Paris 1871, la semaine sanglante : un documentaire pour comprendre

semaine sanglante

18 mars 1871 : l’acte de naissance de la Commune. Refusant que les troupes de Thiers confisquent les canons payés avec l’argent de la ville pour se défendre contre les prussiens, les Parisiens entrent en insurrection. Commencent deux mois de démocratie directe qui finiront dans les atrocités de la Semaine sanglante. 150 ans plus tard, les commémorations du « Temps des cerises » s’enclenchent en pleine pandémie. Mais que commémore-t-on exactement ? Depuis longtemps, La Commune a disparu des livres d’Histoire, comme une faute à cacher. Pour se souvenir et comprendre, des livres bien sûr, beaucoup moins de films.

Massacre et actes de bravoure

Il faut aller sur le site de l’INA pour trouver l’excellent Paris 1871, la semaine sanglante, documentaire réalisé en 1976 par Jean-Pierre Gallo dans le cadre de l’émission « Les Grandes batailles du passé ». En une cinquantaine de minutes, Gallo donne les clés pour comprendre dans quel contexte politique, économique et social est née la Commune, la manière dont elle a fonctionné, les personnes qui y ont participé … et la façon atroce dont elle fut écrasée, sans aucune pitié, laissant dans les mémoires le souvenir d’un massacre épouvantable … et d’actes de bravoure insensés.

Utopie sociale

Car les Communards ont combattu comme des diables pour défendre l’utopie sociale qu’ils étaient en train de construire, criant leur engagement jusqu’à leur dernier souffle, tandis qu’ils étaient fauchés par les mitrailleuses des troupes versaillaises. Français contre français, nantis contre prolétaires, riches contre pauvres … voix off emblématique de la télévision française, Henri de Turenne déroule les faits, tandis que se succèdent illustrations, photographies, explications des historiens Jean Bruhat, Raoul Girardet et Jacques Rougerie, lectures de textes de l’époque par les comédiens Jean Jacques Moreau, Gilette Barbier, Jean Yves Gauthier, Jacques Rispal, Eliane Maazel en costumes d’époque.

A lire également :  La Commune de Paris 1871 : 1440 pages à transmettre aux générations futures

Les anonymes qui firent la Commune

Ils prêtent leur voix aux anonymes qui firent la Commune, petites gens, gardes nationaux, artisans, manoeuvres, couturières … Point fort de cet implacable récit, l’interview d’un ouvrier, de sa femme, de ses enfants par un reporter qui aurait remonté le temps pour se perdre dans les rues sales de Belleville, au fin fond d’un logement insalubre où s’entasse cette famille toujours plus miséreuse malgré un labeur acharné, lui comme ouvrier, elle comme couturière, Les enfants ? Ils iront travailler, l’instruction est trop chère. Le lendemain ? Il s’assombrit tandis que la vie augmente, que la ville se transforme, que les fortunes décuplent au terme d’un Second Empire près à s’effondrer dans la défaite de Sedan.

Rétablir l’équilibre des choses

La guerre de trop, la conscience qu’on est juste de la chair à canon, le refus d’être exploité, d’être écrasé … Dire non, s’organiser autrement, vouloir plus de justice, rétablir l’équilibre des choses … et être détruit. On n’arrive toujours pas à chiffrer le nombre des victimes de La semaine sanglante. Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas un des plus beaux souvenirs de l’Histoire de France. C’est peut-être pour cette raison qu’on l’enseigne si peu ; ça fait tâche dans le CV. Il faudrait pourtant y réfléchir. Par de nombreux côtés, le documentaire de Gallo évoque notre actualité, notre quotidien … et cela fait peur. En 150 ans, rien n’a changé ou si peu. C’est à méditer en cette date anniversaire hautement symbolique.

Et plus si affinités

https://madelen.ina.fr/programme/paris-1871-la-semaine-sanglante