Un espion très recherché : la Tchécoslovaquie en coupe réglée

série un espion très recherché

Amateurs d’espionnage éblouis par les prouesses de James Bond sur fond d’explosions, de casinons et de belles nanas, il serait temps de remettre les pieds sur terre, et de regarder en face les réalités sordides de cette activité aussi secrète que fortement ancrée dans les antagonismes géopolitiques du XXeme siècle. Pour preuve, l’excellente série Un espion très recherché.

Retrouver Prague

1989 : chute du Mur de Berlin, l’empire communiste vacille sur ses bases. En Tchécoslovaquie, la Révolution de Velours se profile. Réfugiés en Angleterre depuis des années après une exfiltration pour le moins dangereuse, Marie la violoniste de renom et Viktor l’analyste politique décident de revenir dans ce pays qu’ils ont dû fuir pour survivre, mais qu’ils aiment encore profondément, qu’ils n’ont jamais oublié. Un voyage d’agrément, pour saluer les proches, retrouver l’air de Prague, la saveur de la patrie. Mais à peine arrivés, ils déchantent. L’ambiance est électrique, la méfiance généralisée, le pouvoir encore en place a l’oeil sur eux comme sur tous les opposants.

Viktor a disparu

Un soir, au détour d’une rue, dans un quartier perdu, une voiture les renverse. Marie reprend conscience quelques heures plus tard, dans une chambre d’hôpital. Seule. Viktor a disparu. Blessée, épuisée, rongée d’inquiétude, Marie refuse de repartir en Grande-Bretagne, comme les membres du consulat l’encouragent vivement à le faire. Elle veut retrouver son mari, quitte à mener l’enquête elle-même. Têtue, volontaire, rusée … et déconcertée par ce qu’elle découvre au fil de ses investigations : elle n’est pas la seule à chercher Viktor, un époux qu’elle croyait connaître mais dont les mystères sont nombreux.

Un sac de nœuds

Tchèques, russes, anglais, dissidents ou inféodés aux communistes, les barbouzes se multiplient dans ce qu’il faut bien considérer comme une traque. Traque qui permet au réalisateur Ivan Zacharias de mettre en évidence les méthodes utilisées par les services secrets pour soutirer des renseignements, mater les contestataires, manipuler les forces en place au mieux des intérêts de chaque pays. Intérêts contradictoires, bien évidemment, et tentatives répétées de désequilibre de la partie adverse … qui pourrait au besoin devenir alliée. Un véritable sac de nœuds où le chantage et la torture sont monnaie courante, où on escamote les individus sur un claquement de doigts.

Une ambiance kafkaïenne

La sombre réalité de la Guerre Froide, au moment où le bloc de l’Est s’effondre, où il faut effacer les traces des monstruosités commises en sous-main : exit la Prague touristique vantée par les guides et qu’un James Bond aurait parcouru au volant d’une voiture de luxe, une Rolex au poignet. Un espion très recherché nous emmène dans des ruelles sombres, des appartements vétustes, des hôpitaux miteux ; le temps est pluvieux, froid, l’image tissée de tonalités grises et bleutées. L’ambiance est presque kafkaïenne, tandis que nous suivons Marie dans sa quête éperdue pour comprendre qui est vraiment Viktor.

Un réalisme cru

Comment se situe-t-il sur cet échiquier stratégique complexe, dont les pions humains sont écrasés par des forces sans pitié ? La peur s’invite dans l’équitation, permanente, oppressante, qui emporte le spectateur comme les personnages. Nous prenons progressivement conscience de ce que représentait la vie au quotidien dans ces régimes autoritaires d’une violence inouïe. On pense bien sûr à L’Aveu de Costa Gavras, au film La Taupe inspiré par John Le Carré, mais aussi à The Spy ou à L’affaire Skripal. On comprend alors que les méthodes évoquées dans la série n’ont rien de fantaisistes. C’est ce réalisme cru, sans concession qui fait sa toute sa valeur. Et cela vaut tous les livres d’Histoire.

Et plus si affinités

Vous pouvez visionner la série Un espion très recherché ici.