Margiela, Louboutin : deux documentaires, deux caractères, une même passion pour la mode

documentaires consacrés aux stylistes Margiela et Louboutin

Margiela, Louboutin : toute fashionista qui se respecte frémit en lisant ces deux noms emblématiques de la planète fashion. Ces deux profils pour le moins atypiques vont révolutionner la mode de manière diamétralement opposée, mais avec la même passion. L’un, discret, habille les corps, l’autre, extraverti, chausse les pieds. Si Martin Margiela propose une mode du quotidien, Christian Louboutin en fait une liturgie. Fantaisie, rupture des codes, redéfinition de la silhouette féminine, tout les oppose, tout les rapproche. C’est ce que nous découvrons en confrontant les documentaires Margiela se raconte et Sur les pas de Louboutin, tournés la même année en 2019.

Margiela se raconte

Le documentaire de Reiner Holzemer, initialement intitulé Martin Margiela in his own words épluche la carrière d’un styliste hors normes, car évoluant hors de portée des radars médiatiques. Martin Margiela a tout fait pour rester dans l’ombre quand ses collègues occupent avec délectation les devants des podiums. Margiela, lui, s’efface devant des créations d’une telle puissance qu’elle vont révolutionner le concept de mode. Nous sommes dans les années 80, Margiela sort tout juste de la maison Jean-Paul Gaultier où il a fait ses classes. Son premier défilé va tout balayer.

Jupes longues, robes perruques, pulls en chaussettes militaires, manches décousues, corsage en emballage plastique, scotch sur les hanches, collier en bouchon de champagne, visages voilés, ce trublion investit terrains vagues et parkings pour réinventer le concept même de défilé. Le documentaire met en lumière ses influences, les étapes de sa créativité, les raisons de ses choix esthétiques, un passage éclair chez Hermès où sa collection, d’une élégance dépouillée, choque alors qu’elle est visionnaire.

Le coup d’éclat de cette carrière d’exception ? Après deux décennies de collections toujours surprenantes, presque prophétiques, Margiela s’en va. Par conviction, pour ne pas devenir un simple produit marketing, pour ne pas faire de concession sur son inventivité, ses instincts esthétiques. C’est dans l’intimité de son atelier d’artiste que le réalisateur capte sa voix, ses gestes, jamais son visage. Au milieu de centaines de boîtes, Margiela continue d’inventorier une créativité désormais tournée vers l’art contemporain, en témoigne l’exposition qu’il orchestre pour Lafayette Anticipations.

À lire également :  Le Jour d’avant : Loïc Prigent dans les backstages des défilés de mode

Sur les pas de Louboutin

2019 : à l’approche de l’exposition dédiée au célèbre chausseur, Olivier Garouste filme Louboutin en train de mettre en place le parcours de cette manifestation ressentie à la fois comme un hommage et une synthèse de son univers. Modèles emblématiques, histoire de la marque depuis la fulgurance de la désormais légendaire semelle rouge jusqu’à la liste de stars entourant le styliste, Sur les pas de Louboutin donne à voir une méthode de travail d’une exigence presque maniaque.

Louboutin sillonne la planète pour respirer les atmosphères, enrichir son inspiration. Bourreau de travail, méticuleux, il entraîne dans son sillage toute une équipe qui suit ses directives avec ferveur, jusque dans l’orchestration des vitrines qui ornent ses boutiques. Le documentaire donne à voir les étapes de mise en place d’une collection, depuis les dessins initiaux jusqu’à la fabrication en Italie, le naming des modèles, le storytelling des gammes. Ainsi, chaque paire raconte une histoire.

Il ne s’agit plus chausser une femme, il faut la faire rêver, la sublimer, la métamorphoser. Cela a un prix bien sûr. S’imposant comme un incontournable du luxe, la griffe révolutionne l’univers de la chaussure haut de gamme au travers d’une autre manière de concevoir, mais aussi via une communication particulièrement bien rodée dont le documentaire explicite les ressorts. Là aussi, Louboutin garde la main, quitte à redessiner une affiche, nier l’orthographe en ôtant une lettre encombrante, investir un lieu d’exposition qu’il transforme en temple baroque. Styliste solaire, directeur artistique maniaque, communicant inventif et redoutable, c’est un entrepreneur d’une rare finesse qui apparaît finalement à nos yeux dans Sur les pas de Louboutin.