District 9 : Alien Apartheid

affiche du film district 9

Dans le sillage de The Tomorrow War, nous nous sommes fait une fringale de films d’anticipation, avec grosses bébêtes interplanétaires et combats épiques sur fond de survie de l’humanité : Edge of Tomorrow, Starship Troopers, Pitch Black, … on en a pris plein les yeux et la tête … et puis on a visionné District 9 qui traînait sur une to-see list un peu poussiéreuse. Et là, le choc, la claque, le gros malaise.

Des clandestins

Le premier film de Neill Blomkamp nous arrive en pleine tronche à la manière d’Invasion Los Angeles de Carpenter ou de Cry freedom d’Attenboroug. Et pour cause : via plusieurs séquences en mode reportage, nous voici parachutés sans ménagement en Afrique du Sud (pays d’origine du réalisateur), au cœur d’un ghetto dégueulasse où sont parqués des milliers d’extraterrestres échoués là après une panne de leur vaisseau. Un gigantesque vaisseau spatial suspendu au dessus d’eux comme une carcasse de bagnole pourrie, symbole de leur déchéance. Et en dessous, dans ce bidonville insalubre, la survie au quotidien pour ces clandestins qu’on insulte, qu’on exploite, qu’on laisse crever à petit feu.

Descente aux enfers

Depuis 20 ans, District 9 accueille tous les trafics, toutes les exactions, toutes les mafias. Sous la pression des politiques, l’entreprise en charge du lieu, la Multi-National United, a décidé de faire le nettoyage, de déplacer ces « crevettes » indésirables vers un nouveau site à 200 kilomètres de là au milieu de nulle part … dans ce qu’il faut bien appeler un camp de concentration. C’est durant l’opération d’expropriation menée tambour battant par la MNU et ses mercenaires que Wikus van der Merwe, agent sans grande envergure et servile car gendre du patron, est accidentellement contaminé par un mystérieux liquide découvert au fond d’un taudis. Et là, c’est la descente aux enfers. Soudaine, révélatrice.

Mutation ADN

Car le dit liquide, initialement dédié au redémarrage de la fameuse soucoupe par un extra-terrestre bien moins arriéré qu’il n’y paraît, commence à transformer le pauvre Wikus en « crevette », ce qui n’est déjà pas très agréable, et à rendre son ADN particulièrement intéressant et bankable puisque mutant. Or cet ADN est nécessaire pour faire fonctionner l’armement extraterrestre, très convoité par les industriels du secteur mais jusqu’alors totalement inutile puisque ne réagissant qu’à cette empreinte génétique spécifique. Du coup, Wikus devient une proie … Pour échapper à la vivisection qu’on compte bien lui faire subir au nom des intérêts économiques du pays, il n’a qu’une solution : se planquer dans Disctrict 9.

Une communauté ostracisée

Le reste, vous le découvrirez en visionnant ce film aussi haletant qu’insoutenable, puisque le réalisateur y traite clairement d’apartheid, sauf qu’ici ce sont les aliens qu’on discrimine de la pire des manières. Parmi les bourreaux, des blancs Afrikaners mais aussi des Noirs sud-africains issus de différentes ethnies, des gangs venus d’autres pays, adeptes de sorcellerie, de cannibalisme. Toutes les strates de cette société déjà très dure et conflictuelle tourne sa hargne et sa violence vers cette communauté immigrée, ostracisée au possible, sinon pire. Bref, on est toujours l’indésirable de quelqu’un, et le chemin de croix de Wikus permet de découvrir l’envers d’un décor qui n’a rien d’une fiction.

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Brutalité authentique

En enracinant son intrigue dans pareil univers, Blomkamp en fait ressortir l’incroyable brutalité. L’extra-terrestre n’y est plus une menace mais une victime ; le traitement infligé à cet Autre venu des étoiles par toutes les classes sociales, riches, pauvres, blancs, noirs, met en question la tolérance de la nation arc-en-ciel. Le trafic dont les aliens font l’objet rappelle bien sûr celui des albinos, chassés et assassinés par les sorciers tanzaniens pour booster leurs sorts et leurs enchantements. Le délabrement du township est tout ce qu’il y a de plus réel, puisque ce sont d’authentiques masures qu’on voit à l’écran, filmées en hiver à Soweto, dans la banlieue de Johannesburg même, pour accentuer ce côté désertique et poussiéreux. Parmi les passages de reportage télé, on trouve de véritables archives.

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Tout comme les zombis de Romero mettent en exergue les dysfonctionnements de la société américaine moderne, les aliens de District 9 font ressortir la cruauté implacable d’un monde qui n’a rien de fictif. De fait, outre des effets gore qui évoque le Bad Taste d’un certain Peter Jackson qui se trouve être le producteur du film, le récit est difficilement soutenable, le propos percutant. L’ensemble est décalé, cynique, malsain et particulièrement efficace. Bref ce pamphlet anti-ségrégation est fichtrement bien troussé.

Et plus si affinités

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