La Course à l’abîme : Caravage … intus et in cute

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Caravage … mystérieux, fascinant, authentique et sophistiqué à la fois : la tête folle du maniérisme a représenté saints et martyres sous les traits de prostituées, de voyous et de miséreux romains, plongeant son pinceau dans la vérité crue des quartiers populaires de la ville vaticane. Nous sommes au XVIIeme siècle, au cœur de la Papauté, pourtant une  forte odeur de souffre se dégage de ce parcours incertain auréolé des palmes de la rébellion. Cette révolte vécue comme source esthétique, nous en avions eu un aperçu percutant avec la pièce Moi Caravage.

Le peintre le moins discipliné et le plus talentueux de son temps

Mais rien de mieux pour cerner cette fièvre que la somptueuse biographie romancée de Dominique Fernandez, éditée en 2003 chez Grasset. La Course à l’abîme retrace à la première personne la vie tumultueuse du peintre le moins discipliné et le plus talentueux de son temps. D’une plume alerte et précieuse, sans jamais de redondance, toujours avec passion, Fernandez nous entraîne, par la voix de son personnage revenu d’entre les morts, dans une Italie baroque dont il perçoit toutes les nuances, retrace toutes les ambiguïtés, les beautés.

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Aimanté par l’autodestruction

C’est bonheur intense que de parcourir ces phrases ciselées, composées et équilibrées comme Caravage le faisait de ses tableaux. De souvenirs en confidences, nous pénétrons les cloaques romains où pullule la misère et la vie. S’y oppose la richesse orgueilleuse des princes de l’Église, qui scrutent avec admiration et sévérité les œuvres ô combien sensuelles du peintre. Homosexuel, mauvais garçon, bretteur redoutable, Caravage, comme aimanté par l’autodestruction, prend un malin plaisir à fusiller toute chance de reconnaissance qui en ferait un courtisan servile et vidé de son art.

A chaque étape de cette existence une œuvre phare

Rebelle donc, libertaire, orgiaque et dionysien, … Le récit captivant de Fernandez place à chaque étape de cette existence une œuvre phare, dont le narrateur explicite la magie. On ne peut s’empêche d’ouvrir une monographie pour observer les tableaux ainsi décrits, les évaluer, les scruter, les sentir. Il conviendrait presque d’emmener l’ouvrage dans une exposition pour en lire des passages choisis à voix haute, pour faire le lien entre le récit et l’image. Car c’est l’essence même de cette époque qui respire à chaque paragraphe.

Et plus si affinités

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