Marie-Antoinette : un conte de fées à rebours

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Adulée, détestée, déchue, guillotinée : qui fut vraiment Marie-Antoinette ? Les biographies abondent, objectives, partisanes. Les films également, qui évoquent les différents épisodes de cette vie de reine et de femme. Dans cette filmographie conséquente, distinguons le téléfilm Marie-Antoinette daté de 1975. Pour différentes raisons.

Un parcours hors normes

Tournés par Guy André Lefranc à partir d’un scénario signé Jean Chatenet et Jean Cosmos, les quatre chapitres de cette fresque historique donnent à voir un parcours hors normes, vécu comme un conte de fées à rebours. Une petite princesse autrichienne, soumise à une mère impératrice qui l’instrumentalise à des fins politiques, la mariant au dauphin de France pour renforcer le positionnement de son pays sur l’échiquier européen : immédiatement, les choses sont dites. Cette gamine est un pion sur un jeu d’échecs.

Incapable de se concentrer sur ses leçons, frivole et immature, elle a été élevée pour occuper la fonction de souveraine, soit un rôle de représentation et de reproduction. Sa mère va tout de même ajouter une mission à la feuille de route : espionne malgré elle, puisque la petite Marie-Antoinette rapporte à sa chère maman tout ce qui se passe à la Cour de Versailles au fil d’une correspondance fournie et très détaillée. Et quand ce n’est pas à sa mère qu’elle révèle les bruits de couloirs, c’est à l’ambassadeur autrichien qu’elle divulgue les informations.

Une tête folle

Sans même réaliser ce qu’elle fait d’ailleurs, candide comme elle est. Cette candeur, nous la voyons la perdre au fil du temps et des avanies subies au sein de cette Cour versaillaise repliée sur elle-même, coupée des réalités d’un pays où la révolte gronde. Tandis que la population meurt de faim, la reine joue les bergères dans son hameau factice, faisant la fortune de ses amis, plaçant ses intimes à des postes clés fort rémunérateurs où ils n’excellent guère par leurs compétences. Affublée d’un époux qui l’adore, mais ne sait lui faire d’enfant, elle s’ennuie profondément.

Donc elle dépense, devient une véritable icône de mode, refuse de courber l’échine devant l’étiquette qu’elle se plaît à transgresser allégrement. Une tête folle, qui multiplie les bévues, les maladresses, les décisions malheureuses, parce que totalement aveuglée, incapable du moindre bon sens politique. Ce qui la conduira à la chute de la monarchie, à la prison puis au stade final de l’échafaud. Et il aurait difficilement pu en être autrement, comme ce récit le laisse entendre avec beaucoup de pertinence.

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Un tableau fidèle

Parsemée de quelques épisodes un brin romanesques, la série demeure cependant fidèle à l’Histoire, dressant un tableau assez juste des intrigues entourant cette souveraine bien trop inconséquente pour affronter la vague de rébellion qui secoue son royaume en profondeur. Interprétée par une Geneviève Casile qui mêle le chaud et le froid avec une maestria savoureuse, cette Marie-Antoinette est à la fois convaincante et révélatrice : révélatrice de névroses profondes, de rigidités comportementales, d’un manque affectif flagrant, d’une solitude émouvante.

L’actrice donne aussi à voir le courage de la souveraine déchue face aux coups du sort, un courage alimenté par ses certitudes, ses convictions, sa foi. Son amour de mère, bafoué quand on lui arrache son enfant. Et puis les désillusions en masse, l’acceptation d’un destin qu’elle sait funeste. « Le roi n’a qu’un seul homme : sa femme » titre le 3ᵉ épisode de cette saga. L’expression est juste et ironique. Si elle avait été plus flexible, si elle avait fait preuve de bon sens politique, d’un peu de machiavélisme, peut-être Marie-Antoinette aurait sauvé la monarchie.

Une série de qualité

La série s’impose également par ses moyens : un casting sidérant de qualité, convoquant 158 acteurs dont une partie de la troupe de la Comédie-Française, notamment Françoise Seigner dans le rôle de l’impératrice Marie-Thérèse. Bref une véritable leçon d’interprétation qui tient beaucoup du théâtre, entre marivaudage et tragédie, scènes intimistes et rebondissements, huis clos et confidences. Ce qui n’empêche la présence de quelque cinq cents figurants, un millier de costumes et un tournage au cœur du château de Versailles.

Ce qui s’appelle une superproduction donc, avec à la clé une saga télévisuelle d’une excellente qualité comme on n’en fait plus, et c’est bien dommage. Ce Marie-Antoinette tourné au mitan des années 70 est révélateur de la fonction pédagogique et de l’exigence d’une télévision qui n’était pas encore vendue aux programmes de téléréalité ni aux éditorialistes racoleurs. À ce titre, cette reconstitution témoigne d’une autre perception de l’outil télévisuel, destiné à conserver et transmettre la mémoire, divertir, plaire et éduquer à la fois.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner la série Marie-Antoinette en DVD ou en VoD.