Trouvaille Musique : OUTED

OUTED

« À tous ceux qui croyaient que j’étais mort, je suis bien vivant » ; le premier vers de « La Matrice du chaos » annonce la couleur : OUTED est toujours là, portant haut son patronyme révélateur, malgré les affres du temps, les aléas d’une industrie musicale cannibale et la règle de l’emmerdement maximal généralisée par une modernité mal à l’aise avec elle-même.

Musique sophistiquée et haute couture

Le premier opus du tandem Fred Tavernier/Noémie Chevaux, Mi Amor, éclôt en 2014, suintant déjà son pesant de cynisme à la Patrick Eudeline. Sept ans plus tard, OUTED remet le couvert avec douze tracks qui confirment l’efficience d’un cocktail d’une subtile perversité : broyer le noir du vague à l’âme dandy et l’humour coquin d’un séducteur adepte de savoureux plaisirs charnels. L’ensemble accouche d’une affriolante sucrerie servie à un diabétique qui s’en délecte en sachant pertinemment qu’elle l’empoisonne voluptueusement. Mais bon, on n’a qu’une vie.

Rock ondulant de la croupe comme un playboy en quête d’une donzelle à gentiment froisser sous les draps, histoire de tromper ses angoisses existentielles dans un 7ᵉ ciel factice ? Pop piquante comme du piment aphrodisiaque relevé d’une pincée d’hellébore fatale ? Nous voici devant une musique sophistiquée, très structurée sans être orgueilleuse, des textes fins et épineux, un mélange de tendances très haute couture, simple et élégant à la fois, une rencontre fructueuse entre la nonchalance de The Limiñanas et l’ironie de Ashkehoug.

Entre miniaturisme, préciosité et psychanalyse ?

Guitare, synthés, rythmiques, voix, OUTED forge des mélodies comme on le ferait d’un pendentif de prix, discret mais jamais anodin, dont on distingue la facture complexe quand on s’en approche pour le détailler, qu’on saisit la complexité de la chaîne, le motif alambiqué gravé à la pointe sur le fermoir, la précision d’un médaillon pensé comme une mécanique diabolique, d’où jaillit soudain un diable triste. L’ensemble sonne comme une confidence chuchotée sur un canapé moelleux où on s’enfonce avec délice avant de sombrer dans l’oubli de l’étreinte.

Bref OUTED porte bien son nom, anglicisme nullement innocent, touche de flegme digne d’Oscar Wilde, complexité d’une revendication qui ne se clame que par indices, que seuls les adeptes comprendront. De fait, cette musique relève du miniaturisme le plus précieux, s’offrant des écarts audacieux vers la chanson à textes, la balade ou le poème grivois, dixit le très syncopé « Petit cochon » que le cauchemardesque « J’fais des rêves » contredit à moins qu’il n’en prolonge le déroulement. OUTED ou l’éloge du rock psychanalytique ?

Et plus si affinités

Pour en savoir plus, consultez le site web d’OUTED.