
J’ai longtemps hésité à vous parler de From. Parce que franchement ce n’est pas un cadeau. D’ailleurs je ne remercie pas le pote qui m’a conseillé cette série. Parce qu’elle vous file une trouille bleue et des nœuds au cerveau. Et le mélange prise de tête philosophique/horreur psychologique, y a rien de plus addictif et de déstabilisant. Donc si vous souffrez de troubles anxieux ou de parano, passez votre chemin. Sinon entrez à vos risques et périls. Parce que From saisons 1,2, 3 & 4 (et plus si affinités) sera la somme de tous vos cauchemars.
Vous êtes coincé.e mais vous ne le savez pas encore
P’tit pitch ? Comment voulez-vous que je pitche cette histoire qui n’a ni queue ni tête ? Imaginez que vous êtes paumé.e dans la cambrousse américaine genre vraiment cambrousse profonde. Tranquillou au volant de votre bagnole … et bim vous tombez sur un arbre mort couché sur la chaussée. En sentinelle, des dizaines de corbeaux vous matent tandis que très logiquement vous sortez observer ce truc. Erreur, il aurait fallu vous barrer avant. Maintenant vous êtes coincé.e mais vous ne le savez pas encore.
Vous êtes coincé.e dans une petite bourgade de l’Amérique profonde au milieu des bois et des champs. Vous avez beau suivre la route cinq, six, dix, vingt fois de suite pour retourner sur la nationale, vous revenez sans cesse dans ce village où une population fataliste va finalement vous accueillir quand vous serez tombé.e en rade d’essence ou que vous aurez fracassé votre voiture contre une palissade.
Bienvenue en enfer
Et ces gens, qui sont tous arrivés là de la même manière et sans comprendre pourquoi, vont immédiatement vous mettre au parfum. Vous êtes piégé.e dans une boucle temporelle, un lieu coupé de tout, sans bouffe ou presque, à peine de médocs, avec un ex militaire usé par la vie bombardé shérif de ce bordel, une étudiante en 3eme année de médecine en guise de toubib local, de l’électricité certes mais aucune prise qui fonctionne et des créatures monstrueuses qui vous déchiquettent la nuit venue. Bienvenue en enfer.
A partir de là, vous allez passer vos journées et vos nuits à tenter de survivre, gérer un stress aigu chronique, vous demander comment et pourquoi vous avez pu atterrir là, et surtout comment en sortir, si tant est que cela soit possible. Parce que le mode d’emploi n’a pas été fourni avec et que les rares connaissances glanées l’ont été au prix de morts sauvages et douloureuses. Parce que surtout, les dés ont l’air bien pipé dans cette histoire et que vous avez le sentiment confus d’être l’objet d’un jeu d’une cruauté absolue, d’une puissance diabolique de niveau olympique.
Sensations nauséabondes
Voilà en gros le schéma mis en place par John Griffin, showrunner pour le moins vicelard de ce bazar éprouvant pour les nerfs, je peux vous le dire. Difficile de suivre Boyd le shérif et ses compagnons d’infortune dans ce supplice au quotidien où chacun.e tente de rester mentalement à flot avec bien des difficultés. Impossible de ne pas s’identifier à ces pauvres gens, de sentir un flot de questions nous assaillir, de redouter chaque mise à mort. Pire encore, à chaque fois qu’un peu de lumière survient, un brin d’espoir, une tentative de solution, on tremble d’aggraver les choses.
Le pire dans cette histoire ? L’incertitude au quotidien, le sentiment d’impuissance, l’incompréhension, l’injustice, la peur panique ? Un mélange particulièrement pervers de toutes ces sensations nauséabondes qui flingue à petit feu avec d’exploser dans une gerbe de sang et d’entrailles ? C’est au choix, mais clairement le spectateur n’en sort pas indemne, et se retrouve coincé entre l’envie pressante de fermer l’écran et le besoin viscéral de découvrir la suite. Exactement comme ces personnages sacrifiés à la queue leu leu sans savoir pourquoi. Un peu comme dans la vie de tous les jours au finish, et cette prise de conscience n’est pas faite pour nous rassurer.
Et plus si affinités ?
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