Rédemption énergétique et green clubbing: le dancefloor en quête de solutions vraies

green clubbing

Dirigeons ce jour nos regards et notre attention vers l’Écosse, Glasgow plus exactement, où le club SWC3 s’apprête à tester un procédé énergétique dit révolutionnaire lors d’une soirée drivée par la DJ américaine Honey Dijon début novembre. Relevant du green clubbing, la mesure est louable et nécessaire vu l’urgence climatique incarnée par moult dérèglements et catastrophes exhibés en une des médias … mais elle pose le plein de questions sur la réelle portée et les exigences à venir de ce type d’engagement.

Energy from the dancefloor

Revenons à nos moutons et à l’annonce du club SWC3 : l’installation Bodyheat a pour but de canaliser la chaleur émise par les corps des teffeurs s’agitant sur le dancefloor pour la transformer et permettre d’en user immédiatement ou de la stocker pour une utilisation ultérieure. On envisage ainsi de réduire drastiquement l’empreinte carbone de l’établissement écossais en économisant 70 tonnes de CO2 à l’année, ce qui n’est pas rien. Cette innovation annoncée en fanfare et relayée par la presse, s’intègre dans le programme Going Net Zero revendiqué par l’équipe du lieu. Ce projet ambitionne d’éradiquer une empreinte carbone conséquente afin de cadrer avec le planning de la Conférence Mondiale sur le changement climatique initiée par l’ONU, et qui aura justement lieu cette année à Glasgow en Novembre.

Green clubbing everywhere

Going Net Zero s’inscrit très nettement dans une prise de conscience plus générale … qui ne date cependant pas d’hier. Depuis le début des années 2010, le green clubbing fait des émules. Déjà en 2012, le night-club Watt de Rotterdam faisait la une avec un process similaire à Bodyheat … et d’autres caractéristiques ecofriendly type vaisselle recyclable, récupérateur d’eau de pluie, peintures sans solvant … Idem en Angleterre ou en Allemagne, à Berlin notamment, où l’asso Clubmob a posé les bases d’un renouveau notable, visant à sensibiliser public et propriétaires d’établissements. Slogan assumé : « On peut danser dans un monde vert », appuyé entre autres par le Green Club Guide, manuel de conseils à destination des directeurs afin qu’ils réduisent leur empreinte écologique par des moyens simples et rapides à mettre en place, efficaces et peu coûteux.

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DJ internationaux et pollution environnementale

En ce qui concerne le club écossais SWC3, sa décision s’ancre dans le sillage du rapport Last Night A DJ took a flight émis par l’agence Clean Scene, spécialisée dans les questions environnementales. Le monde du spectacle et de la nuit, énergivore au possible, doit impérativement revoir sa copie, alourdie principalement par l’impact carbone et la pollution générée par les trajets internationaux effectués en avion par les DJ … et les clubbeurs. Si l’équipement des lieux pour atteindre l’autonomie énergétique fait partie de solutions usitées depuis maintenant une décennie, une autre question prend forme, qui touche au cœur même du succès des clubs, de leur ADN comme de leur notoriété  : comment composer un line-up qui soit à la fois accrocheur et eco-friendly, sans passer par la case avion ni faire venir les stars des platines issues d’autres pays à la nage ou en tapis volant ?

Clubbing écolo : l’impossible équation ?

Ce n’est un secret pour personne : un club tire sa renommée et ses profits de la qualité des soirées qu’il organise. Et cela suppose de faire venir des DJ célèbres des quatre coins du monde pour renouveler l’intérêt d’un public qui se lasse vite et n’hésite pas à partir vers la concurrence. Par ailleurs, ce public est lui-même composé de personnes du cru ET de touristes, fascinés par l’aura d’un lieu. Exemple type : le Berghain de Berlin. Quand on arrive à ce degré d’exigence, de professionnalisme et de rayonnement, comment changer de cap ? Miser sur une scène nationale déjà très présente dans les festivals ? Favoriser l’émergence de jeunes talents par des résidences et autres soutiens ? Jouer la carte de soirées thématiques échevelées (ce que faisait le Studio 54 au temps du disco ) ? La question va devoir être posée et réglée : car face à l’urgence climatique, il y a les lendemains Covid qui déchantent.

RSE vs COVID ?

Impactés par la pandémie, les confinements, les mesures de sécurité, les clubs ont fermé par centaines. Ceux qui ont survécu vont devoir taper fort pour canaliser une audience en manque viscéral de fiestas et de retrouvailles mais qui a aussi tiré les enseignements de deux ans de COVID : cela va passer à la fois par une programmation de folie ET des engagements écologiques désormais bien ancrés dans les têtes. Le risque ? Jouer la carte RSE comme argument clé d’une stratégie marketing de reconquête, sans jamais s’inquiéter du fond ni de la pérennité de cette orientation. Métamorphoser les lieux, les adapter pour consommer moins d’énergie est une chose (et au passage un marché attractif où de plus en plus d’entreprises excellent, dans le conseil comme dans la réalisation) ; mais il y a tout le reste : le déplacement des artistes et des spectateurs bien sûr, la gestion du spectacle, la publicité …

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Tout est à repenser, l’ergonomie festivalière, la logique même de booking et de programmation, et l’éducation des personnes, usagers, professionnels. Bref le chantier est énorme, urgent et passe par un changement complet des mentalités et des usages. Et ce n’est pas l’installation de quelques pompes à chaleur sous le plancher d’un dancefloor à lui seul qui suffira à résoudre cette délicate équation.

Et plus si affinités … nos sources :

https://www.traxmag.com/comment-berlin-fait-rentrer-lecologie-dans-les-clubs/

https://www.konbini.com/fr/musique/ecosse-club-chaleur-danseurs-energie

http://durevie.paris/transformer-la-chaleur-du-public-en-source-denergie-le-projet-innovant-dun-club-de-glasgow/

https://www.numero.com/fr/musique/swg3-glasgow-cop26-bodyheat-dj-honey-dijon