Cinéma / The Bling Ring : no limit, no future … and no taste !

Pardonnez cette période anglo-saxonne aux rythmes punky et provo, mais elle résume à mon sens le message diffusé dans le film The Bling Ring de Sophia Coppola. Et son style ! Car c’est de style qu’il s’agit ici, du moins dans la tête des cinq héros/ados. Issus de la middle class aisée californienne, têtes ni pleines ni faites, dont les vides existentiels se sont remplis d’images de stars, de looks, de défilés de mode et de parties fines au gré des lectures de magazines people. On fait mieux comme socle culturel et éducatif.

Voler 3 millions d’objets de luxe

Du coup nos petits chéris, qui s’ennuient à plein tube et cherchent à tout prix à briller parmi les amis Facebook, en viennent tout logiquement à visiter les villas hollywoodiennes de ces stars dont ils dévorent la vie intime sur papier glacé. Une villa, deux puis trois, la nuit quand les proprios sont partis en déplacement, … et au passage, on se sert, piquant qui des talons Louboutin, qui un sac Prada, qui de la dope, qui du fric, … puis un flingue, un soir, comme ça, parce que c’est teeeeeeeeeeeeellement stylé…

En tout plus de 3 millions d’objets de luxe. Et puis on se fait prendre. Bêtement. Et là on paie l’addition. Lourde. Arrestation, condamnation, incarcération, trahison et mensonges, rejet, perte de l’amitié feinte et des illusions, chacun pour soi … Lourde ? Pas tant que ça pour certains des membres du Bling Ring ainsi baptisé par les médias, qui tireront leur épingle du jeu en montant leur propre talk show et en pénétrant le paradis des stars et de la jet set.

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« Je suis ce que je possède, … rien de plus ? »

Des ados en pleine dérive qui se croient adultes et sans entraves, une société en perte de valeurs qui n’est plus qu’apparences et fric facile, des parents d’origines diverses, tous paumés ou enfermés dans leurs aveuglantes certitudes, des médias qui surjouent la carte du clinquant matérialiste et du sensationnalisme : vous aurez reconnu les thèmes chers à Sophia Coppola et qu’elle aborde depuis le début de sa carrière. Ici les premières images de The Bling Ring rappellent les amoncellements de gâteaux, de macarons et de chaussures de Marie-Antoinette, … jusqu’à l’écœurement total. 

De même l’incursion dans des maisons où les dressings vomissent les fringues de marque, les bijoux, les pompes, les meubles de prix absolument hideux (big up aux coussins du salon de Paris Hilton, … à son effigie), parfois dans une osmose kitchissime, et en filigrane, cette pensée : « je suis ce que je possède, … rien de plus ? »… Car pas l’ombre d’un bouquin dans ces univers de luxe d’un goût douteux, les ordinateurs ne sont que des vecteurs malsains vers de nouvelles photos clinquantes.

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C’est toujours le plus humain qui paye

Le savoir, la curiosité, l’ouverture aux autres sont intégralement bannis de ces univers qu’on donne en pâture à des mômes en quête du monde et de la vie. Et le film de Sophia Coppola de démonter cette mécanique perverse, disséquée au travers d’un fait réel (le Bling Ring a vraiment existé, c’est d’ailleurs un article de Vanity Fair qui a inspiré la réalisatrice). Sa force ? Jamais elle ne juge, elle ne fait que montrer l’enchaînement des faits, sa logique pernicieuse. Un gosse paumé, parachuté dans une école, qui pour s’intégrer dans un groupe va accepter les conneries, sans broncher ou presque.

Et se scratcher, car c’est toujours le plus humain qui paye. Servi par des gros plans très serrés sur les objets, des portraits concentrés sur les regards, une attention portée aux silences, une caméra en mouvement perpétuel dans les soirées, des ralentis accentuant les effets d’alcool et de drogue, le film accorde également une part importante à ces nouveaux supports que sont le téléphone portable et Facebook. Les photos et films captés et diffusés de cette façon sont omniprésents, et l’on en mesure mieux le caractère exhibitionniste et dévastateur.

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Ajoutons un casting composé d’acteurs excellents et inconnus, hormis Emma Watson, la Hermione de Harry Potter, ici à total contre emploi dans un rôle de garce manipulatrice et on obtient un juste équilibre. Une observation nullement moralisatrice, mais néanmoins appuyée, qui gomme les violences d’un Bret Easton Ellis ou l’énumération des Choses de Perec pour mettre en avant l’aspect humain de cette histoire. Et c’est là l’essentiel.