La nièce d’Hitler : du destin funeste de Geli Raubal

La nièce d'Hitler - Ron Hansen

Angela Maria « Geli » Raubal : un joli nom pour une jolie fille. Intelligente, vive, radieuse, Geli Raubal avait tout pour réussir ; son malheur fut d’être la nièce d’un certain Hitler. Non content de se servir d’elle comme d’un faire-valoir pour sa carrière politique, le dictateur allemand tomba amoureux de la jeune femme, transformant sa vie en enfer. C’est cet enfer que nous raconte Ron Hansen dans le livre sobrement intitulé La nièce d’Hitler.

Un amour tragique

Pourquoi cet intérêt ? Parce que Geli Raubal fut le seul véritable amour d’Hitler, et que cet amour s’est terminé tragiquement pour elle : en 1931, on l’a retrouvée morte, une balle dans le cœur, dans l’appartement qu’elle partageait avec son oncle. On ne sut jamais avec certitude si ce fut un accident, un suicide ou un meurtre. Le parti nazi fit tout pour étouffer ce scandale afin de protéger son leader, dont aujourd’hui encore on se demande s’il n’a pas appuyé sur la détente.

C’est que cette relation est extrêmement éclairante quant au mental du personnage. Incestueuse, la passion d’Hitler pour sa nièce révèle le caractère profondément pervers et manipulateur d’un individu qui a littéralement cloîtré cette jeune fille dans une cage dorée, après avoir financé ses études, son train de vie, ses tenues… Il lui interdisait de fréquenter d’autres personnes, surveillait ses allées et venues, anéantissait ses amourettes, pire encore.

La Chute : les derniers jours d’Hitler filmés par Oliver Hirschbiegel

Une histoire d’emprise

Bref, Geli était sous l’emprise de ce qu’on appelle aujourd’hui un pervers narcissique manipulateur doublé d’un sadique de la pire espèce. Et c’est ce vice de personnalité que l’auteur met en évidence en racontant les différentes étapes de leur histoire, depuis la naissance de la petite jusqu’à sa mort. Grande Guerre, chute de l’empire allemand, république de Weimar, crise économique, ces 23 courtes années de vie reflètent les convulsions d’une Allemagne totalement ruinée.

Elles marquent aussi la lente métamorphose d’Hitler comme homme politique, ici vécue dans la coulisse, sous le regard d’abord émerveillé, puis dubitatif, enfin terrifié d’une jeune fille qui découvre progressivement la violence de cet homme, son terrible pouvoir d’assujettissement. Petit à petit, nous le voyons s’infiltrer dans le mental de sa nièce, grignoter son espace, sa volonté. La conquête de Geli, son asservissement, font écho à ceux de l’Allemagne.

Une folie sectaire

Entre séduction et brutalité, sincérité et mensonges, on comprend par les yeux réprobateurs de cette adolescente comment ce raté ainsi que ceux qui l’entourent vont mettre le pays en coupe réglée, avec l’aide des grands patrons d’industrie. Nous voyons par ses yeux le parti nazi déployer ses ailes, dans un climat délétère où chaque dignitaire veut s’imposer auprès du Führer. Nous comprenons comment cette idéologie mortifère, cette folie sectaire s’est infiltrée dans les consciences.

Geli est peut-être la seule victime qu’Hitler a liquidée de ses mains. Le récit de Ron Hansen, étouffant, étayé par une documentation très précise, donne à voir cette gestation, et d’un monstre et du système qu’il met en place pour accomplir les crimes odieux que l’on sait. Les pressions que la jeune fille a subies, sa mort illustrent la manière dont ceux qui s’opposaient à Hitler ont été balayés, y compris dans son cercle intime. Elle prédit les horreurs du IIIe Reich et sa chute.