La mode sous l’Occupation : une approche particulièrement éclairante

couverture du livre la mode sous l'Occupation

50 millions de morts, des villes rayées de la carte, un génocide : la Seconde Guerre Mondiale porte son lot d’horreurs. On imagine difficilement d’aborder la chose sous l’angle de la futilité fashion. Pourtant, c’est un sujet particulièrement éclairant, comme en témoigne le livre La mode sous l’Occupation.

Un angle inédit

L’historienne Dominique Veillon voulait aborder cette période sous un angle inédit ? Elle y parvient avec brio, au fil de ces trois cents pages particulièrement documentées où elle évoque l’état de la mode française de 1939 à la Libération. Car cette thématique est loin d’être anodine, le secteur de la haute couture constituant alors un véritable phare de l’art de vivre hexagonal ainsi qu’une partie essentielle de l’économie du pays.

Ce n’est pas pour rien que les nazis firent tout pour démanteler cette filière, cannibalisant matières premières et technologies pour réduire à néant un pan entier de notre culture du luxe. Bien décidés à transférer ateliers, ouvriers spécialisés et savoir-faire en Allemagne, les séides d’Hitler se heurtèrent aux grands noms de la couture, Lucien Lelong principalement, qui firent tout ce qui étaient en leur pouvoir pour préserver ce sanctuaire et les milliers d’emplois qui y étaient rattachés.

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Pénurie et résistance

La mode devint alors un acte de résistance, à l’heure d’une pénurie quasi-totale qui laissa les Français sans nourriture, sans vêtements, sans chaussures. Tissus rationnés, stocks dévalisés, collections siphonnées, les Allemands se servirent sans se gêner, réglementant la production avec une sévérité ralliée par les lois pétainistes qui pénétrèrent ainsi les foyers, comptabilisant jusqu’aux dessous des familles.

Ce qu’on découvre dans ces chapitres est incroyable mais vrai, donnant à voir les conditions de survie particulièrement pénibles de nos anciens. Grands couturiers et ménagères durent rivaliser d’inventivité pour continuer à habiller, qui une clientèle réduite, le commerce à l’internationale étant largement affecté, qui mari, enfants et soi-même, dans un temps où on impose l’image de la femme mère de famille, simple, modeste et sans artifice comme pilier de la cellule familiale à la mode « travail, famille, patrie ».

Agilité et patriotisme

Créer une mode à la fois pratique et élégante, qui permette d’atténuer le froid quand le bois manque pour chauffer les intérieurs, de circuler à vélo quand les automobiles ne peuvent plus rouler, faute d’essence, de pouvoir travailler et sortir sans changer de vêtements, les métrages et les moyens manquant pour varier les garde-robes. Inventer de nouvelles fibres pour palier au manque de laine et de soie, miser sur les accessoires pour illuminer des tenues strictes, l’élégance devient résistance.

En témoignent l’extravagance des chapeaux qu’arborent les Parisiennes, le recyclage forcené que pratiquent les ménagères, le troc qui s’installe, un foulard contre un sac, des rubans contre un bout de tissu… On notera l’agilité des couturiers et des tailleurs, le patriotisme risqué des belles qui arborent des robes aux couleurs de notre drapeau, le rôle de la presse qui diffuse astuces et patrons auprès du grand public.

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Pour sûr, l’approche adoptée par Dominique Veillon est éclairante : elle donne surtout à voir de l’intérieur la complexité de cette période, des choix à opérer, des décisions à prendre. La pénibilité des conditions de vie se double d’un climat d’incertitude et de peur, que la mode reflète de manière édifiante, tout en essayant d’apporter un peu de lumière dans ces ténèbres. Si on veut mesurer le caractère essentiel de ce secteur, c’est ce livre qu’il faut lire.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur le livre La mode sous l’Occupation, consultez le site de l’éditeur Payot.