The Commitments : comment manager un groupe de soul en Irlande dans les années 80… et y survivre !

affiche du film The Commitments

 

Vous avez remarqué ? On ne parle que de metaverse et de NTFs en ce moment. Du coup, j’ai voulu remettre les pieds sur notre bonne terre ferme, retrouver du concret, du réel, de l’humain. Et j’ai revisionné The Commitments. Pour le plaisir, pour le bon sens. Et parce que c’est juste un régal doublé d’un monument du ciné… et de la musique.

Soul à l’irlandaise

À la source, The Commitments est un roman publié en 1987, un des piliers de la trilogie Barrytown du romancier Roddy Doyle avec The Snapper et The Van. Ces trois bouquins explorent avec autant d’humour et d’humanité que d’esprit critique la condition ouvrière irlandaise dans les années 80 : en filigrane, des siècles de colonisation britannique, le clash religieux catho/protestant, une société d’une dureté inconcevable, le chômage au quotidien, une jeunesse sans espoir. Chez les Rabbite, famille nombreuse, c’est le système D qui règne, ainsi que la musique. Jimmy Jr, l’aîné de la fratrie, se rêve en manager… et décide de monter un groupe : The Commitments.

Cette histoire géniale, le réalisateur Alan Parker s’en saisit en 1991 pour dérouler une aventure trépidante, drôle, pleine d’énergie et d’espoir, où les gags alternent avec les parties plus délicates. Car il est toujours difficile de driver l’humain, surtout dans une formation vouée à la résurrection de la soul à la mode irlandaise, avec guitare, basse, batterie, piano, trompette, saxo, un chanteur à la voix d’exception et à l’égo surdimensionné, trois choristes mignonnes que le trompettiste, vieux briscard, séduit à tour de rôle, un videur dingue qui assomme les emmerdeurs à coup de micro. Bref Jimmy Rabitte Jr va bien ramer pour mettre tout ce petit monde en rail.

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L’art pour déjouer la fatalité

The Commitments : les engagements. Un nom significatif. La question n’est finalement pas de savoir si Jimmy amènera son groupe aux portes de la gloire. Il s’agit surtout de saisir cette étincelle d’espoir qui jaillit quand on entreprend, qu’on se lance dans un projet, qu’on embrasse la création. Le film met en évidence cet acte révélateur de l’artiste qui sommeille en chacun de nous, peu importe son genre, son médium d’expression. L’art donne un but, il fait vivre, avancer, évoluer. Il permet de redresser la tête, d’afficher sa singularité. On ne parle même pas ici d’avoir une carrière flamboyante et de finir au top. Simplement de s’affirmer.

Avec beaucoup de tendresse pour ces personnages au fort tempérament forgé par un vécu difficile, Alan Parker donne à voir, outre la « négritude » irlandaise chère à Doyle, synthétisée dans la réplique phare « I’m black and I’m proud », l’importance pour l’homme, quel qu’il soit, de créer et de croire en son projet de création. Cela peut être un groupe de soul, cela peut être un enfant (The Snapper), une entreprise (The Van)… on n’obtiendra pas forcément ce dont on rêvait, mais on ouvre une brèche, on prend l’avenir en main, on déjoue la fatalité. Si en plus c’est fait en musique avec autant de talent et d’inspiration, c’est déjà du bonheur. Pourquoi s’en priver ?

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