Penny Dreadful : la savoureuse démesure du romantisme noir

série Penny Dreadful

Prenez un explorateur passionné de chasse, un médecin désireux de vaincre la mort, une sorcière medium et possédée, un cow-boy loup-garou, un dandy pervers et immortel, une femme créée de toutes pièces aux tendances meurtrières, secouez le tout, ajoutez-y des démons, des vampires, des succubes, et vous obtiendrez, vous obtiendrez ? Non, pas la Ligue des gentlemen extraordinaires, voyons ! Bien mieux que ça ! Penny Dreadful !

Histoires de monstres romantiques

Amateurs de littérature fantastique, adeptes du gothique noir, fans de sensations fortes et de scenarii alambiqués, disciples du steampunk ou fervents de série de très grande qualité, Penny dreadful ratisse large pour cumuler les suffrages. « Penny dreadful » : le titre en soi est d’une ironie mordante, un clin d’œil malicieux au patrimoine des canards sanglants qui passionnaient les foules populaires du XIXᵉ siècle, finissant en narrant meurtres et faits divers, histoires de monstres et de créatures surnaturelles. Créée par John Logan, l’intrigue décrit une Londres hantée d’êtres maléfiques et destructeurs, que pourchasse une équipe de chasseurs émérites au caractère bien trempé et au mental très tourmenté.

Sir Malcom Murray, explorateur richissime, est doté d’un ego qui n’a d’égal que sa volonté farouche de retrouver sa fille enlevée par un vampire antédiluvien. Il est secondé dans sa quête par Vanessa Ives, jeune femme extrêmement déterminée à traquer cette créature diabolique, histoire de chasser ses propres démons intérieurs. Ethan Chandler, tireur d’élite venu du Far West dans le sillage de Buffalo Bill, cache lui aussi un malaise existentiel profond. Ajoutons à ce trio, et c’est là que l’histoire devient très intéressante, un jeune médecin nommé Frankenstein, ainsi que le très beau, séduisant et libertin Dorian Gray. Bref, que des désaxés et des profils types du fantastique.

Une très élégante danse de mort

Sur trois saisons, l’histoire va mêler le parcours de ces légendes nées dans les méandres de la Révolution industrielle, comme un fruit étrange et mutant du combat entre les croyances les plus ancestrales, l’imaginaire cauchemardesque, la raison philosophique et la logique scientifique. Dracula, La Morte amoureuse, Le Château d’Otrante, Le Moine, Dr Jekyll et Mr Hyde, L’Eve future, toutes les grandes figures du genre, ses influences, ses atmosphères, ses images mentales se croisent, valsent ensemble dans un concert d’images bleutées et froides, constamment éclaboussées de rouge sang. Car Penny Dreadful rend aussi hommage au Grand Guignol, ce théâtre de la mort fascinant et grotesque à la fois.

Et le feuilleton le fait avec maestria, dans une production d’une élégance et d’un luxe frappants, dans les décors, les costumes, les effets spéciaux, les images, les lumières, les cadrages, le casting également, Timothy Dalton, Eva Green, Josh Harnett, Harry Treadaway, Billy Pipper, et l’incroyable Rory Kinnear dans le rôle de la créature de Frankenstein, colosse puissant, assassin et poète, effrayant et pitoyable. Peut-être le plus humain de tous au final, d’une fragilité de cristal, d’une sensibilité d’animal blessé… Le générique, saisissant, résume cette danse de mort dans ses images, sa musique, la vision aveuglante de ces chauves-souris s’envolant dans le soleil.

Saturée de références à l’art, littéraire, pictural, architectural, théâtral ou cinématographique, cette aventure dans les eaux troubles de la psyché raconte au final les contradictions de l’homme moderne ; persuadé d’être protégé par la science et la technologie, il ne peut échapper à ses peurs primales, ses croyances, ses instincts : folie, nonchalance, cruauté, besoin d’amour, quête d’absolu, tout s’enracine dans les méandres de l’inconscient et de l’imaginaire.  Impossible d’y échapper, c’est notre nature : romantique, le propos est aussi d’une dureté terrifiante, car lucide.

Et plus si affinités
L’intégralité de la série Penny Dreadful est disponible en DVD et en VoD.