COVID19  : « rien ne peut arrêter un artiste » ou de la digitalisation agile et nécessaire de la culture

COVID19 et autres fléaux : peut-on contrer l’apocalypse culturelle ?

Vous vous souvenez ? Nous posions la question le 6 mars 2020. Depuis, quelques éléments de réponse nous sont parvenus. Qui n’ont rien de très positifs. Et ont déclenché un véritable orage culturel, poussé le milieu artistique dans ses retranchements. L’obligeant à une mutation digitale à marche forcée qui redonne au terme « agile » toute sa valeur. Un point s’impose.

Un sacré coup dans l’aile

Nous avions eu droit au report des sorties d’albums, de livres, de films … Depuis la dernière allocution de notre président, ce sont les festivals estivaux qui jettent l’éponge en série. Même Avignon In a dû rendre les armes face à l’épidémie, malgré la ténacité de Olivier Py et de sa team. Durs à cuire, les théâtreux, mais néanmoins rattrapés par la réalité du confinement. Le sinistre index s’allonge d’heure en heure, relayé par la presse généraliste et spécialisée, dans des articles aux allures de discours funéraire, de liste de condamnés à mort. Car le secteur, déjà bien impacté par les politiques d’austérité, risque fort d’y laisser ce qui lui restait de plumes.

Si certains misent sur le report à une hypothétique date automnale – au risque de crasher les programmations déjà ancrées comme le MaMA et de voir leur jauge s’effondrer, les participants n’étant plus en vacances à ce dernier trimestre de l’année, la majorité a baissé les bras, annonçant au passage l’édition 2021 … pour peu qu’ils arrivent jusque-là, car, annulation ou ajournement, au niveau financement, ça s’annonce serré. C’est que les assureurs jouent les vierges prudes et refusent de dédommager les events, dixit la mésaventure du Hellfest rançonné par Albigia qui minaude sur une clause du contrat …

… oubliant au passage que la grande messe métal de Clisson fédère une moyenne de 180 000 rockers pas forcément contents, soit autant de potentiels clients qui vont boycotter l’enseigne, sans compter les familles, les proches, les potes, les groupes également, ainsi que les labels, les tourneurs … bref en matière de communication et d’image de marque, Albigia et consort devraient peut-être revoir leur positionnement, après je dis ça, je dis rien, mais je rappelle qu’un métalleux, même si à la base, c’est un nounours choupi, en volume ça tient plus du Conan le barbare que d’un hobbit, et ça n’aime pas être contrarié … dont acte.

Assurances frileuses, gel des subventions, mécénats, sponsorings, prêts des banques … l’équilibre budgétaire va en prendre un sacré coup (coût???) dans l’aile, surtout s’il faut rembourser les spectateurs qui ne voudront pas faire don de leur place en soutien à la cause culturelle (vu la crise économique qui s’annonce, certains vont préférer récupérer ces précieuses noisettes). Quant aux aides, elles peinent à se mettre en place, malgré la mobilisation des institutions type ADAMI, SACEM sans compter le ministère de la culture ou des acteurs privés comme le géant Netflix s’associant avec Audiens pour voler au secours des intermittents de l’audiovisuel, Antoine de Galbert qui vient de créer un fonds de soutien pour les artistes contemporains. Encore faut-il pouvoir s’y retrouver dans la paperasse des autorisations, critères et autres obligations administratives pour espérer toucher une obole qu’on imagine anorexique.

Pendant ce temps-là, les victimes collatérales s’accumulent, les personnels administratifs, les techniciens, les attachés de presse, managers, bookers … bref l’ensemble de la profession se retrouve au chomdu, priant les dieux du spectacle vivant de protéger leur statut d’intermittent menacé par la paralysie ambiante. Impossible d’enregistrer, de tourner, de shooter … point mort total ! Bref un véritable feuilleton de l’été qu’on aurait aimé plus joyeux et que vous pouvez notamment suivre via Culturelink dont la revue de presse éclaire la situation d’un jour assez ténébreux, il faut bien l’admettre. Et les annonces fantaisistes du ministre de la culture sur l’autorisation des « petits festivals » à 50 personnes en rajoute une couche dans le bordel présent.

Vers l’addiction culturelle ?

Apocalypse culturelle now ! Now ??? Pas si sûr. Convaincu qu’il y aura de la casse, le secteur s’adapte. Vite, très vite. En un mois seulement, les initiatives ont fleuri, incroyablement novatrices. Nous évoquions l’adaptabilité chinoise ? Les occidentaux ont suivi sans se faire prier. Les balcons ont été investis, on a d’abord eu les ténors et les dj italiens, maintenant ce sont nos artistes qui s’y collent, comme le lyonnais Sandy Sax ou Lena Deluxe, pour ne citer qu’eux. Quant aux lives confinés, ils pullulent, tous les musicos s’y adonnent, une véritable et mélodique addiction, qui touche les petits comme les célèbres, toutes catégories confondues – Didier Wampas, Alain Souchon, La Phaze … impossible de tous les citer, impossible.

Ce qui est intéressant, c’est que ce phénomène s’organise, se structure, se diversifie, touche toutes les disciplines.

  • Les pages et les sites fédérant les lives se multiplient sur le modèle du groupe Facebook Live en ligne, ou de Shotgun distancing, la plateforme de streaming érigée à la hâte par le site de billetterie Shotgun.

  • Des festivals musicaux en ligne ont déjà vu le jour comme Je reste à la maison, Sofa festival, Maison Tsugi Festival, Not on the road festival

  • Lady Gaga a pris les choses en main, multipliant les levées de fonds pour aider l’OMS comme les soignants, orchestrant au passage One world : together at home, qui, dans la tradition des super-concerts caritatifs, draine des stars comme Elton John, Billie Eilish … ou The Rolling Stones. Ces vedettes n’hésitèrent pas à se produire par tweet interposé et en vidéo live … depuis chez eux ! Le tout relayé à la télévision by entre autres France 2, W9 et RTL2, avec le succès et l’enthousiasme qu’on imagine. Et le temps fort de Paul McCartney réveillant les mannes des Beatles en interprétant « Lady Madonna » en hommage aux infirmiers du monde entier. En larmes devant mon écran que j’étais, en larmes.

  • Des grosses structures telles SXSW2020 ou le Festival de Cannes envisagent la mutation digitale ; même si la Quinzaine des réalisateurs est annulée, au moins Cannes tient, les organisateurs ne savent pas trop comment ils vont s’y prendre, répugnant à l’idée de digitaliser des projections destinées au grand écran (et de donner raison à Netflix qu’ils avaient précédemment frappé de leur ire), mais ils sont à pied d’œuvre pour solutionner le problème, on attend de voir … D’autres sont plus flexibles comme le festival international du film d’animation d’Annecy ou celui du film d’Aubagne qui vont passer la programmation en numérique sans faire de chichi.

  • Idem pour le Printemps de Bourges converti en Printemps imaginaire et qui suscite bien des curiosités … tout comme Burning man qui a embrassé la solution numérique avec une page d’inscription en ligne pour accéder au site, encore très mystérieux mais avec à la clé la possibilité de participer … bref c’est bien alléchant cette perspective, surtout avec l’ambition de toucher 100 000 personnes de par le monde. On attend donc Virtual Black Rock City 2020 avec impatience !

  • Les musées ne sont pas en reste qui ont ouvert leurs collections, leurs expositions en les partageant sur leurs sites. Nous n’en sommes pas encore à plonger dans une réalité virtuelle à 360°, mais l’avancée est notable et appréciable. D’autant qu’elle s’accompagne d’une kyrielle de cours en ligne, par exemple la MEP qui propose de nous initier à la photographie. Le Louvre, Orsay … tous s’y mettent pour notre plus grande joie de confinés. Et les concours suivent ! La MEP toujours a lancé « Fenêtre ouverte » tandis que le musée Getty a proposé à ses fidèles de copier les grands tableaux de sa collection en posant chez eux avec les moyens du bord. Les jeux et les ateliers pour enfants sont également nombreux.

  • Et du côté du théâtre, de l’opéra ? C’est la béatitude internaute !!! Tous y vont de leurs captations mises à disposition, un pur bonheur ! A ce titre la programmation orchestrée par la Comédie Française est exemplaire ! Les initiatives, passionnantes, partout ! Des interviews en direct, des lectures de pièces et de poèmes en ligne … ou par téléphone, à la demande. Une stratégie adoptée enter autres, par le Théâtre de la Ville, le CDN de Tours, le Théâtre de La Colline qui jouent ainsi la carte de la proximité.

Bref ça pullule, de tous les côtés. Rien ne peut arrêter un artiste, rien, surtout pas un virus, aussi dangereux soit-il. A la faveur du confinement, l’offre culturelle a explosé, envahissant internet qui s’est mué en corne d’abondance … au risque de friser l’indigestion. Car difficile de s’y retrouver dans ce paradis qui refermera ses portes une fois la maladie vaincue. C’est fort dommage car cette fenêtre est absolument magnifique, pour ceux qui vivent un confinement culturel constant dans leurs campagnes, du fin fond de leurs infirmités, de leur misère. Alors si quelqu’un me lit, m’entend, qu’il écoute ma prière. Fasse, dieu de la culture et toutes les muses de la créativité, que cette fenêtre digitale ne se referme pas.

Une corne d’abondance à monétiser ?

Il y a peu de risques. Des pandémies, nous en aurons d’autres. Qui vont nous retenir dans les prisons plus ou moins dorées de nos foyers. Déconfinement à géométrie variable, poids d’une économie qu’il faut relancer coûte que coûte, peu importe le risque sanitaire … on n’est pas sorti du sable covidien tandis que les secondes vagues de contagion se précisent déjà en Asie, et qu’on ne sait pas trop comment cette saloperie agit à long terme sur les organismes. Résumons : le télé-travail risque de devenir une habitude, et la culture dématérialisée également. Les acteurs de la filière sont-ils prêts ? La mue entamée le prouve. En ont-ils conscience ? Envie ? Cela reste à voir. Mais Maître Covid sur son brin d’ADN pangolinesque perché ne va guère nous laisser le choix.

Avec certains atouts à la clé, bien précieux dans cette traversée du désert aux allures de crucifixion. La transition digitale à marche forcée du secteur culturel a plusieurs objectifs : renforcer la fanbase existante – toucher et fidéliser un nouveau public, plus vaste – conquérir un public tout court. Citons la Boiler room qui profite de cette parenthèse cauchemardesque pour imposer son 4:3 online film festival avec l’idée de révéler des films méconnus issus des contre-cultures et cela en dehors des circuits de distribution ; l’ambition est de devenir ni plus ni moins que le « Netflix de l’underground », selon le magazine Trax. Des démarches de ce type, il y en a pléthore … reste à savoir si elles sont monétisables. Traduction : va-t-on gagner des sous avec ? En vivre ?

Considérons un instant la multiplication des mobilisations caritatives : One world : together at home cité plus haut n’avait pas pour but premier de ramener des dons … mais l’industrieuse et très motivée Lady Gaga avait déjà raflé 35 millions d’euros destinés à l’OMS et la lutte contre le virus avant même d’avoir lancé la soirée. Au même moment, David Guetta avec son Fundraising live from Miami faisait tomber dans la tirelire caritative 100 000 dollars et ce n’était que le milieu de la nuit, la somme s’élève désormais à 600 00 dollars ! Le festival français Je reste à la maison déjà mentionné a quant à lui soulevé plus modestement 7602 euros pour le Secours populaire mais pour un event organisé dans le rush via Facebook c’est proprement exceptionnel … et très encourageant. Car le potentiel de monétisation est là, et le public prêt à suivre, pour soutenir la cause … et pour se divertir, en s’instruisant au passage.

Beaucoup l’ont compris, ainsi le duo blues rock Larkin Poe, confiné avant d’avoir pu entamer sa tournée internationale … et qui a décidé d’initier un « Live stream tour », soit six concerts « home sweet home» en live stream dont les recettes seront en partie versées à United Way Nashville, une caisse de soutien aux musiciens de la ville, durement impactés par le confinement. Une partie, le reste, les sœurs Lovell le gardent pour vivre de leur activité. Normal. Et pour y parvenir, elles sont passées par Veeps.com afin de vendre des places à l’unité, des pass, des packs place + album. La plate-forme garde 15 % du CA, le groupe le reste. Sans frais autre. Avec la possibilité de toucher un public international, de dicter ses propres tarifs, de formater son offre à sa façon.

Autre exemple : le théâtre Apollo transmet en live des spectacles de jeunes humoristes pour 7 euros la place. Histoire de soutenir la filière qui bat de l’aile. Même esprit avec la start-up Dartagnans, spécialisée dans la récolte de fonds pour rénover les vieux châteaux et qui vient de lancer https://www.mousquetairedupatrimoine.fr/ pour encourager le public à acheter des préventes afin d’organiser les visites d’après confinement … et permettre aux monuments de tenir le choc financièrement, après avoir prélevé son obole bien évidemment. Dancefloor a également vu le jour dans le sillage de l’épidémie, pivoté plus exactement, puisqu’à la base, la start-up de Rachel Vanier et Fanny Seroka devait installer son projet d’école de danse dans des locaux … devenus virtuels par la force des choses.

Objectif : mettre en lien des professeurs de danse et des élèves, avec des forfaits à la clé. Des forfaits qu’on trouve aussi dans les tarifs de plate-formes de streaming émergentes qui ont profité du confinement pour ouvrir leurs catalogues gratuitement avant de les refinancer le moment venu : face aux mastodontes du secteur, Netflix, Amazon prime video et autre Disney +, on voit doucement s’imposer Madelen, le site de streaming de l’INA, Opsis TV, UniversCiné, Mubi, autant d’indépendants qui comptent bien tirer leur épingle du jeu, au même titre que les libraires en ligne désireux de concurrencer enfin l’hydre Amazon, mise en péril par son appétit dévorant, son ambition totalement inhumaine.

Se réinventer pour rêver encore ensemble

Par la force des choses, la culture se réinvente. Avec une agilité que les entreprises peuvent lui envier. Car soudain, il faut s’extraire du concept de spectacle vivant en présentiel et investir l’immense salle de théâtre que représentent internet et les réseaux sociaux. Une gymnastique complexe mais nécessaire, semble-t-il, pour avoir plusieurs cordes à son arc, et pouvoir se replier sur la solution numérique quand la version physique est soudainement rendue inaccessible, par virus interposé. Se pose alors plusieurs questions : celle du live, de la production. Le stream abolit la présence physique du public qui n’interagit que par vidéo et commentaires. Quant aux participants, ils ne sont pas dans le même local, n’ont pas de retours, pas d’éclairage, la synchronisation laisse à désirer, la restitution du son … même la transmission peut lâcher à la défaveur d’une bande passante saturée, d’une box internet qui grille.

Eh oui, si le réseau lâche, plus de concert, plus de spectacle. On se souvient encore de la transmission en direct du Hamlet Kebab du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers, interrompue au bout de 10 minutes, laissant les spectateurs du MK2 Grande Bibliothèque sans autre recours que de quitter leur siège, bredouilles. C’était notre grande peur il y a peu : si internet nous lâche, on est fichu. Internet a tenu le coup, alléluia. Au même titre que les médecins, les petits commerces, les entreprises et les écoles, la culture a emboîté le pas de la digitalisation. A ce jeu, les DJ et musiciens électro sont favorisés qui possèdent leur équipement avec eux. Marc Rebillet est un pionnier du genre, les autres ne sont pas en reste, et le mix connaît un essor remarquable par ces temps de vache maigre pour les dancefloors … qui se téléportent chez les internautes, dans leurs apparts, sur leurs balcons, dans leurs cours d’immeubles. Ces derniers n’hésitent pas à se filmer, se déhanchant sur des bits endiablés, et les vidéastes récupèrent les rushes pour faire des clips fusionnels. On citera notamment le phénomène des balcony raves slaves, ou la vidéo du DJ Ramiro Lopez.

La musique classique n’est pas en reste qui s’offre un coup de jeune et une viralité de bon aloi, réinvestissant la notion de musique de chambre 2.0. La mezzo-soprano Joyce DiDonato et le ténor polonais Beczala ont investi Facebook et Instagram pour interpréter en direct des passages de l’opéra Werther de Massenet. Le violoniste Renaud Capuçon enchaîne les morceaux prestigieux, quitte à passer par l’application NomadPlay pour y ajouter un fond orchestral. Le Trio George Sand a interprété à sa manière le « Trio en La Majeur Hoboken » de Haydn pour le compte de France Musique. Soudain l’art lyrique devient abordable, tandis qu’on pénètre l’intimité de ces interprètes. Et cela vaut aussi pour les grandes formations !

Renaud Capuçon, encore lui, a convoqué d’autres solistes prestigieux pour créer un orchestre éphémère et jouer « Le Carnaval des animaux » de Saint-Saëns lors d’un live mémorable et d’une grande qualité diffusé par Brut et dédié aux soignants. Idem avec l’Orchestre National de Metz confiné et sa version en live et chacun chez soi de « La valse des fleurs » extraite du ballet Casse-Noisette de Tchaikovski. Avec Le Boléro de Ravel joué à l’unisson par l’Orchestre National de France. Le monde de la danse s’y colle : « Dire merci », le message de soutien du Ballet de l’Opéra national de Paris, saisit chacun de ses danseurs chorégraphiant à sa manière « la danse des Chevaliers » du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev ; au montage, un Cédric Klapisch inspiré dans le rythme et le choix des plans.

Digitaliser pour le meilleur et l’avenir

Ces vidéos mosaïques marquent l’esprit, dérivations ingénieuses du webinar à la sauce grande musique, qui donne à voir les visages de musiciens perdus habituellement dans la fosse d’orchestre, des danseurs d’une grâce infinie évoluant dans leur cuisine ou leur salon, transformant leur intérieur en espace soudainement magique. Nous ne sommes plus seulement spectateurs, nous pénétrons le mystère du geste créatif, de la répétition, du travail en amont, de la technique aboutie vécue au quotidien, loin des costumes d’apparat, du maquillage de scène. Mieux, les barrières stylistiques explosent quand le corps du ballet de l’Opéra National du Rhin s’amuse sur le très disco « Sunny » de Boney M. Et nous donne envie de bouger nous aussi. Irrésistiblement.

« Dansez, sinon nous sommes perdus » disait Pina Bausch, prophétique. Cultivez-vous également, et par tous les moyens, aussi digitaux soient-ils. Il ne reste que ce vecteur, pour prendre la contagion de vitesse, être et rêver ensemble sans se tuer par contamination insidieuse. C’est là que le bas blesse, technologiquement et spirituellement. Le monde du spectacle vivant peut-il s’abolir de la présence physique du public, de la rencontre corporelle entre interprètes et spectateurs, de cette alchimie presque sensuelle qui fait de chaque représentation un instant unique ? Si l’univers de la musique, du cinéma et de l’édition ont depuis longtemps investi l’outil numérique, le théâtre et l’opéra peinent encore à se lancer, hormis pour restituer des captations encore trop rares, alimenter des scénographies spectaculaires.

Les salles ne sont pas équipées, les usages font peur, miser sur le digital serait trahir les anciens, l’esprit scénique, la ferveur des pionniers comme Shakespeare et Molière. En 2017, 47 % des établissements considéraient le numérique comme secondaire, selon une étude du Laboratoire Théâtres et médiations numériques. Imaginez alors, investir le digital comme un nouveau pôle d’exploration des usages dramaturgiques ! Le théâtre numérique est un champ d’expérimentation, une chasse gardée, une niche. On y trouve des figures comme Annie Abraham, Raphaël Gouisset, David Kaskel avec Breaking Fourth, Laurent Bazin … quelques compagnies comme PunchDrunk. Tout reste à inventer, et vite. Transposer les events culturels dans des mondes factices comme Minecraft, des univers comme Second Life ? Exploiter les ressources de la RV et des casques type Oculus ? Virtway, spécialisée dans les services immersifs vient de connaître un bon incroyable tandis que les entreprises y propulsent leurs events. Pourquoi pas alors l’univers de la culture ?

Sans même passer à la RA, quid de Twitter, TikTok et autres réseaux ? Zoom peut-être ? Audacieux ? En 2016, nous assistions à un Roméo et Juliette décliné à l’heure des réseaux sociaux avec le téléphone portable et ses apports filmiques comme outil central, presque un élément déclencheur de la catastrophe, la main numérique de la fatalité. En 2015 Olivier Py avait secoué le festival d’Avignon avec un Roi Lear apocalyptique où le personnage du fou twittait ses impressions depuis les coulisses, filmant ses commentaires de l’intrigue, ouvrant soudain le spectateur sur un hors scène sismique, qui pulvérisait la fiction pour mieux la repenser. Cela n’avait guère plu. C’était prophétique.

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Récapitulons. Parce que l’épidémie est loin d’être muselée, le secteur culturel n’a d’autre choix que d’activer sa mutation digitale. Et d’y enraciner de nouvelles pratiques. Pour l’heure, et à ce stade, l’agilité est totale, l’improvisation s’amenuise tandis que le geste devient précis. Projetée sur la toile, la culture s’ouvre, désacralisée sans avoir rien perdu de sa magie. Acteurs, danseurs, musiciens, chanteurs, peintres, photographes … tous nous ouvrent leurs portes, nous les voyons inventer, accoucher sous nos yeux qui ne demandent qu’à être émerveillés, pour tromper l’anxiété, la peur du lendemain. Cela devait nous divertir ? En fait, cela nous plaît. Les étincelles artistiques chères à nos cœurs se multiplient, jour après jour. Spontanées, elles s’organisent progressivement. Et elles nous inspirent.

Le COVID est en effet en train de réaliser un petit miracle : les artistes sont des hommes comme les autres, tous les hommes ont une étincelle artistique. Cette ouverture via le portail digital a réveillé, outre la soif de connaissance qui nous définit en tant qu’êtres humains, la fibre créatrice, le miracle esthétique, la vocation. Combien d’enfants en ce moment même se découvrent une âme de musicien, de peintre, de sculpteur, d’acteur ? Et les adultes qui soudain se prennent la beauté culturelle en pleine tronche, comme un évidence ? Une beauté qui les aide à tenir le coup ? À rêver ? En tout cas à équilibrer une santé mentale mise à mal par un enfermement doublé d’inquiétude et de stress.

Dans les mois qui viennent, l’horizon va s’assombrir d’une crise sociale sans précédent. Elle s’amorce déjà dans les hôpitaux où l’on trie les malades par manque de respirateurs et de médicaments. Dans les banlieues où de plus en plus souffrent du manque et de la faim. Dans les Ehpad où nos anciens crèvent à petit feu. Dans cette perspective, la culture peut sembler un luxe, une fantaisie bourgeoise. Elle n’a jamais été aussi nécessaire. Sa digitalisation doit se poursuivre, pour assurer sa survie et la notre dans un monde qui n’en finit plus d’être hostile.

PS : il a fallu environ 3 semaines pour mettre ce texte au point, et j’ai ajuté des données jusqu’à la dernière minute, en sachant que mon approche restera de toute façon incomplète et qu’il faudra tout revoir d’ici un mois. Anyway, merci à Marie Dollé ma partner in crime qui a relu tout ce bazar avec enthousiasme et a su m’insuffler cette logique social media, à mon chéri qui a subi la relecture à voix haute du dit bazar (parce que quand on relit à voix haute, on détecte plus facilement les failles, les répétitions, les sonorités qui dysfonctionnent …), et surtout à mes sources, les autres journalistes dont j’ai cité les articles ci-dessous (preuve que le sujet intéresse vivement), les pros du secteur dont j’ai vu passer les news, et à mes contacts sur les réseaux sociaux qui m’ont apporté par fil de publication interposé pas mal d’infos, de remarques. Merci, merci et la suite au prochain épisode.

Et plus si affinités

https://www.liberation.fr/direct/element/le-hellfest-embourbe-dans-une-sombre-hsitoire-dassurance_111866/

https://www.argusdelassurance.com/les-assureurs/coronavirus-l-assureur-du-hellfest-maintient-son-refus-d-indemniser.163496

http://sourdoreille.net/derriere-la-scene-on-compte-les-jours-aussi/?fbclid=IwAR3SGPatrLw3w2fTzu9GrKRW7CbHxk0iGD4zNfoCDSgCBVgtl4eRvDrpoj4

https://www.mousquetairedupatrimoine.fr/?fbclid=IwAR1E7iZ4euEsoeWHfrX9xut1DJq9Cb-taVbajeKv85hVBwW5i8GoFofYtdo

https://www.tsugi.fr/shotgun-disdancing-le-netflix-des-lives-dartistes-confines/?fbclid=IwAR2-jp-KUWHFqMtKOF2rNlAZN_-Nsu3BYMiFh_VqFoMTSoinCtLqYtzS1N4

https://www.leblogducinema.com/actualites/breves/festival-de-cannes-une-edition-2020-qui-naura-pas-lieu-sous-sa-forme-initiale-881739

https://www.traxmag.com/burning-man-2020-internet/?fbclid=IwAR2bvJfko24K7sVZt_MuqTRUdnyr-W9qm7HWVHmih2vQsHjPZqEZ4nHVLl4

https://www.offremedia.com/audiens-et-netflix-lancent-un-fonds-de-soutien-aux-intermittents

https://www.francemusique.fr/emissions/musique-connectee/confinement-et-beaux-arts-avec-les-souffleurs-d-images?fbclid=IwAR0Z2Now434N256dTVatym8UBMRcDhn5d2JXeFEUe43MJeVS7RDEQCfFYw0

 https://www.transfuge.fr/billet-scene-reparer-le-monde,479.html?fbclid=IwAR2tH-nqIQEBZI6cIVbk4GvsWbA7ojifQUYeIAdf9Z4INg5x6NDKDDZfga8

https://www.artnewspaper.fr/news/face-aux-fermetures-le-monde-de-l-art-s-organise?fbclid=IwAR11aOoZTdFw719hvSuFrXiQshDrnDrUlSrGwCi40piExIlSHsjCjn2RjGs

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2020/04/17/netflix-lance-un-fonds-de-soutien-pour-les-intermittents_6036875_1698637.html?fbclid=IwAR36uOCkE5bivb6xQk_N2JzE3j91a2wQRZMI67cMTB7l-QeVhjgRwy81t04

https://www.traxmag.com/boiler-room-43-festival-films-en-ligne/?fbclid=IwAR0fC0T0RB5TCCnBlUVgdVYrYlKsq1zCIiaDKvik7J073iQE8vsn5yzUXuk

https://musiczone.substack.com/p/le-live-stream-tour-nouveau-concept

https://musiczone.substack.com/p/le-live-stream-tour-nouveau-concept

https://business.lesechos.fr/entrepreneurs/actu/0603056037318-dancefloor-un-projet-de-danse-ne-en-pleine-crise-sanitaire-336658.php

http://www.tmnlab.com/2016/11/21/letat-lieux-numerique-theatres-2016-infographie-rapport-complet/

https://itsocial.fr/actualites/technologie/covid-19-entreprises-passent-virtuel-maintenir-leurs-evenements/