
À l’heure où le monde contemporain redécouvre la valeur du geste, du motif et de la matière, l’Art déco s’impose à nouveau comme une évidence. Sans jamais miser sur la nostalgie décorative ou un revival esthétique de surface, les expositions célébrant le centenaire de cette période charnière révèlent avant tout une modernité en gestation — traversée par les tensions politiques, industrielles et sociales de l’entre-deux-guerres.
Cent ans après l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, Paris et plusieurs grandes institutions françaises rouvrent les archives, interrogent les objets, réveillent les mémoires. Ce que l’on fête ici n’est pas un simple anniversaire, mais la persistance d’une grammaire visuelle dont nous demeurons, consciemment ou non, les héritiers.
Musée des Arts Décoratifs – 1925-2025 : Cent ans d’Art déco
Jusqu’au 26 avril 2026
Le Musée des Arts Décoratifs fait le choix de l’ampleur. À travers un parcours dense et magistral, l’institution retrace la naissance officielle de l’Art déco — non comme un style figé, mais comme une réponse organisée au chaos du monde d’après-guerre.
Mobilier aux lignes épurées, verrerie cristalline, textile tramé de géométries, arts graphiques audacieux, architecture intérieure méthodique : tout ici parle d’ordre, de rythme, de maîtrise. Le décor devient structure. La ligne chasse l’ornement superflu. L’objet, désormais reproductible, aspire à concilier beauté, fonctionnalité et inscription dans un projet de société.
Ce que révèle surtout cette exposition, c’est l’ambition proprement idéologique de l’Art déco : faire entrer la modernité dans le quotidien sans sacrifier l’excellence artisanale — équilibre fragile entre main de l’artisan et cadence de la machine.
Bibliothèque Forney – Les ateliers d’art des grands magasins
Jusqu’au 28 février 2026
À quelques rues de là, la Bibliothèque Forney adopte une focale plus discrète, mais tout aussi captivante. L’Art déco y est envisagé par le prisme des grands magasins — ces laboratoires esthétiques où se sont inventés de nouveaux rapports entre création, commerce et industrie.
Les ateliers internes, souvent méconnus, apparaissent comme des lieux de synthèse féconde : artistes, décorateurs, affichistes et artisans y collaborent pour façonner un imaginaire moderne accessible au plus grand nombre. Loin des salons privés et des commandes princières, c’est ici que se joue la démocratisation du goût.
L’exposition rappelle une vérité trop souvent oubliée : l’Art déco ne fut pas seulement un style d’élite, mais une véritable machine culturelle de diffusion du beau à grande échelle.
Cité de l’Architecture et du Patrimoine – Paris 1925 : l’Art déco et ses architectes
Jusqu’au 29 mars 2026
Là où les deux premières expositions s’attachent aux objets, la Cité de l’Architecture restitue la ville comme manifeste. Façades sculptées, immeubles géométriques, plans visionnaires, photographies d’époque : Paris devient le terrain d’expérimentation grandeur nature d’une modernité architecturale qui cherche à concilier verticalité, rationalité et élégance.
L’Art déco architectural ne crie jamais. Il s’inscrit dans le tissu urbain, dialogue avec le classicisme haussmannien tout en annonçant déjà le fonctionnalisme à venir. Moins une rupture qu’une transition subtile — un pont jeté entre deux siècles.
Musée des Années Trente – Images d’une Exposition
Jusqu’au 30 juin 2026
Plus intimiste, mais passionnante, cette exposition-dossier proposée par le Musée des Années 30 s’attarde sur les archives visuelles et documentaires de l’Exposition de 1925. Photographies jaunies, documents préparatoires annotés, correspondances administratives : on y découvre les hésitations, les compromis, les choix politiques et esthétiques qui ont façonné l’événement.
Ici, l’Art déco n’est plus seulement un résultat figé dans le marbre des musées, mais un processus vivant. Une construction collective, parfois conflictuelle, toujours révélatrice des aspirations et des contradictions de son époque.
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