Hugo censuré : Anastasie et ses ciseaux

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Censure : le terme revient en boucle, faisant dresser les cheveux des démocrates enragés, tandis que les conservateurs aimeraient bien fermer le clapet de ceux qui parlent trop de liberté. Officiellement exclue du jeu social par la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 qui prône la liberté d’expression comme un pilier fondamental de notre Constitution, cette peau de vache d’Anastasie a tout fait pour s’accrocher au monde artistique et intellectuel, taillant à grands coups de ciseaux dans les idées anti-conformistes, trop libertaires ou simplement contestataires.

Victor Hugo vs Anastasie

Ils furent nombreux à en faire les frais, Victor Hugo en tête. Eh oui, notre auteur le plus couillu (il en fallait de la burne pour se barrer tête haute du Second Empire érigé en rapt des consciences par Napoléon III) a souvent eu maille à partir avec les censeurs qui raturaient ses manuscrits à grands traits de plume bien pensante. Eh oui, manquerait plus que le père du roman fleuve Les Misérables secoue la matière grise du bon peuple, et on se retrouverait avec une Révolution bis et des têtes au bout de piques !

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Théâtre inflammable

Tremblants, les rois sur le retour firent donc leur maximum pour museler Hugo et ses collègues trop bavards. Et tous les moyens furent bons. C’est donc cette hypocrite institution anastasienne que Odile Krakovitch analyse avec la précision scientifique qui caractérise cette historienne spécialisée dans le sujet. Hugo censuré – La liberté au théâtre au XIXeme siècle se concentre sur l’univers dramatique, que fréquentait la population toutes classes confondues, jeunes, vieux, pauvres, riches, conservateurs ou progressistes : un univers hautement inflammable qu’il fallait à tout prix mettre en coupe réglée.

Bâillon culturel

Partant de l’affaire Le Roi s’amuse, drame hugolien écrasé dans l’oeuf malgré son succès, l’auteure démonte avec une évidente passion les rouages de cette mécanique du bâillon mental et culturel. Que censurait-on ? Comment ? Quelles étaient les peines encourues ? En quelques trois cents pages, rédigées comme une enquête policière, l’auteur raconte la force destructrice de la censure … et sa mort lente. Publiée en 1997 chez Calmann Levy, cette étude aussi pertinente que percutante, retrace un long démantèlement … et interroge notre actualité. Anastasie n’est plus dans sa forme première, … mais n’a-t-elle pas survécu autrement ? C’est tout la question, et comparer le XIXeme siècle romantique et notre XXIeme siècle commençant amène forcément à douter.