Casanova et la femme sans visage : siècle des Lumières, obscur et meurtrier

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Zoom ce jour sur le roman Casanova et la femme sans visage de Olivier Barde-Cabuçon… Et une concurrence au personnage de Nicolas Le Floch ?

Volnay le critique

C’est que la figure émaciée et sévère de Volnay évoque grandement le héros de Jean-François Parot. Tous deux évoluent dans le Paris du XVIIIᵉ siècle sous le règne de Louis XV. Tous deux doivent gérer des enquêtes tortueuses. Tous deux se retrouvent au cœur de complots alambiqués. Tous deux s’inspirent des philosophes et du rationalisme. Tous deux font appel à la science pour avancer dans leur quête de la vérité. Tous deux côtoient des personnages qui ont vraiment existé. La différence se situe donc ailleurs, mais elle est de taille. Si le Floch est un pilier de la monarchie, Volnay la considère d’un œil pour le moins critique.

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Une ambiance meurtrière

Du coup, c’est toute l’atmosphère des intrigues qui s’en trouve modifiée, de même l’écriture. Éloquente dans l’évocation des décors et des costumes, la plume d’Olivier Barde-Cabuçon devient plus acerbe quand il s’agit d’aborder les dessous de la Cour et la réalité du pouvoir monarchique. Dans Casanova et la femme sans visage, premier opus d’une série de trois ouvrages daté de 2012 et paru chez Actes Sud, l’auteur lyonnais revient ainsi en boucle sur les complots et l’espionnage permanent qui règnent dans les couloirs de Versailles. Différentes coteries s’y affrontent, sans pitié. Sous la futilité des conversations mondaines et la beauté des robes de soie, l’ambiance y est lourde, malsaine, meurtrière. 

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Ancien Régime en décomposition

Le siècle des Lumières en prend un coup : sociétés occultes, mages et alchimistes, charlatans ou mystiques, opèrent dans les salons, les alcôves et les antichambres des puissants. La raison n’y a finalement que peu de place. Sous le prétexte d’une intrigue à suspens tournant autour de meurtres odieux où de jeunes prostituées sont défigurées, le romancier donne à voir cette face beaucoup plus sombre et délétère du XVIIIᵉ siècle. C’est tout particulièrement cet aspect de son œuvre qui marque les esprits et en dit sur la décomposition de l’Ancien Régime, la proximité de la Révolution.