Silk road : libertarian way of drugs !

affiche du film silk road

Silk Road tient en une question : savez-vous ce qu’est un libertarien ? Selon le Larousse, il s’agit du « partisan d’une philosophie politique et économique (principalement répandue dans les pays anglo-saxons) qui repose sur la liberté individuelle conçue comme fin et moyen. (Les libertariens se distinguent des anarchistes par leur attachement à la liberté du marché et des libéraux par leur conception très minimaliste de l’État.) »

Un petit génie libertarien

Un positionnement qui peut vite devenir problématique. Pour exemple, la fulgurante ascension et la chute non moins mémorable de Ross Ulbricht. Ce libertarien convaincu doublé d’un petit génie multi-potentiel, arrête de procrastiner le jour où il a une révélation : lancer un business online aussi futé que lucratif, un eBay de la drogue, confortablement ancré dans le dark web et l’anonymat du réseau informatique TOR. Effet immédiat, le compte Bitcoin du gamin va exploser, le parachutant dans la case « millionnaire » pour la plus grande fierté de son papa, jusqu’alors désabusé par les échecs répétés de son rejeton.

Bien sûr, Papa n’a aucune idée que le petit Ross a digitalisé le job de dealer comme un bras d’honneur adressé au pouvoir étatique. Par contre, Rick Bowden, agent de la DEA hautement névrosé, spécialiste de l’infiltration aussi ingérable que borderline, va vite repérer les agissements de ce baron de la came improvisé mais néanmoins dangereux. Commence alors une traque aussi vicieuse qu’effcace, tandis que ses collègues du tout jeune et déjà très débordé service de cyber-criminalité pataugent. Le reste, il suffit de googler « Silk Road » pour le découvrir … ou de regarder l’excellent film du même nom.

Nouvelles technologies en mode dérapage

Silk Road donc, long-métrage signé Tiller Russell, documentariste à qui l’on doit Opération Odessa, The Last Narc ou Night Stalker, et qui se tourne ici vers le biopic pour éplucher une histoire symptomatique des dérapages autorisés par les nouvelles technologies. Car, outre le commerce de la came, Silk Road va proposer des services de piratage, de faux papiers ou de tueurs à gages ; et Ulbricht va lui-même commanditer des meurtres dont on ne prouvera jamais la réalisation. Mais l’intention, elle, est là, vérifiée, prouvée. Le documentaire souligne parfaitement l’engrenage qui s’enclenche, l’adrénaline, la distanciation, le retour très brutal au réel. La prise de conscience ?

Russell met particulièrement en évidence la logique de Ulbricht, son refus des autorités, comment il explicite son action, la manière dont sa création va lui échapper. Pensé comme un manifeste libertarien, mis en orbite via les médias, Silk Road connaît le succès chez les millennials connectés avant de muter en marché parallèle attirant malfrats et narcos de tous bords. C’est son ADN véritable, masqué par les grands discours idéologiques d’un môme en quête d’émancipation mais complètement dénué du plus élémentaire bon sens, sans même parler de valeurs de respect de la vie d’autrui.

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Savoureuse marche au crime

A ce titre, l’interprétation de Nick Robinson met en évidence ce profil très particulier, qui glisse dans la délinquance sans s’en rendre compte, puis réalise progressivement ce que cela implique sur le terrain … et s’y soumet sans l’ombre d’un remord. Même si cela le ronge, il décide la mort de plusieurs personnes en un texto, voit sa vie personnelle se déconstruire sans rien endiguer, s’isole dans cette marche au crime qu’il savoure autant qu’il la redoute. Le personnage est dérangeant, très fragile et redoutable à la fois. Profondément ancré dans ses convictions, son désir de réussite, obsédé par sa création. Capable de tout pour la défendre.

Inconscient de ce qu’il fait ? Ou qui n’en a finalement rien à faire ? On retrouve ici un peu du profil de Zuckerberg dans Social Network, et ce n’est guère rassurant. Le libertarisme est en vogue dans les élites de la tech : Elon Musk, Peter Thiel, Jeff Bezos … ils sont nombreux à embrasser cette position pour le moins tranchée. En suivant Silk Road, on ne peut que s’interroger sur leurs propres valeurs, les limites qu’ils ont pu se fixer ou qu’ils sont prêts à transgresser. Car c’est de cela qu’il s’agit au final ; le web, dark ou non, facilite grandement ce type de dérive, et c’est l’humain qui en use qui fait la différence. A méditer.

Et plus si affinités

Vous pouvez voir le film Silk Road sur Prime Video.