bordel !), dragées létales, mouchoirs assassins, armures et cuirasses rutilantes, oriflammes et drapeaux, mobilier gothique et tapisseries avec ou sans licornes, afin de restituer ce Moyen Âge aussi fleuri que destructeur. Et devant la caméra, l’ensemble de la très prestigieuse Comédie Française au garde à vous et en grande forme pour immortaliser la déchéance des enfants de Philippe le Bel, un roi tellement freak control qu’il préférera bousiller les Templiers plutôt que de risquer qu’ils deviennent des rivaux. une destruction qui frappera son clan de malédiction, avec l’issue fatale qu’on connaît. Que l’on connaît ? La Guerre de cent ans a disparu des manuels d’Histoire, du coup la geste cathodique de Barma prend leur place, avec brio !

Au centre de cette fresque épique donc, Robert d’Artois, à l’âme aussi rouge que son habit, joué par un Jean Piat irrésistible, un véritable démon qui manipule à tout va pour récupérer sa terre, son héritage. Face à lui, Mahaut sa tante, excellente Hélène Duc, intrigante prompte à user du poison, et ses filles, princesses de France qui se vautrent dans la débauche à l’ombre de la Tour de Nesle, y laissant leurs couronnes et leurs vies. Puis les fils du roi, dont un seul a les capacités réelles de régner, les deux autres étant trop instables pour faire de bons souverains. Autour d’eux, une galerie d’autres personnages, attachants ou insupportables, qui vont participer à la chute, ou tenter vainement de la retarder.

Une adaptation sidérante de modernité

On retiendra notamment Tolomei, le sage et rusé banquier lombard, témoin d’une déchéance qu’il finance au besoin (Louis Seigner, son regard brillant de malice, son incroyable présence protectrice, sa voix si particulière), son charmant et ingénieux neveu Gussio (lumineux Jean-Luc Moreau) la froide Isabelle, mariée avec un roi qui la méprise, lui préférant ses gitons, frustrée, malheureuse et fatale (une Geneviève Casile irradiant de beauté glaciale), le cardinal Jean Duèze, futur pape qui conquiert sa tiare avec un sens du spectaculaire consommé (Henri Virlojeux, tout simplement gigantesque) … comment les citer tous ? Sachez seulement que chacun vous énervera et vous séduira : impossible de les juger, on s’y attache simplement… Et c’est là le tour de force accompli par cette équipe exigeante et passionnée.

Nous sommes aux premières heures de la télévision française, quand les programmes avaient encore une véritable vocation culturelle, un souci de qualité, d’où la mobilisation de la Grande Maison de Molière, une adaptation sidérante de modernité, un travail de cadrages et de photographie particulièrement soigné, voire des effets spéciaux avec hémoglobine et maquillage lors des séquences d’assassinat et de tortures. Pour l’époque, c’est énorme… mais c’est l’interprétation, la diction, le geste, l’attitude des comédiens qui fait l’épaisseur, la saveur de la saga. Ils nous rendent très vite accros, impatients de savoir ce qui va advenir de chacun d’eux dans ce tourbillon impitoyable de l’Histoire. Et le générique de s’imprimer dans les mémoires comme une des premières bandes son d’anthologie, aussi majestueux que le casting et le sujet traité.

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À l’époque, pas de réseaux sociaux, ni de stratégie cross média, et pourtant la série Les Rois Maudits est passée à la postérité, au point d’inspirer l’auteur de Game of Thrones, qui s’en réclame humblement, entre admiration et émerveillement. Une leçon.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner l’ensemble de la série Les Rois Maudits sur la plateforme Madelen de l’INA.

Vous pouvez également regarder cette prestigieuse réalisation en DVD : 

Cultura

Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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