Moxie : plus qu’une comédie américaine féministe, un levier inspirationnel

affiche du film Moxie

Grand coup de Dr Martens sur la sélection Netflix ! Moxie, réalisé par Amy Poehler et sorti le 3 mars 2021, vient faire trembler les comédies traditionnelles américaines sur leurs bases. Comment ? En y ajoutant révolution adolescente, égalité homme femme et action féministe. Pas de ton moralisateur, ni de jugement. De quoi passer un bon moment et ressortir galvanisés pour l’avenir, prêts à en découdre intelligemment avec le patriarcat ! Et l’occasion de s’interroger sur la portée de l’engagement sociétal du géant du web.

Clap de fin sur l’iconique joueur de football

Moxie, c’est l’histoire de Vivian, une lycéenne américaine lambda qui vit avec sa mère, fougueuse activiste féministe. Plutôt réservée, Vivian ne semble pas partager la rage de vaincre de sa génitrice. Jusqu’à l’arrivée de Lucy. Cette nouvelle élève lui ouvre le chemin de la rébellion ; Moxie, magazine féministe naîtra de cette prise de conscience, afin  de faire bouger les choses dans une école archaïque.  Et l’iconique joueur de football américain, dans tout ça ? Star des vestiaires, chéri de ces demoiselles, élu roi de la promo aux côtés de la jolie cheerleader ? Ici, il se nomme  Mitchell et il est absolument odieux : discrimination, sexisme, manque de respect, abus de privilèges … pire encore !

La liste de ses méfaits est longue … et totalement impunie. Véritable figure de proue du lycée (comme c’est souvent le cas en Amérique où les établissements scolaires gagnent en visibilité au travers de leurs équipes sportives), Mitchell est protégé par une administration qui s’obstine à fermer les yeux sur ses dérives. Sa position dominante, son succès autorisent son insupportable comportement, on se demande même si le système ne les encourage pas. Or Moxie, par la plume de Lucy, dénonce cette hypocrisie, et cela ne plaît guère à la direction qui rappelle à la demoiselle que Mitchell, joueur de football emblématique, est un élément lucratif, donc intouchable. C’est le coup de trop, qui va déclencher une véritable révolution au sein de l’école.

“Love interest” loin des clichés

Mitchell ne faisant plus rêver personne, il fallait bien trouver un nouveau “love interest” pour Vivian. Eh oui, qui dit comédie américaine dit histoire d’amour, on ne déroge pas à certaines règles scénaristiques éprouvées. Toutefois, Netflix parvient à sortir de l’habituel schéma “athlète” vs “nerd” et proposant une alternative revue et corrigée version 2021 : Seth. Ce personnage casse tous les clichés : s’il est très beau, il est aussi un lecteur avide … et a  surtout le mérite de ne pas se prendre pour un chevalier blanc prêt à sauver une demoiselle en détresse. Vivian est forte et indépendante et Seth le sait. Il la soutient dans ses projets sans jamais tenter de lui voler sa place sous les projecteurs. Il n’a pas peur de soutenir la cause de l’égalité des sexes en participant aux mouvements lancés par Vivian tout en respectant les limites qu’elle définit.

Bref, Seth s’impose comme une version moderne du héros. Il a des émotions, des doutes et n’a pas peur d’en faire état, de montrer sa vulnérabilité, d’être authentique.  D’ailleurs, son histoire d’amour ne constitue pas l’arc narratif principal du récit et c’est assez rafraîchissant. Ainsi Netflix développe un regard beaucoup plus nuancé, moins caricatural sur la masculinité. Fini les boules de muscles, de testostérone et d’arrogance ; les protagonistes hommes méritent eux aussi d’exprimer une certaine sensibilité. C’est un pari réussi puisque Seth a tout pour faire rêver, si ce n’est son choix pour son premier date avec Vivian dans un magasin funéraire, sans conteste une des scènes les plus étranges du film.

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Accepter n’est jamais la solution

Un des autres points forts de Moxie réside dans l’absence de ce ton moralisateur qui vient trop souvent accompagner les films engagés. Lorsque Lucy se fait harceler par Mitchell, tout le monde lui recommande de baisser la tête, d’ignorer les attaques, en attendant qu’il se lasse et passe à sa prochaine victime. Lucy refuse, dénonce un tel traitement. Cette prise de conscience inspire Vivian : accepter n’est jamais la solution. Pour faire changer les choses, il faut frapper fort. Inspirée par l’expérience de sa mère, Vivian crée Moxie, d’abord dans l’anonymat car elle craint les réactions de son entourage, ne se sent pas prête à s’investir publiquement. 

Mais cette action a un effet boule de neige positif ; le journal entraîne la création du groupe Moxie, véritable groupe de soutien et d’échange pour les jeunes filles en quête de changement. Le film a pour vocation de nous montrer que tout le monde peut agir, à son échelle : il ne faut pas juger l’investissement des autres avant de connaître leur histoire. Claudia, la meilleure amie de Vivian, apparaît d’abord comme un personnage effacé, peu impliqué. Puis on découvre qu’elle est issue d’une famille d’immigrés, un environnement familial très strict qui l’empêche de faire quoi que ce soit. S’ensuit une scène poignante entre les deux amies, lorsque Vivian réalise que pouvoir se battre pour ce en quoi elle croit est déjà une forme de privilège. 

Levier inspirationnel

Moxie, ce n’est pas seulement l’histoire de Vivian mais celle de toutes celles qui veulent faire bouger les choses à leur échelle, en fonction de leurs moyens, en dépit de leurs limites, sans se positionner en héroïnes ou en sauveuses. L’une des protagonistes soulève la question du racisme, une autre évoque les inégalités dans le monde du sport ou encore le dress code qui vise à pointer du doigt les jeunes filles. Enfin, lors d’une scène très émouvante, l’une des jeunes filles confesse qu’elle a été violée par Mitchell quelques mois auparavant et qu’elle ne savait pas comment en parler ou comment agir. Elle raconte son histoire à sa façon et finalement décide que ce dont elle a besoin c’est crier, elle libère le poids des non dits dans un long hurlement. 

Ainsi, chacun des protagonistes de cette histoire trouve sa voix, s’exprime selon ses propres conditions quand il se sent prêt. Loin d’être un petit manuel de la rébellion féministe, Moxie déclenche un processus de questionnement. Aucune leçon n’est donnée.  Le film évoque les réussites comme les erreurs, le parcours chaotique et courageux d’adolescentes qui se cherchent, qui ont des convictions mais qui peinent encore à savoir comment les conjuguer avec leur quotidien. Finalement le maître mot, c’est “oser”. Moxie est l’illustration d’un “work in progress”, un levier inspirationnel qui rappelle que chacun peut agir selon ses propres conditions.

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Une déconstruction progressive ?

Bien sûr, rien n’est parfait dans ce scénario, mais comme l’explique Moxie très justement, c’est en agissant qu’on évolue et la plus grande erreur serait sûrement de ne pas essayer.  On déplore tout de même quelques grippages dans cette déconstruction progressive, ainsi, la manière dont est traitée  l’histoire du viol d’Emma. Dans une des dernières séquences, Mitchell est interpellé sans réaliser qu’il va enfin répondre de ses actes. On termine ainsi le film sur une petite pointe d’amertume, en se disant qu’il y a encore beaucoup à faire avant de voir tomber les privilèges et les protections accordés à ceux qui sévissent sans limites. 

Légère incompréhension également quand Lucy finit par embrasser Amaya dans une soirée dont on ne saisit ni le contexte ni la storyline, comme s’il fallait obligatoirement cocher la case LGBTQ+ pour compléter ce joli tableau d’inclusivité, quitte à le faire n’importe comment. On regrette évidemment l’absence d’un véritable arc narratif qui aurait pu donner tout son sens à cette scène. Quête de signification, manque de caractère : certains protagonistes apparaissent fugitivement à l’écran, sans véritable histoire. En voulant tout englober, Moxie en vient à survoler certains sujets qui mériteraient un traitement plus profond. 

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Alors finalement Moxie, agile coup de communication dans l’air du temps ou petite pépite forgée par un vent de renouveau ? On a envie de croire à la pépite, saluer l’engagement de Netflix pour plus de représentation, d’inclusivité et de sensibilité aux grandes causes. Cependant, certains clichés ont la vie dure et le chemin vers des productions toujours plus représentatives des réalités de notre société est encore long. Certains accuseront Netflix de “surfer sur la vague” des mouvements socio-culturels qui agitent notre société ; soulignons plutôt cette volonté de soutenir des productions qui tentent de faire bouger les lignes. Au delà du questionnement socio-culturel, le film reste ce qu’on attend de son genre : un bon moment de divertissement à savourer entre ami(e)s qui nous laisse avec l’envie d’enfiler une veste en cuir et de piétiner le patriarcat en écoutant Bikini Kill.

Mathilde DAVOINE

Et plus si affinités

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