Sicario : la guerre des principes

affiche du film Sicario

Contrairement à ce que laisse entendre la bande annonce, Sicario n’est pas un film d’action mais de réflexion. Ici l’action n’est pas une fin, mais un moyen. Un moyen peu recommandable certes mais incontournable pour éradiquer des cartels de la drogue sans foi ni loi. 

Des armes moralement acceptables ?

L’intrigue nous propulse dans la zone limitrophe entre États Unis et Mexique, une frontière poreuse où circulent les colis de came, les trafiquants, les tueurs et les cadavres. Face à cette économie parallèle aux effets dévastateurs, des corps de police complètement impuissants. Jusqu’à ce qu’ils décident de passer la ligne légale. Engagée dans un groupe de ce type, l’agent du FBI Kate Mercer va découvrir les rouages de cette traque stratégique, où le secret est roi, où constamment on commet les crimes que l’on doit combattre. Autour d’elle, non plus des fonctionnaires mais des guerriers, mi barbouzes, mi mercenaires, qui chassent les « sicarios », les tueurs à gage des cartels. Quitte à le devenir eux-mêmes.

S’ils n’ont aucun scrupule, Kate, elle, en a. Beaucoup. Beaucoup trop pour cette mission, que pourtant, elle veut plus que tout réussir. Mais peut-on vaincre ces criminels monstrueux en utilisant des armes moralement acceptables, alors qu’ils érigent le massacre d’innocents comme mode de gestion des foule ? Le film pose la problématique, en opposant au personnage de Kate, incarnée par la subtile Emily Blunt, le très imposant Benicio del Toro dans le rôle d’Alejandro. Un énigmatique consultant d’origine colombienne, dont très vite nous devinons le passé trouble, avant de découvrir ses méthodes musclées, son talent de tireur, et son absence totale d’éthique.

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Un réalisme nauséabond

Qui ici a raison ? Face à pareils monstres (dont les exactions s’apparentent par bien des points au terrorisme), peut-on demeurer dans le confort des règles ? Pour seule réponse, Villeneuve construit son film sur une tension de plus en plus palpable, un réalisme nauséabond, qu’on ressent lors de la première scène, où l’on suit une opération de police qui met à jour un véritable abattoir humain. Deuxième étape notoire de cette gradation, une longue séquence intermédiaire où Kate, pour première intervention, participe au transfert d’un prisonnier depuis le Mexique jusqu’aux USA, dans une atmosphère d’autant plus oppressante que l »héroïne découvre cet univers.

Clash culturel, choc des valeurs, guerre des principes, … rien n’est laissé au hasard, tandis que l’intrigue prend une dimension résolument psychologique, pour ne pas dire philosophique. Pourtant le film n’est jamais ennuyeux. La narration est même enflammée, prenante, oppressante. Le suspens épais, collant, comme une mauvaise sueur, une fièvre nocturne, la poussière du désert sur un corps en décomposition. Travail des couleurs, grain de l’image, plans rapprochés, le spectateur glisse dans la peau des personnages, ressent leur stress, leur motivation. Et se laisse prendre au piège de cette brutalité rampante. L’ensemble est magistral.

Et plus si affinités

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