Expionnage : les barbouzes au programme de la BILIPO

Pour ceux qui l’ignoreraient, la Bilipo désigne la Bibliothèque des littératures policières. Ce charmant acronyme aux allures de jouet pour enfant n’est pourtant pas exactement le genre d’endroit où faire galoper vos bambins, déjà parce qu’on ne galope pas dans une bibliothèque (on peut au besoin y donner ses rendez-vous amoureux, mais on n’y galope pas, non), ensuite parce vu la teneur des ouvrages alignés sur les rayonnages, il convient de ne pas y laisser traîner des yeux non avertis.

Tueurs en série, analyses de scène de meurtre, profilage, armes et techniques létales, criminologie, droit pénal, histoire des sciences policières, c’est une mine de renseignements d’une précision redoutable qui s’entreposent ici au côté des grands personnages de détectives, des chefs d’œuvre fondateurs d’Agatha Christie, James Ellroy, Conan Doyle, et j’en passe, des études littéraires et sociétales. Très complet le fonds rassemblé ici témoigne de la vigueur du genre au travers de la planète puisque vous y trouverez aussi bien du français que de l’anglais, des travaux effectués dans différentes cultures, reflétant une conception différente de la lutte contre le crime.

Le tout prend vie au cours des conférences proposées régulièrement au programme de la Bilipo, ainsi celle de Matthieu Frachon sur le centenaire de la PJ, effectuée devant un public recueilli et particulièrement attentif, car passionné comme tous ceux qui fréquentent le lieu, caché qu’il est au pied de la caserne de pompiers de Cardinal Lemoine. Idem pour les expositios qui fouillent consciencieusement cet univers. Expionnage est de celles-là qui offre une plongée dans les arcanes des services de renseignement, s’intéressant plus spécifiquement au rapport qu’entretiennent les hommes et les femmes de l’ombre avec l’écrit.

C’est le paradoxe qui ressort des vitrines, des affiches et des objets présentés : l’espionnage suppose le secret, la discrétion, le silence. Pourtant l’espion à un moment se doit de laisser une trace : photo, message, rapport, méthode, récit, mémoires. Volé comme ces clichés d’écrits confidentiels, crypté comme le ramage de ce pigeon perforé en morse, anonyme et fictionnel dans les romans, … l’ensemble témoigne d’une culture de l’écrit très pointue, très codifiée et archivée, qui suppose des moyens sans cesse renouvellés, une inventivité, une adaptabilité constante.

L’exposition dépoussière la vision fantasque et erronée que nous avons de l’espion à la James Bond pour tracer un portrait plus précis, plus rationnel, plus concret qui rappelle du reste l’approche austère du film de Thomas Alfredson Sinker, tailor, soldier, spy.

A découvrir jusqu’au 24 mars 2014 de même que l’ensemble de la Bilipo qui vous recevra avec joie.

 

Et plus si affinités

http://quefaire.paris.fr/fiche/73102_expionnage