La Princesse de Montpensier : quand Bertrand Tavernier plonge dans les eaux troubles de la passion amoureuse

affiche du film La princesse de Montpensier

Ce n’est un secret pour personne, Bertrand Tavernier sait filmer les femmes : Sabine Azema dans Un dimanche à la campagne, Isabelle Huppert dans Coup de Torchon, Sophie Marceau dans La fille de d’Artagnan, Marie Gillain dans L’Appat, … Si son cinéma n’est pas exclusivement consacré à l’étude de la gent féminine et de ses multiples richesses et travers, il sait néanmoins leur accorder une place conséquente, à l’instar d’un certain Claude Chabrol qui excelle dans cet exercice.  Et comme ce dernier avec Madame Bovary, Tavernier y va de son adaptation, mettant en images une autre grande dame de la littérature cette fois, j’ai cité Madame de Lafayette, maman de la très fameuse Princesse de Clèves et d’une autre princesse, moins connue celle-là, mais tout aussi tourmentée, La Princesse de Montpensier

Histoire d’amour complexe et malheureuse

Cette nouvelle écrite en 1662 précède de 16 ans son illustre petite sœur, pour en poser les fondations. Histoire d’amour complexe et malheureuse, jeune fille noble mariée trop tôt à un homme qu’elle n’aime pas mais qu’elle accepte par respect des normes sociales et de l’autorité paternelle, laissant derrière elle un Duc de Guise faussement éploré, qui l’abandonnera une fois qu’elle aura cédé à ses avances. Belle, intelligente, cultivée, la jolie demoiselle ne manque pas de galants, depuis le duc d’Anjou jusqu’à son précepteur, un huguenot antimilitariste.

Elle finira pourtant seule, pleurant ce dernier tué pendant la Saint Barthélémy. Vous l’aurez deviné, le tout se veut une plongée dans les eaux troubles de cette passion amoureuse qu’une Précieuse comme Madame de Lafayette regardait avec tant de méfiance et de curiosité mêlées, sa carte du Tendre à la main, prête à rebrousser chemin au moindre glissement des sens et de la raison. Ce qui n’est pas le cas de son héroïne, incarnée à l’écran par une Mélanie Thierry faussement détachée, néanmoins fonceuse en diable. 

La valeur et les dangers de nos désirs

Autour de cette jeune et indomptable biche, s’agitent une ribambelle de cerfs interprétés par Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Raphaël Personnaz, Lambert Wilson. Lambert Wilson justement qui porte ce film à bout de bras, se glissant avec tant de justesse et d’émotion dans la personnalité du Comte de Chabannes, nobliau protestant qui a juré de ne plus jamais se battre après avoir tué par accident une femme enceinte. Intellectuel, raffiné, consciencieux, posé, sage, il est de tous ces beaux messieurs, le seul à vraiment aimer la princesse, elle ne le comprendra que trop tard.

Et c’est cette interprétation impeccable, humble, effacée parfois qui apporte au film la préciosité propre à la nouvelle, encore plus que les costumes de toute beauté ou les décors imposants. Le tout se veut équilibré, sans romantisme guimauve, allant à l’essentiel de l’œuvre initiale, à savoir une réflexion sur la valeur et les dangers de nos désirs. Le réalisateur a parfaitement su saisir cette thématique et nous la transmettre. A voir, non comme une fresque historique, mais une analyse de caractère.

Et plus si affinités

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