Whitechapel : Rivières pourpres à l’anglaise

série policière britannique Whitechapel

Toujours en quête de bonnes séries à bingewatcher, et convaincus que les Britanniques savent se distinguer dans cette discipline périlleuse, c’est avec un appétit certain que nous avons dévoré les quatre saisons de Whitechapel. Avec un arrière-goût de sang et de soufre dans la bouche et le sentiment de patauger dans des rivières pourpres à l’anglaise.

À la poursuite d’un émule de Jack l’Éventreur

Pourquoi cette référence à la série franco-belge scénarisée par Grangé ? Parce que très rapidement, on se retrouve dans une ambiance similaire, à évoluer aux confins du paranormal et de la folie humaine, avec en prime une bonne dose de crimes odieux et d’effets gore à la limite du soutenable. Dès la première saison, le ton est du reste donné : un jeune flic londonien, génial, mais un brin autiste, intègre une équipe de terrain pour enquêter sur des meurtres évoquant à s’y méprendre ceux de Jack l’Éventreur.

Parachuté au commissariat de Whitechapel, l’un des quartiers les plus paumés de la capitale, Joseph Chandler va ramer pour imposer ses méthodes et ses exigences auprès de cette team de vieux briscards menée par le détective Ray Miles. Dans leur sillage, Edward Buchan, un ripperologiste passionné, spécialiste de cette gloire internationale qu’est devenu Jack the Ripper, inscrit au patrimoine des assassins comme le père des tueurs en série modernes, leur apporte son expertise d’historien et de documentaliste pour traquer cet imitateur à la lame aiguisée.

Une intrigue policière qui flirte avec le paranormal

Le schéma des saisons suivantes est ainsi défini : à chaque nouvelle enquête, Chandler, Miles, Buchan et leur équipe sont confrontés à des copycats, qui s’inspirent de crimes anciens pour perpétrer des meurtres toujours plus atroces. La seconde saison fait ainsi référence au règne terrifiant des frères Kray, deux mafieux doublés de sacrés psychopathes qui mirent l’est londonien en coupe réglée dans les années 60. Les deux dernières évoquent des affaires datant du début du XIXeme siècle, la chasse aux sorcières entreprise sous le règne de Jacques Ier, des pratiques cannibales.

Bref, nos enquêteurs, en se confrontant au présent, remontent dans le temps et les chroniques judiciaires les plus saignantes afin de traquer des coupables qu’ils peinent à arrêter vivants pour les livrer à la justice. Ce sentiment d’impuissance s’intensifie au fil des épisodes tandis que le récit bascule dans une noirceur toujours plus éprouvante, que l’intrigue flirte avec le paranormal et la malédiction. De plus en plus malsaine, Whitechapel devient proprement insupportable dans ses ultimes instants et nous laisse sur notre faim.

Appropriate Adult : une plongée saisissante dans la psyché d’un tueur

Des personnages en constante évolution

Car il n’y a pas eu de cinquième saison pour découvrir les racines de cette malédiction, découvrir pourquoi ce quartier est voué depuis des siècles à la violence et à la mort. C’est bien dommage, d’autant que les personnages, confrontés à cette brutalité hors normes, étaient en train d’évoluer de manière très intéressante, presque métaphysique. C’est justement un autre point fort de cette série que la psychologie de ses protagonistes, portés par des interprètes de qualité qui dépoussièrent avec énergie les codes de la série policière à l’anglaise.

Rupert Penry-Jones et Phil Davis campent avec beaucoup d’efficacité ce tandem de flics totalement opposés de par leurs origines sociales, leur âge, leur langage, leur mode de vie, leurs méthodologies de travail, mais qui finalement se complètent parfaitement et finissent par développer une amitié proche de la relation père-fils. On appréciera par ailleurs la prestation de Steve Pemberton en historien du crime enthousiaste confronté à la sordide réalité du travail de terrain, le détachement ironique de Claire Rushbrook en légiste débonnaire.

Une autre approche de la série policière

Et puis, il y a la réalisation, le travail de l’image, la vision très crue des scènes de meurtre et d’autopsie, les décors très travaillés, le rythme épileptique du montage, fractionné à la limite de la nausée, strié de néons agressifs, de gros plans sur des chairs viciées, des morcellements de corps suppliciés, des gravures anciennes illustrant les tortures d’antan, ce glissement perpétuel du présent au passé, des édifices imposants de la City aux ruelles sombres de Whitechapel, ses dédales de brique et de bitume, ses impasses, ses marginaux…

Violent, glauque, prenant, attachant et éprouvant à la fois, Whitechapel mêle les genres avec talent pour donner à voir un autre visage de Londres, une autre approche de la série policière, des protagonistes à la psyché torturée. Public sensible et fleur bleue s’abstenir, idem pour les amateurs de Inspecteur Barnaby et Colombo qui pourraient bien ne pas s’en remettre, et ceux qui en sont restés à l’image souriante de Ma sorcière bien aimée. Whitechapel est trash, sans pitié, dans la lignée de House of cards, The ABC murders, Southcliffe. Du grand art.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner les différentes saisons de la série Whitechapel sur le site d’ARTE.