Exposition Héroïnes romantiques : femmes fragiles, destinées funestes et pionnières créatrices

exposition Héroïnes romantiques au musée de la vie romantique

Voici en substance ce qui ressort de l’exposition Héroïnes romantiques organisée par Gaëlle Rio et Elodie Kuhn au cœur du Musée de la Vie Romantique. Des femmes fragiles, frappées donc par un destin funeste… et des nichons.

Dévêtir les belles du temps jadis

Vous me pardonnerez cet écart de langage, mais au fur et à mesure que je parcourais les trois actes de cette exploration, j’ai été saisie par cet étalage de poitrines dénudées au moment du passage dans l’au-delà. Sappho prête à se jeter dans le vide ? Nichons. Juliette exfiltrée du tombeau des Capulets ? Nichons. Esmeralda enlevée par Quasimodo ? Nichons. Ophélie noyée ? Nichon (un seul qui apparaît entre corsage, eau et fleurs). Comme Antigone au tombeau, qui troque les fleurs pour un Hémon farouchement décidé à se poignarder sur le corps encore palpitant de sa défunte fiancée.

Décidément, ça fantasme pas mal dans les caboches romantico-masculines. Qu’ils évoquent les héroïnes du passé ou de fiction, les artistes de cette période par ailleurs féconde aiment à dévêtir les belles du temps jadis, trépassées ou en passe de le devenir, pour offrir leurs appâts en pâture aux spectateurs. C’est qu’à l’époque, la gorge alimente les imaginations, comme le pied. Quand on contemple la Jeanne d’Arc au bûcher d’Alexandre-Évariste Fragonard, on ne peut que noter qu’elle a troqué l’armure de la guerrière contre une chemise révélatrice de sa nuque et de ses petons.

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Sensualité macabre et déesses des planches

La bonne vieille rengaine Eros/Thanatos, une sensualité macabre qui flirte avec la nécrophilie (merci Sade et la littérature gothique balbutiante ?), la perspective d’une femme d’autant plus adulée qu’elle a été ravie par la Mort, dans tous les sens du terme ? Et c’est un petit plus quand elle est attachée, en larmes, livrée au bourreau, dévorée par les flots ou les flammes ? Heureusement, si l’artiste romantico-masculin a de la suite dans les idées, sa réplique femelle se charge de rétablir l’équilibre. Faites confiance à George Sand et Félicie de Fauveau, à la Malibran et à Marie Taglioni pour reprendre la main.

La partie « Héroïnes en scène » aborde frontalement la question des grandes interprètes de l’époque, véritables déesses des planches qui s’imposèrent via le chant, la danse ou le théâtre. Elles aussi participent d’une véritable prise de pouvoir intellectuelle qui tranche avec le regard très compassé et un brin lubrique de ces messieurs. Ce n’est pas pour rien que la thématique « Marie Stuart protégeant Ricco de ses assassins » revient en boucle dans les tableaux, ou que Félicie de Fauveau, citée plus haut, s’applique à modeler l’impitoyable Christine de Suède condamnant à mort son favori.

Marie Tudor … au seuil de la démence héréditaire

Femmes artistes : les vraies héroïnes romantiques ?

Eh oui, les héroïnes romantiques peuvent prendre le lead, et de façon assez spectaculaire, même si elles doivent en crever de dépit et de solitude après. Fictives ou bien réelles, elles possèdent l’aura de la sainte et de l’ensorceleuse, portent en elles la beauté de la création, l’ombre de la Faucheuse, le risque (savoureux) de la perdition. Et peut-être la rédemption au bout du chemin ? Pour leurs créatrices, on aurait aimé en tout cas plus de visibilité. Une salle dédiée aux artistes femmes dont les noms apparaissent sur les cartels sous leurs œuvres, mais dont le cheminement demeure falot.

C’est bien dommage, car au final, ce sont elles les véritables héroïnes romantiques : George Sand n’est pas la seule à ruer dans les brancards, on peut lui adjoindre la journaliste et femme de lettres Delphine de Girardin, les actrices Harriet Smithson et Mademoiselle Rachel, la cantatrice Guiditta Pasta, les peintres Éléonore Godefroid ou Victorine Angélique Genève-Rumilly… si les sylphides et les mortes vivantes hantent l’univers romantique, dans la coulisse, n’en déplaise à Baudelaire, ce sont des femmes concrètes qui se mettent à l’ouvrage. Il convient de se souvenir de ces pionnières.

Et plus si affinités

Pour en savoir plus sur l’exposition Héroïnes romantiques et préparer votre visite, consultez le site du Musée de la Vie romantique.