Propagande, les nouveaux manipulateurs : populisme digital et ingénieurs du chaos

Propagande, les nouveaux manipulateurs

Zoom sur le documentaire réalisé par Alexandra Jousset et Philippe Lagnier : daté de 2020, Propagande, les nouveaux manipulateurs décortique comment les réseaux sociaux sont devenus un outil de manipulation au service des politiques extrêmes. Et cela ne fait pas plaisir à voir.

Diviser pour régner

Une heure trente durant, les documentaristes passent au crible des réseaux sociaux devenus un vaste champ de racolage pour des candidats politiques en quête d’élection. Objectif : toucher toujours plus de partisans en jouant sur des émotions primaires comme la peur et la colère ; se faire élire sur des idées qui relèvent du totalitarisme ; conserver et renforcer le pouvoir en alimentant les rages, les discriminations et les antagonismes. Bref, capitaliser sur la rupture du contrat social, en d’autres termes diviser pour régner.

USA, Italie, Brésil, Inde : à partir de ces quatre cas de figure, le documentaire met en lumière des stratégies aussi vicieuses qu’efficaces, fondées sur l’exploitation des données fournies par des social media où nous exposons nos avis sans aucune pudeur. À la source de ces stratégies mortifères, des ingénieurs du chaos, experts de la communication digitale, data mentalists chevronnés qui jonglent avec nos frustrations étalées à longueur de posts, posts analysés avec une précision de chirurgien par des algorithmes qui extraient nos rancœurs pour mieux les exploiter.

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Une dangereuse réalité en train de croître

Twitter, Facebook, WhatsApp… rien n’arrête ces spin doctors nouvelle génération, et surtout pas la barrière des lois qu’ils transgressent avec une aisance de virtuoses libertariens. Fake news, harcèlement, menaces, discours raciste, phallocrate, homophobe, à partir d’une analyse sémantique poussée de nos propos, les data analysts détectent les brebis un peu plus faibles que le loup populiste pourra gagner à sa cause sous couvert d’innocents groupes d’échange forgés dans le but de fédérer sur des sujets annexes puis de convertir en douceur.

Création de médias en ligne dédiés, passage par des influenceurs extrêmes, tous les moyens sont bons pour déverser théories du complot et post-vérités qui vont rassembler des hordes de prosélytes, capables de passer aux actes IRL sur un seul tweet pour aller bousiller de l’opposant dans les rues … ou prendre le Capitole d’assaut. À ce stade et le documentaire le met remarquablement en évidence, ce n’est plus une menace, mais une dangereuse réalité en train de croître : les quatre exemples étudiés le démontrent d’inquiétante manière.

S’enraciner dans les esprits et au pouvoir

Les idéologies extrêmes ont ainsi trouvé un moyen de s’enraciner dans les esprits et au pouvoir, grâce à une propagande sur-mesure. Quant aux plateformes social media, elles peinent à reconnaître leur rôle et à réformer leur fonctionnement. L’avancée de la data science est aussi à questionner, dans la mesure où elle permet un microciblage d’une précision diabolique, quitte à ce que les dataminers se transforment en pillards capables de tout pour extraire des informations, passant du scraping aux méthodes d’espionnage.

Question : comment stopper ce processus ? Certains utilisent ces armes pour contrer l’avancée du populisme digital, en mode « traitons le mal par le mal ». D’autres veulent renforcer l’encadrement et le contrôle des plateformes. Éduquer le public ? Difficile face à des internautes méfiants face aux discours officiels et enfermés dans leur bulle de vérité. Reste une solution : identifier les sources de colère, la misère, le manque de travail, d’écoles, d’accès au soin, le martellement publicitaire forçant à la consommation, la frustration permanente … Et les éradiquer. D’urgence.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner le documentaire Propagande, les nouveaux manipulateurs sur le site d’ARTE.