Et si le véritable fil rouge de l’art moderne et contemporain était l’insoumission ? C’est le pari audacieux, foisonnant et terriblement actuel que relève La Piscine – Musée d’art et d’industrie André Diligent à Roubaix, avec sa nouvelle exposition événement : Ni Dieu ni maître ! Arts et anarchie de Courbet à Banksy. À l’heure où les musées cherchent souvent à lisser les aspérités, le musée roubaisien choisit au contraire de raviver la flamme libertaire. Et quel meilleur écrin que Roubaix, creuset historique de la lutte ouvrière et de l’histoire industrielle, pour porter ce regard frontal sur la contestation de toute forme d’autorité ?
De Courbet à Banksy : un siècle et demi de liberté créatrice
Pensée sous le commissariat d’Adèle Taillefait et de Virginie Guffroy (puis Maël Vandewalle), avec la complicité scientifique du spécialiste Tancrède Ramonet, l’exposition embrasse plus d’un siècle et demi de création. Loin de se limiter à une simple pochade historique, le parcours explore la manière dont les idées libertaires, de l’émancipation sociale à la critique radicale du capitalisme et des ravages écologiques, ont nourri l’avant-garde artistique.
Le voyage commence au XIXe siècle, au cœur des bouleversements de la Révolution industrielle, pour s’arrêter sur les figures tutélaires de cette pensée, de Gustave Courbet (et son célèbre portrait de Proudhon) aux maîtres néo-impressionnistes et nabis. On y croise les paysages harmonieux de Paul Signac (Au Temps d’Harmonie), les gravures percutantes de Félix Vallotton (L’Anarchiste), les visions de Maximilien Luce ou encore les audaces colorées des Fauves, à l’instar de Maurice de Vlaminck, dont la palette éclatante propose une alternative picturale au jet de bombe.
L’art comme premier pavé de la contestation
L’exposition a le grand mérite de ne pas édulcorer la complexité de l’histoire anarchiste. Elle met en lumière les tensions de la « période attentiste » des années 1890, le choc de la Commune de Paris, la force de frappe de la presse militante et des « feuilles de choux », mais aussi la parenthèse révolutionnaire de l’Espagne de 1936.
Le parcours glisse ensuite habilement vers les résurgences modernes : la philosophie de vie libertaire portée par la chanson de Georges Brassens et Léo Ferré, la déferlante contestataire de Mai 68, l’énergie brute et subversive du mouvement punk, des Sex Pistols à Bérurier Noir, pour s’achever sur les terrains contemporains du web, de la bande dessinée (Anarchy Comics) et du street art, incarné par l’anonymat provocateur d’un Banksy.
Une exposition hors normes et vivante
S’appuyant sur des prêts exceptionnels du musée d’Orsay et de la Bibliothèque nationale de France, cette coproduction menée avec le musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon (qui l’accueillera au printemps 2027) impressionne par sa pluridisciplinarité. Arts plastiques, mode, design, architecture, cinéma et musique s’entrecroisent pour montrer que l’anarchisme n’est pas un dogme figé, mais une force en mouvement, sans cesse réinventée.
En parallèle, La Piscine célèbre en grande pompe ses 25 ans d’existence ce même mois d’octobre, prouvant, s’il le fallait, que le dynamisme culturel de ce lieu unique n’a pas fini de faire des vagues. Une visite indispensable pour tous ceux qui pensent que l’art, par essence, doit refuser les lignes tracées d’avance.
Pour en savoir plus et préparer votre visite, consultez le site de la Piscine de Roubaix.
