Ni juge ni soumise : le quotidien d’une femme de justice

affiche du documentaire ni juge ni soumise

« Ce n’est pas du cinéma, c’est pire » : tu parles d’une promesse client. Racoleur, glissant … il faut oser balancer ça en teaser. Et pourtant, sorti en 2018, le documentaire Ni juge ni soumise (à ne pas confondre avec l’association Ni pute ni soumise, même si les deux entités partagent le même discours émancipateur) dépasse de loin cette accroche, et c’est justement ce qui fait peur. Et qui fascine.

Démêler le pourquoi du comment

Posons le contexte : Ni juge ni soumise évoque le quotidien de la juge belge Anne Gruwez. Un petit bout de bonne femme forte en gueule, qui ne s’en laisse imposer par personne, ni voyou, ni flic, ni avocat. Un vrai pitbull qui ne lâche rien, sait se faire respecter et entend fouiller ses dossiers avec une précision de chirurgien et une main de fer dans un gant qui est rarement de velours. Car face à cette petite nana, il y a du lourd.

Meurtriers, trafiquants, maris violents, mères infanticides … la lie de la terre ? Non, des gens du quotidien qui ont dérapé à un moment de leur vie, qui ont commis l’irréparable ou sont en bonne voie de le faire. Et c’est à Anne Gruwez de démêler le pourquoi du comment, d’instruire un dossier aussi clair et étayé que possible, pour faire barrage à cette violence à l’œuvre. Les questions sont : Qui ai-je en face de moi ? Qu’a-t-il fait ? Est-il réellement dangereux ? Comment le prouver ?

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Une petite porte ouverte sur la brutalité banalisée

Et puis il y a les victimes qui ne peuvent plus parler, mortes dans des circonstances affreuses. Ou tellement choquées qu’elles ne savent comment s’exprimer. Dans Ni juge ni soumise, c’est le meurtre d’une prostituée qui sert de fil rouge, un « cold case » que la juge et ses flics vont tenter de résoudre malgré le temps passé, perdu. L’occasion de découvrir comment on mène ce type d’investigation, comment un magistrat travaille avec la police, les expertises qu’il demande pour compléter son analyse …

Le tout entrecoupé d’auditions liées à d’autres affaires. Une petite porte ouverte sur la brutalité banalisée au sein du couple, des familles, la délinquance mêlée au fanatisme, la folie … derrière la caméra, silencieux, effacés mais néanmoins observateurs comme à leur habitude, Jean Libon et Yves Hinant. A leur actif, des années de travail sur l’émission télévisée culte Strip-Tease dont ils transposent ici la logique dans un schéma de long-métrage. Pas de voix-off, pas d’interview, juste Anne Gruwez filmée au quotidien, au cœur de l’action.

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Ces dérapages sont notre lot potentiel à tous

Entière, franche, menaçante, rassurante, prudente, psychologue … La peur ? Si elle est là, la juge ne le montre pas. Elle ne le peut pas, sinon elle perd l’ascendant face à des interlocuteurs très souvent dangereux car imprévisibles. Or cet ascendant est vital dans sa quête de la vérité. Celle des évènements, celle de la victime, celle de l’accusé, celle de la société. L’humain dans tout ça ? Il est là bien sûr, au cœur du processus : ces dérapages sont notre lot potentiel à tous. Impossible de ne pas s’identifier.

Chacun d’entre nous pourrait à un moment ou à un autre de sa vie, se retrouver devant Anne Gruwez ou l’un de ses collègues. Parce qu’il a été agressé ou agresseur, acteur ou témoin. Quid de l’impartialité ? Quid de l’écoute ? Quid des préjugés ? La justice sera-t-elle vraiment aveugle ? Peut-elle seulement l’être qui est représentée par des femmes et des hommes eux-mêmes chargés d’une mémoire, de valeurs ? C’est toute la problématique de cet émouvant récit de vie.

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Et plus si affinités

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