Pot-Bouille : une série fidèle à Zola

série Pot-Bouille d'après le roman de Zola, 1972

À l’heure où Netflix et consort nous immergent dans un flot de séries toutes plus spectaculaires les unes que les autres, revenir aux bases peut faire beaucoup de bien. Direction Madelen, la plateforme VoD de l’INA pour visionner l’adaptation télévisée de Pot-Bouille.

https://youtu.be/JZHaO037Rrc

Un œil naturaliste aiguisé

Pot-Bouille : dixième roman de la saga des Rougon-Macquart où Zola décrit la vie d’une immeuble bourgeois parisien de la rue de Choiseul en plein Second Empire. Le titre est, comme le reste du livre, ironique, puisqu’il désigne la cuisine, la « popote ». C’est l’intimité des différentes familles habitant ces étages que Zola autopsie avec son œil naturaliste aiguisé ; et forcément ce n’est pas reluisant, d’autant que ce microcosme, parfait reflet de la société parisienne, de ses hypocrisies et de ses compromissions, est perturbé par l’arrivée du bel Octave Mouret, dont la faconde provençale va faire bien du dégât, parmi ces dames notamment.

Vendeur de génie engagé au Bonheur des dames, petit magasin de mode du quartier dont il compte séduire la patronne, la très indépendante Mme Hédouin, Octave plaît énormément et sait en jouer, c’est même l’une de ses compétences les plus redoutables, avec l’observation, le sens de la psychologie humaine. C’est par ses yeux qu’on dissèque cet univers ultra-hiérarchisé, les riches dans les appartements d’apparat des premiers étages, les employés et les ouvriers sous les toits à hauteur des chambres de bonnes. Et on découvre ainsi de l’intérieur les clivages de ce monde, ses inégalités flagrantes, dans un climat de violence physique, psychique et verbale insoutenable.

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Une adaptation d’une rare fidélité

Qu’il s’agisse de la mère Josserand prête à tout pour marier richement ses filles, des Vabre qui attendent la mort du patriarche pour récupérer son immeuble, de Trublot qui ne couche qu’avec les bonnes, de Campardon qui installe sa maîtresse à domicile avec l’assentiment de son épouse, de Duveyrier qui dilapide sa fortune dans l’entretien d’une courtisane qui l’humilie, le tableau dressé par Zola est sans pitié. Et la restitution qu’en fait Yves-André Hubert dans les cinq épisodes de l’adaptation télévisée de 1972 d’une rare fidélité, dans les décors et les costumes comme dans la trame de l’intrigue. Le scénario se concentre sur les intrigues de cœur et d’alcôves, les avidités pécuniaires, la quête de reconnaissance.

Et la volonté farouche de conserver les apparences intactes, d’éviter les scandales, même quand toute la maisonnée est au courant. Les convenances ont bon dos, les adultères sont tolérés, tant qu’ils se cachent ; mais malheur au locataire ouvrier qui reçoit ouvertement sa compagne : c’est directement la porte. Simulacre de bonnes mœurs, imposture généralisée, la sensation de nausée augmente de minute en minute. Le casting sert ce propos de manière magistrale : on y trouve entre autres Roger van Hool, Françoise Seigner, Michel Aumont, Marie-France Pisier, Yves Gasq, Jacques François… Pas une fausse note dans ces interprétations d’une grande justesse de ton, qui soulignent combien l’approche critique de Zola est toujours d’actualité.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner l’adaptation télévisée de Pot-Bouille sur Madelen.

Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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